Gestion des parcelles à Pabré : « Nous demandons des audits »

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Le problème des lotissements, récurrent dans la plupart des communes, se pose à Pabré. Des jeunes, sous le couvert d’un mouvement nomme « Jeunesse consciente de Pabré »,  ont marché ce 2 avril 2015 pour réclamer des audits sur la gestion de l’ancien maire. Rodrigue Zongo, l’un des porte-paroles du mouvement a expliqué au siège de Burkina24 ce 3 avril 2015, les tenants et les aboutissants de ce mouvement d’humeur.

Burkina24 (B24) : Quels sont les motifs de votre visite à Burkina 24 ?

Rodrigue Zongo (R.Z) Nous avions eu une marche meeting qui s’est déroulée dans la journée d’hier (ndlr, le jeudi 2 avril 2015)  dans la commune de Pabré  pour dénoncer la mauvaise gestion des opérations de lotissement de la commune.

B24 : Quel est le point principal de votre dénonciation ?

R.Z : Nous demandons aux autorités de venir le plus rapidement possible faire des audits sur toutes les opérations de lotissement de la commune de Pabré.

En rappel,  il y a eu plusieurs opérations de lotissements de Pabré. En 2004,  il y a le lotissement de Pabré Centre. Une commission avait été mise en place et a arrêté ses travaux à un moment donné. Monsieur le maire lui-même s’est constitué à la place de la commission et a distribué les parcelles.

A l’époque en 2011,  quand nous avions appris qu’il donnait à ses amis cinquante parcelles dans les quartiers, nous avons dénoncé le fait qu’un maire ne peut pas s’asseoir dans son bureau et distribuer des parcelles sans commission de personnes assermentées par la loi. Ce n’est ni légal et ni légitime.

En plus de cela,  il y a eu le lotissement de  2009 à SANGNOGO et à KATAMTINGA. Là encore, la commission a arrêté ses travaux juste après avoir démarré en février 2009 pour faute d’argent. Le maire s’est une fois de plus constitué en commission d’attribution de parcelle avec quelque uns de ses amis.

Ce lotissement même qui avait été initié par la population à la base  pour développer leur village et à à la faveur de la communalisation intégrale ce dossier a été reversé à la mairie. Le maire a décidé délibérément de ne pas donner de parcelle à certaines personnes et attribuait des parcelles sans commission.

Il y a eu également les lotissements de SABTINGA que nous avons baptisés « le deal de Sabtinga ». Parce que dans ce village qui appartient à la commune rurale de Pabré,  il y a eu un premier lotissement initié par l’ex-maire de l’arrondissement 3. Nous avons dit que cela ne peut être normal.

Qu’à cela ne tienne, il y a eu un deuxième lotissement sans la concertation de la population. La population a cherché à revendiquer le 1er  novembre de l’année passée mais elle n’a pas abouti à cause de l’insurrection populaire.

En plus de cela, le plus grave problème qui a fait déborder le vase, c’est le projet d’extension du lotissement de Pabré.

Parce que ce projet n’a ni été demandé par la population à la base ni par les  conseillers des villages concernés à savoir Pabré CENTRE et SAINT JOSEPH. Ce projet a même été décrié par la population et même le chef de terre du village de Pabré centre à l’époque.

Il  avait demandé expressivement au maire de ne pas faire de lotissement parce que c’est une population rurale, ce qu’a  refusé  le maire. Nous avons dénoncé mais il y a eu un passage en force. Je me rappelle qu’en 2011,  le conseil municipal était divisé et il y avait parfois des conseils houleux. A l’époque,  nous avons dénoncé au niveau du MATDS (ministère de l’administration territoriale, ndlr) et chaque fois qu’il  y a un contrôle, il n’y a aucun résultat. Cela à mon avis a galvanisé le maire. Il se présente comme « le père de famille » et que rien ne peut passer à Pabré sans passer par lui.

 C’est cette situation qui divise profondément aujourd’hui cette population. Parce ce dans cette extension de lotissement,  le maire donne vingt, cinquante  parcelles à ses amis politiques.

 B24 : C’est cinquante parcelles qu’il réserve à un groupe de personnes ?

R.Z : Il ne réserve pas ces parcelles. Je dis bien qu’il  donne par lot de cinquante  à ses amis.

