Lettre ouverte aux candidats : « Il est temps d’en finir avec la mortalité maternelle et infantile au Burkina ! »

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Ceci est une lettre ouverte de plusieurs organisations de la société civile adressés aux candidats à la présidentielle et aux législatives sur la problématique de la mortalité maternelle et infantile.

Mesdames et Messieurs les Candidat(e)s aux élections présidentielles et législatives,

 Personne ne vient au monde pour mourir. Et pourtant… Chaque jour au Burkina Faso près de 176 enfants de moins de cinq ans meurent de maladies connues et guérissables.

Chaque année, près de 2 600 femmes meurent de complications liées à la grossesse et à l’accouchement. La grande majorité de ces décès est largement évitable.

Alors que vous briguez un mandat pour représenter le peuple Burkinabè, nous souhaiterions revenir sur certains des enjeux liés à la santé, mais surtout les solutions qui peuvent être mis en œuvre pour en finir avec des taux de mortalité maternelle et infantile élevés !

Comment expliquer ces taux de mortalités élevés?

 Se soigner au Burkina Faso demeure beaucoup trop cher. Pour consulter un professionnel de santé, les Burkinabè doivent payer des sommes importantes : plus du tiers du coût des prestations de santé est supporté par les poches des patients !

Avec 46% de la population qui vit en dessous du seuil de pauvreté[i], un des facteurs de risque le plus importants est le manque d´accès aux soins de santé pour les enfants des familles pauvres.

Il existe un consensus sur le caractère inefficace du paiement direct des soins : Ce système empêche les plus vulnérables d’accéder aux services de santé. Les premières victimes sont les enfants et leurs mères, qui ne parviennent plus à soigner des maladies facilement évitables.

Et pourtant il existe des solutions à portée de main.

Les organisations que nous représentons ont expérimenté l’exemption de paiement des frais de santé pour les enfants de moins de cinq ans, les femmes enceintes et allaitantes dans huit districts[ii] du Burkina Faso.

Ce dispositif consiste à fournir aux populations concernées les prestations de soins de santé qui leur sont nécessaires, sans leur demander de contribution financière en retour.

Après 7 années d’expérimentation, il apparait clairement qu’en levant simplement l’obstacle financier, le nombre de consultations curatives a pu être multiplié par 7 ! Or plus de consultations, c’est davantage de vies sauvées.

Le constat est simple : l’exemption de paiement des soins de santé sauve des vies, et contrairement aux idées reçues cela ne coute pas cher !

Selon l´Organisation Mondiale de la Santé[iii], la mise en place de l’exemption de paiement à l’échelle nationale pourrait contribuer à sauver 19 000 vies d’enfants 0-5 ans par an.

Mais surtout, selon les estimations des services compétents, la mise en place de l’exemption de paiement des soins ne couterait que 2700 FCFA par an et par personne !

Vous en conviendrez : ce montant, qui ne représente que 1,5% du budget national, est à la portée de l’État Burkinabè !

L’Assurance Maladie Universelle : Un dispositif législatif qui attend sa mise en œuvre !

 Comme vous le savez, le Burkina Faso s’est doté d’un cadre législatif sur l’Assurance Maladie Universelle (AMU). Il vise à offrir à toutes et tous une couverture du risque maladie pour en finir avec les taux de mortalité élevés au Burkina Faso.

L’exemption de paiement pour les enfants de moins de cinq ans est annoncée comme la première étape pour faire de sorte que plus aucun enfant ne meurt de maladies facilement évitables. Si vous êtes élus, il vous incombera alors la responsabilité de faire en sorte que cette loi soit mise en œuvre.

Mesdames et Messieurs les Candidat-e-s aux élections présidentielles et législatives,

Nous pouvons en finir avec la mortalité maternelle et infantile au Burkina, ce n’est qu’une question de choix et de volonté politique.

Si vous êtes élus, vous aurez l’opportunité de prouver que la survie des tous les enfants burkinabè et de leurs mères  est une priorité, par la mise en œuvre de l’Assurance Maladie Universelle, car elle contribuera à réduire la mortalité au Burkina Faso et à y consacrer la vie.

Mais dès maintenant, vous pouvez vous engager pour la mise en place de l’exemption de paiement des soins pour les enfants de moins de cinq ans, les femmes enceintes et allaitantes.

Ont signé :

 Action Contre la Faim

Amnesty International

Asmade

Family Care International

Help – Hilfe zur Selbsthilfe

L’Institut National Démocratique pour les Affaires Internationales (NDI)

Médecins du Monde France

Save The Children International

Secrétariat Permanent des Organisations Non Gouvernementales (SPONG)

Terre des Hommes

 


[i]Enquête intégrale sur les conditions de vie des ménages, 2009

[ii] Séguénéga, Dori, Kaya, Tougan, Djibo, Diapaga, Sebba, Gorom Gorom

[iii] M. Johri, V. Ridde, R. Heinmüller, S. Hadad, “Estimation of maternal and child mortality one year after user-fee elimination: an impact evaluation and modelling study in Burkina Faso”, Bull World Health Organ 2014, n. 92, pages 706–715, OMS

B24 Opinion

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