Justice sociale et PNDES : « Le ministre Clément et les syndicats hors-sujet ! »

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Dans cette nouvelle tribune, Ousmane Djiguemdé réagit sur la dernière sortie du ministre de la fonction publique Clément Sawadogo et sur la mise en oeuvre du PNDES en lien avec les revendications des syndicats.

Je ne saurai commencer cette analyse sans faire un clin d’œil à Naïm TOURÉ qui doit être libéré de toute urgence pour ne pas envenimer le climat politique et social en cette période de célébration du deuil de Norbert ZONGO, surtout que justice ne lui a toujours pas été rendue. Courage mon frère ! En saluant ton engagement et en réclamant ta libération, je défends une lutte noble qui peut m’emmener aussi un jour à vivre la situation que tu vis actuellement.

En recevant les syndicats du secteur informel le 02/12/2016, le ministre Clément Sawadogo de la Fonction publique a rappelé que le Gouvernement entend travailler avec l’ensemble des Burkinabè pour la mise en œuvre du PNDES « qui dit non à la confiscation des richesses nationales par une petite catégorie de la population Burkinabè ». Puis il a ajouté : « Nous insistons ! Parce qu’aujourd’hui, nous sommes fermes sur cette question. Désormais, il n’y aura plus 50% du budget national pour distribuer aux fonctionnaires uniquement. Et le Gouvernement va y veiller parce que ce pays, il est un pays qui appartient à tous les Burkinabè ».

Voilà un bel engagement attendu trop longtemps par un peuple, beaucoup habitué au tango inconstant du pouvoir déchu des COMPAORÉ. Mais, un engagement démagogique tout de même !

Un engagement teinté de démagogique et de ruse politique

Le ministre est dans son bon droit parce que, pour qu’un État soit viable, il faut qu’il puisse produire des richesses, non seulement à même de supporter ses charges, mais surtout à même de supporter ses ambitions de prospective. L’étude prospective Burkina 2025 a pêché en cela parce que la voracité des politiques a détourné le pays du chemin de développement qui y avait été dessiné au début des années 2000. Par conséquent, si le ministre s’engage sur cette voie, il a raison. Il s’inscrit dans la continuité de son patron Paul Kaba THIÉBA qui avait déploré dans sa déclaration de politique générale que, pour l’année 2015, « les dépenses courantes de l’État absorberaient près de 94% des recettes fiscales» et que « l’accroissement démesuré des charges courantes notamment des salaires, dégrade le ratio masse salariale sur recettes fiscales (49% en 2015 contre une norme UEMOA de 35% au maximum) ».

De tels chiffres ne peuvent garantir la viabilité et la fiabilité d’un État aux ressources naturelles aussi limitées que les nôtres. C’est donc bien que le ministre Clément Sawadogo tape enfin du poing sur la table pour sonner la fin de la récréation sociale. Mais, il me semble que dans un passé très récent, c’est ce même gouvernement qui a creusé le déficit en accordant, sous les yeux hagards des autres fonctionnaires qui luttent depuis trop longtemps, des avantages exorbitants et disproportionnés arrachés aux nez et à la barbe des autres syndicats par les magistrats. Personne d’autre n’est plus responsable de la détérioration du climat social que le gouvernement himself. Qui voudrait être en reste à partir du moment où tous savent que seule la lutte paie ? C’est pourquoi sa menace ne semble effrayer personne mais constitue plutôt un jet d’huile sur le feu social !

Des syndicats victimes d’un combat aux antipodes de la justice sociale

Avec l’aboutissement de la lutte des magistrats, les populations ont découvert que le combat des syndicats a toujours été guidé par l’égoïsme et non la recherche de la justice sociale. La preuve est que dès lors que les avantages ont été accordés aux magistrats, tous les autres se sont félicités et personne n’a voulu condamner cette irresponsabilité politique des syndicats de la magistrature et cette action politique de courte vue des gouvernants qui, de toute évidence, portait déjà les germes du chaos social.

Il était malsain de critiquer cet acquis de leur lutte aussi bien sur les réseaux sociaux que dans la presse. Nous nous sommes gardés, par pudeur ( !) de le faire ouvertement. Mais aujourd’hui le peuple en souffre énormément et ce serait plutôt lâche, aussi bien pour les gouvernants que pour les syndicats et l’opinion nationale, de ne pas poser le sujet franchement sur la table de débat !

