Lutte contre le tabac : CODENTIFY, une « farce » selon ACONTA

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L’Association Afrique contre le tabac (ACONTA) a donné de la voix ce 27 octobre 2016 pour dénoncer l’intégration du système de suivi et de traçabilité CODENTIFY dans la règlementation burkinabè. Pour ses membres, ce système pas une garantie pour le contrôle du commerce illicite du tabac au « Pays des hommes intègres ». 

Deux sujets ont tenu à cœur les membres d’ACONTA ce 27 octobre devant les journalistes. L’application du code CODENTIFY au Burkina et la faible taxation des produits du tabac dans ce pays.

Concernant le premier point, Salif Nikiéma, coordonnateur de l’association, a révélé que le système de codage CODENTIFY est censé servir à suivre et à tracer les produits du tabac afin de lutter contre le commerce illicite. Le hic, explique le coordonnateur, c’est que CODENTIFY a été élaboré par l’industrie du  tabac.

Or, dit-il, le protocole de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour éliminer le commerce illicite,  ratifié par le Burkina en  mars 2016, prévoit que ces systèmes de suivi et de traçabilité soient établis par les Etats eux-mêmes. CODENTIFY apparaît alors comme un auto-contrôle que l’industrie prétend vouloir s’appliquer à elle-même. Ce qui apparaît comme une aberration et une « farce »  pour Salif Nikiéma.

Les animateurs de la conférence de presse
Les animateurs de la conférence de presse

Cependant, ce qui semble le plus les navrer, c’est que les ministères du commerce et des finances du Burkina ont déjà signé un arrêté interministériel relatif audit système, et ce, « malgré l’opposition des techniciens des impôts et du ministère de la santé« , affirme le coordonnateur d’ACONTA. D’où il a plaidé pour que cette décision soit retirée « purement et simplement », car elle est « en faveur de l’industrie du tabac et qui est en même temps une ingérence dans la règlementation antitabac au Burkina« .

Cela dit, l’autre souci majeur d’ACONTA souligné lors de ce point de presse, est la faible taxation des produits du tabac au Burkina. Le taux d’imposition minimal est de 15% et maximal, 45 % dans l’espace UEMOA. Au Burkina, « le taux de taxation est seulement de 40% de la valeur déclarative », explique Salif Nikiéma. Ce qui est peu comparé à celui appliqué par la CEDEAO, qui est de 100%, pendant que le Ghana est passé à 150%.

Si ACONTA insiste tant, c’est parce qu’une forte taxation des produits du tabac a de nombreux avantages. D’abord, elle permettra d’apporter de l’oxygène financier dans les recettes fiscales du pays et ensuite, elle peut booster la lutte antitabac. « L’augmentation des taxes sur le tabac est particulièrement importante pour protéger les jeunes, en les dissuadant de commencer ou de continuer à consommer des produits du tabac« , a expliqué Salif Nikiéma.

L’Association recommande par conséquent une suppression du taux maximal en concertation avec l’UEMOA afin que les Etats puissent « avoir une plus grande marge de manœuvre pour mettre en place une taxe spécifique uniforme« . A noter qu’au Burkina, le  tabac fait plus de 1 500 décès par an.

Abdou ZOURE

Burkina24

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Abdou ZOURE

Abdou Zouré est le rédacteur en chef de Burkina24.

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