Burkina : Les martyrs du coup d’Etat conduits à leur dernière demeure

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Les martyrs du coup d’Etat du 16 septembre 2015 ont été conduits à leur dernière demeure, à l’issue d’une cérémonie d’hommage à la Place de la Révolution, ce 9 octobre 2015. Hommage, émotion, mais le mot « justice » a été répété à l’envi.

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Ils sont 14 Burkinabè à être tombés lors du coup d’Etat du 16 septembre 2015, perpétré par le Général Gilbert Diendéré et des éléments de l’ex-Régiment de sécurité présidentielle (RSP). Dix ont reçu les hommages de la nation, ce 9 octobre 2015 à la Place de la Révolution. Les autres avaient été déjà inhumés par les soins de leurs familles, apprend-t-on.

Le Président Michel Kafando s'inclinant sur la dépouille des martyrs © Burkina24
Le Président Michel Kafando s’inclinant sur la dépouille des martyrs © Burkina24

Mais qu’en est-il de l’autopsie qu’a évoquée le gouvernement, avant toute inhumation ? Une réquisition a été faite par le Procureur du Faso depuis le 21 septembre 2015 pour des examens médicaux sur les corps des victimes. Le rapport de ces examens est prêt et a été transmis au Procureur le 7 octobre dernier, lequel doit le transférer au tribunal militaire, désormais en charge de l’enquête, apprend-t-on.

Des parents de victimes à la Place de la Révolution © Burkina24
Des parents de victimes à la Place de la Révolution © Burkina24

C’est ce qui explique la cérémonie de ce vendredi à laquelle ont assisté le Président du Faso Michel Kafando, son Premier ministre Isaac Zida et le Président du Conseil national de la transition, Cheriff Sy, de même que les familles des victimes.

Les noms. C’est après les prières œcuméniques sur le corps de Barry Nouhoun, Sedego Richard, Rabo Yasya, Ouédraogo née Kaboré Angèle, Yoda Yssouf, Ouédraogo Souleymane Mady, Ouédraogo Amza, Kologo Appolinaire, Bazié Adama et Yelnogo Salfo, emmitouflés dans les couleurs du Burkina, que le représentant des familles des victimes, Patrice Bazié, a pris la parole.

L’hommage en vidéo

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Les mots sont durs à l’endroit du Général Gilbert Diendéré (qu’il a refusé de nommer) et des soldats de l’ex-Régiment de sécurité présidentielle, « des soldats qui se vantent d’être un corps d’élite de notre armée nationale mais qui ont tué des enfants du peuple qu’ils sont censés protéger ».

Ces mots sont cependant des félicitations à l’endroit du peuple burkinabè et des « dignes officiers » qui ont défendu « la liberté et la démocratie » au Burkina.

Justice. Ces mots ont ensuite été interpellateurs à l’endroit des dirigeants actuels du Burkina.

« Le plus grand hommage que l’on puisse rendre à ces martyrs est de leur rendre d’abord la justice, ensuite la justice et enfin, la justice. Nous disons s’il vous plaît, autorités ici présentes, la justice.

Patrice Bazié, représentant des familles des victimes © Burkina24
Patrice Bazié, représentant des familles des victimes © Burkina24

Nous avons une pensée profonde pour les martyrs des 30 et 31 octobre 2014 qui attendent toujours que justice leur soit rendue car rien de ce que l’on va faire ou lire comme discours ne pourra soulager ni les victimes, ni les parents des victimes encore moins les ayant droits si toutefois il n’y a pas un bon jugement et les coupables punis à la hauteur de leur forfait.

Les parents des victimes espèrent et croient que les autorités de la transition, avec à leur tête le Président de la transition, le Premier ministre et son gouvernement et le président du CNT feront tout ce qui est en leur pouvoir pour que justice soit rendue aux martyrs ».

Ces mots ont enfin pris les traits d’une mise en garde à l’égard des futurs dirigeants du pays, Patrice Bazié, en plus de leur demander de prendre l’engagement de rendre justice aux martyrs, a souhaité « que plus jamais on ne tue un fils ou une fille de ce pays parce qu’un dirigeant a la boulimie ou a la folie du pouvoir ». Le ministre de l’administration territoriale, Youssouf Ouattara, a assuré au nom du gouvernement que « justice sera rendue à nos martyrs ».

Il a été demandé aux hommes et femmes politiques que plus jamais un Burkinabè ne meurt à cause de leur boulimie du pouvoir © Burkina24
Il a été demandé aux hommes et femmes politiques que plus jamais un Burkinabè ne meurt à cause de leur boulimie du pouvoir © Burkina24

Le président Michel Kafando, le président du CNT Cherif Sy et les membres du gouvernement se sont ensuite recueillis sur les corps. Les familles des victimes les ont succédé, avec plus d’émotion et de larmes.

Scène surréaliste, des slogans modulant des « assoiffés du pouvoir à bas » ont fusé de la foule venue assister à la cérémonie lorsque les leaders politiques sont allés s’incliner sur les dépouilles. Tahirou Barry, du PAREN, dira plus tard : « les crimes qui ont été perpétrés, les barbaries qui ont été perpétrées, il faut que les auteurs soient sanctionnés à leur hauteur. C’est un impératif et nous veillerons à cela ».

Le cortège accompagnant les martyrs vers leur dernière demeure © Burkina24
Le cortège accompagnant les martyrs vers leur dernière demeure © Burkina24

Un long cortège, majoritairement à pied, a enfin accompagné les dix martyrs « tombés pour la nation » jusqu’au cimetière de Gounghin où ils ont rejoint leur dernière demeure, après que le porte-parole du gouvernement, Frédéric Nikiéma, ait prononcé l’oraison funèbre.

Le ministre de la communication prononçant l'oraison funèbre © Burkina24
Le ministre de la communication prononçant l’oraison funèbre © Burkina24

« Ils ne sont pas morts. Tant que le Burkina Faso existera, ils seront gravés dans nos mémoires. Ce sont des braves fils du pays », a lâché un citoyen.

Abdou ZOURE et Noufou KINDO

Burkina24


Les dix martyrs du coup d’Etat

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Abdou ZOURE

Abdou Zouré est le rédacteur en chef de Burkina24.

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