B24 : A chaque ami, il donne cinquante parcelles ?

R.Z :  Dans le village de Pabré CENTRE, vingt parcelles dans le quartier SANBIN, vingt également dans le quartier de KOBIRI, à BANAYIRI nous avons entendu mais on n’a jamais vu. Quand la population dénonce il dit avoir donné à la population selon l’ampleur de la manifestation. Souvent, il dit avoir donné d’autres parcelles aux membres du comité de base de son parti.

 Encore le drame dans tout ça, cela n’a même pas été autorisé par le conseil municipal parce que le projet d’extension après son passage en force devrait statuer sur le mode d’octroi des parcelles. Le projet est illégitime, illégal de sa conception jusqu’à son exécution.

B24 : Qu’est-ce que vous demandez, les maires étant suspendus ?

R.Z : Nous demandons des audits. Cette marche a été organisée principalement parce qu’après l’insurrection populaire et la mise en place des délégations spéciales, la mairie avait été scellée et actuellement,  on se rend compte qu’elle a  été descellée sans qu’il y ait eu de contrôle.

Actuellement,  la clé du bureau du maire se trouve entre les mains du secrétaire général de la mairie. Alors dans cette situation, nous disons que même s’il y a contrôle, il peut y avoir dissipation preuve. Voila pourquoi nous sommes mobilisés pour que réellement les autorités se penchent sur le cas de Pabré.

Parce qu’au moment où nous parlons de la loi anti-corruption, du pacte social de la justice, de contrat de confiance de la justice,  ce sont des actes forts de ce genre qui peuvent réconcilier les populations avec les autorités.

Je signale que nous avons déposé bel et bien les autorisations le 30 mars 2015 pour la marche qui avait été programmée le 02 avril 2015. Le 30 mars 2015, nous n’avons pas trouvé d’agents dans les bureaux de la préfecture  mais lors  des dépôts d’ampliations à la police,  nous avons trouvé un volontaire qui travaillait à la préfecture qui a reçu notre demande.

À notre grand étonnement, le préfet et le président de la délégation spéciale dit avoir reçu la demande en 48 heures et considère la demande comme une lettre d’information,  donc illégale.

Nous avons reconnu notre faute et avions présenté nos excuses parce qu’après avoir remis  la demande, nous devrions avoir une preuve de la transmission. Il faut que les autorités prennent en compte ce que nous disons et qu’ils se rendent compte que les parcelles ont été distribuées de la manière la plus opaque.

 En dehors de ce problème de lotissement, nous avons dénoncé le fait que la maison des jeunes de Pabré soit  aujourd’hui un magasin de la SONAGESS et nous la réclamons.

Nous   nous imposons en tant qu’un groupe qui essaie d’apporter des solutions aux problèmes que nous vivons à Pabré à travers les conseils de la délégation spéciale. On a une chambre de métiers qui avait été gracieusement offerte par des coopérants et où on apprenait la soudure. Aujourd’hui, cette maison appartient à une personne et à sa famille.

 En plus, nous avons reçu une vingtaine de machines à coudre pour aider les élèves déscolarisés à apprendre la couture. Malheureusement, elle se retrouve enfermée dans les mains d’une autre personne.

B24 : Comment se sont-elles appropriées ces matériels   ?

R.Z : Oui, le maire a déguerpi  celui qui avait été formé pour former les autres à son tour et l’a remis à une autre personne. Ce dernier dit être en contrat avec le maire jusqu’en 2017. C’est tout ce que nous dénonçons.

Depuis  son accession à la mairie, la jeunesse a toujours été organisée dans son bureau et les jeunes ne savent pas qui est leur président. Quand ils le réclament, il réplique  qu’il travaille avec celui qu’il veut.

Je pense qu’en dehors des problèmes de parcelles que nous reversons à l’administration centrale, nous allons petit à petit avec la délégation spéciale, avec le représentant des jeunes à la délégation spéciale, essayer d’apporter des solutions.

 Nous restons disponibles pour accompagner cette transition du mieux que nous pouvons et que cela se passe dans de  meilleures conditions avec beaucoup plus de justice sociale.

Propos recueillis par Stella NANA

Retranscrits  par Bené APPIAH (Stagiaire)

Burkina24

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