L’UPC "proteste contre les discours politiques attentatoires à la cohésion sociale"

« Les médias publics ne sont plus des médias gouvernementaux ou du Gouvernement », selon l’UPC

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L’Union pour le progrès et le changement (UPC) se montre solidaire de l’AJB et du SYNATIC qui dénoncent une ingérence du gouvernement dans la gestion de l’information dans les médias publics.

L’Union pour le Progrès et le Changement (UPC) a pris connaissance dans la presse, la semaine dernière (Entre autres, sur Lefaso.net du 21 juillet 2016), à l’instar des fidèles lecteurs de la presse nationale, des récriminations légitimes faites à l’encontre du ministre en charge de la communication, Monsieur Remis F. DANDJINOU, par les travailleurs des médias publics.

Il est reproché au ministre une volonté du Gouvernement d’orienter, à sa guise, le traitement de l’information dans ces médias contre le gré des professionnels commis par l’Etat à cette tâche. Ces récriminations, loin d’être  des propos péremptoires, s’appuient sur des faits concrets d’intrusions manifestes qui sont entre autres :

  • une réunion (conférence de rédaction spéciale) tenue le 5 avril 2016 avec toute la chaîne du traitement de l’information dont l’objet était de faire part aux responsables de la RTB et de Sidwaya « les injonctions de la Présidence du Faso pour le traitement de l’information et l’alignement des éléments du journal à la RTB» ;
  • l’injonction de faire retirer « un reportage de la Télévision du Burkina sur le constat de la gratuité des soins le 2 avril 2016 [au motif qu’] il serait critique d’une action du Gouvernement» ;
  • des propos inqualifiables du genre : « Que celui qui ne veut pas obéir fasse comme Norbert Zongo …» ;

Après avoir constaté que depuis la publication de ces accusations jusqu’à la fin de la semaine, le Gouvernement, notamment le principal accusé, n’a pas produit de démenti, l’UPC considère donc ces allégations fondées. Par conséquent, elle exprime toute sa désapprobation face à une telle maladresse intolérable dans ce contexte de renouveau démocratique auquel aspire profondément le peuple burkinabè après tout ce que l’on sait du passé récent du Burkina Faso.

Le parti considère qu’il s’agit là, ni plus ni moins:

  • D’une grave atteinte à la Constitution qui garantit à son article 8[1] la liberté d’opinion et d’expression ;
  • D’une violation des articles 33[2] et 9[3] respectivement des lois sur l’audiovisuel et la Presse écrite garantissant l’indépendance des médias publics et le pluralisme de l’information ;
  • D’une entorse faite aux articles 3[4] et 9[5] de la Charte des Journalistes burkinabè portant également sur la crédibilité et l’indépendance du journaliste.

L’UPC partage l’analyse du Syndicat national des Travailleurs de l’Information et de la Communication (SYNATIC) et l’Association des Journalistes du Burkina (AJB), auteurs des accusations qui relèvent que l’attitude du Gouvernement vise « à dénaturer le contenu des reportages … et à faire des médias publics une caisse de résonnance du pouvoir ; des pratiques qui ont discrédité ces organes de presse par le passé. » Et qu’il constitue, en conséquence, une remise « en cause des acquis de l’Insurrection populaire au niveau des médias publiques au moment où ceux-ci ont gagné en crédibilité… »

L’UPC s’étonne que cette attitude aux antipodes du droit du peuple à une saine information ait été insufflée du plus haut sommet de l’Etat (Présidence du Faso selon les plaignants). Elle constate qu’après son immixtion dangereuse dans les affaires  judiciaires, le  nouveau ancien régime veut achever sa caporalisation de tous les pouvoirs par la confiscation du contenu des médias publics.

Tout en s’insurgeant contre cette volonté visant à compromettre la liberté de presse et à mettre à nouveau en danger les travailleurs de ces organes, le parti fait observer au régime en place que les nouvelles lois sur la presse (s’il n’en a pas encore connaissance) leur dénient toute ingérence dans les médias publics. En effet, les médias publics ne sont plus « des médias gouvernementaux ou du Gouvernement », mais des Médias d’Etat (pour tous les citoyens). C’est à cette aspiration profonde du peuple que le CNT à donner satisfaction en adoptant ces nouvelles lois. Celles-ci exigent que :

  • les médias publics soient des sociétés d’Etat ;
  • le DG soit désigné par appel à candidature ;
  • les DG (RTB & Sidwaya) soient pénalement les premiers responsables.

Ainsi, le Ministre de la Communication n’est plus le « Directeur de Publication » des Editions Sidwaya mais son Directeur Général.

Du reste, dans les pays de référence démocratique et de liberté, il n’existe plus de Ministre dit de l’Information ou de la Communication. La gestion des médias publics au Bénin d’à côté est éloquent en la matière.

Par ailleurs, la notion d’ « accompagnement du gouvernement » par les médias publics que monsieur le Ministre a brandi comme un trophée de guerre n’en est pas un. Tous les médias accompagnent le Gouvernement dans ses actions. C’est ce qui justifie les couvertures médiatiques diverses. Pour en faire plus, car fonctionnant sur la base des deniers publics, les médias publics ou d’Etat (et non gouvernementaux) octroient dans leurs programmes des plages spécifiques sur les actions du Gouvernement pour lui permettre de COMMUNIQUER. C’est le cas par exemple des points de presse périodiques du Gouvernement, de la lecture du Compte-rendu du Conseil des Ministres. Mais de là à s’introduire dans le journal dont l’objet est d’INFORMER le public pour être vu en premier lieu, on tombe dans l’abus de la notion « d’accompagnement ».

Par conséquent, l’UPC :

  • se déclare solidaire de la lutte qu’ont engagée l’AJB et le SYNATIC ;
  • invite le pouvoir à faire marche-arrière et à laisser le traitement de l’information aux professionnels de l’information pour s’attaquer vigoureusement à la crise économique et à l’insécurité que connait le pays;
  • invite les partis de l’Opposition, les OSC et toutes les personnes empreintes de liberté à faire barrage à cette entreprise gouvernementale rétrograde et liberticide

Ouagadougou, le 25 juillet 2016

Pour le BPN,

La Secrétaire  nationale

à l’Information et à la Communication,

Georgette NIANOGO


[1] Les libertés d’opinion, de presse et le droit à l’information sont garantis. Toute personne a

le droit d’exprimer et de diffuser ses opinions dans le cadre des lois et règlements en vigueur.

[2] Les entreprises publiques de radiodiffusions sonores et télévisuelles doivent garantir l’honnêteté, l’indépendance et le pluralisme de l’information ainsi que l’expression pluraliste des courants de pensée et d’opinion dans le respect du principe d’égalité de traitement. (Loi n°059-2015/CNT)

[3] Les entreprises de presse publiques garantissent l’honnêteté, l’indépendance et le pluralisme de l’information ainsi que l’expression pluraliste des courants de pensée et d’opinion dans le respect du principe d’égalité de traitement. (Loi n°057-2015/CNT)

[4] Le journaliste burkinabè refuse de publier sous sa signature toute information qu’il juge contraire à ses propres convictions et à l’éthique professionnelle.

[5] (…)Pour sa crédibilité et celle de sa profession, il se doit de refuser toute forme de corruption et d’allégeance.

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