Une revendication sociale assez légitime

La revendication principale des syndicats sur la question de justice est légitime. Par elle, viendra, pense-t-on, l’apaisement des cœurs, mais aussi le retour des biens mal acquis qui vont soulager les comptes publics. Or c’est justement-là que la patience du peuple est au bout de ses limites, surtout que l’on ne cesse de découvrir encore des actes de banditisme économique au cœur du pouvoir (HUAWEI, V8, etc), malgré l’engagement du Président du Faso de lutter contre cela à son investiture, pendant que les anciens criminels ne sont pas encore inquiétés par la justice.

Entre logique de justice intégrale et logique de conservation, voire d’instinct de survie politique, il y a forcément un pas infranchissable qui, si par miracle il l’était, achèverait de renouveler la classe politique, dans un mouvement d’autodestruction. Et ça, c’est une bataille que seule la jeunesse peut s’autoriser et gagner sans l’aide des syndicats ou des partis et pouvoirs politique et judiciaire ! Pour y arriver, il faut que la jeunesse se mette obligatoirement à l’école de la politique et s’assume au delà des clivages habituels gouvernement-syndicats-opposition politique qui ne sont que des jeux d’intérêts. Malheureusement les organisations de la société civile ont déjà été gangrenées par les politiques et les syndicats et ne pourraient y réussir que dans une recomposition spontanée et rapide comme ce qui a conduit à l’insurrection.

Les implications politiques et sociales du succès de la conférence de Paris sur le PNDES

Avec la conférence de Paris qui, bien que s’annonçant incertaine, a été un succès franc, il y a lieu de se féliciter et de ressouder les rangs pour la suite qui n’est pas de tout repos. Tout le peuple doit se féliciter parce que le PNDES est parti de rien pour devenir un succès, sous caution certes, grâce à tous. En réalité, il a été difficile de faire une analyse profonde de tous les projets de société au moment de la campagne, compte tenu du temps, mais, dans le fond, si l’on en juge par la qualité du seul qui a émergé du lot, celui du MPP, on peut dire que l’offre était bien maigre. Nous l’avons déjà dit, et d’autres nous ont suivi dans cette voie, le projet de société du MPP était de très faible qualité, ce qui a naturellement déteint sur la qualité du PNDES initial.

Entre le premier projet de PNDES et celui qui a été présenté à Paris, il y a beaucoup d’amélioration due à la prise en compte des critiques des PTF, mais surtout de l’opinion publique nationale qui a porté parfois haut la voix du peuple. En définitive, c’est le peuple qui a réajusté le PNDES pour le rendre beaucoup plus réaliste et certainement réalisable. À présent, il lie notre destin et celui de plusieurs générations après nous. C’est pourquoi le PNDES ne doit pas échouer.

Le PNDES est condamné à réussir

Si l’on ne veut pas que le PNDES échoue et que notre avenir et celui de notre descendance s’assombrissent, il faut instaurer une vraie justice sociale autre que celle de la vision des gouvernants et des syndicats qui monopolisent la parole publique. Cela commence d’abord par ramener la proportion de la masse salariale de 50% à 35%, voire 30%, afin de dégager une marge pour effectuer la prospective et les investissements. Laissé aux seuls syndicats et aux gouvernants, ce combat est voué à l’échec parce que le combat des syndicats n’est nullement orienté vers la justice sociale pour trois raisons :

  • La première raison est que la justice sociale qu’ils doivent réclamer ne doit pas consister à dépouiller le Trésor public déjà en difficultés sous peine de s’attirer les foudres des autres composantes de la société à qui les gouvernants impuissants tentent de les opposer déjà. S’ils veulent un combat juste, ils doivent réclamer la restitution des prélèvements « indus » instaurés par une loi 013 inique, et le remboursement des bénéfices nés des placements opérés à la suite de ces prélèvements.

Sur cet aspect le PAN Salifou Diallo est un adepte

À la séance plénière du jeudi 10 novembre 2016 pour l’examen du dossier n°42 relatif au projet de loi portant autorisation de ratification la CIPRES, je me suis réjoui d’entendre le PAN Salifou Diallo emboucher la même trompette que moi, au sujet des prélèvements et des placements des primes d’assurance des travailleurs, lorsqu’il a accusé le gouvernement de n’avoir prévu aucun retour sur investissement pour travailleurs, assimilant cela à une injustice.

En vérité, sans être dans la démagogie, il a simplement mis le doigt sur la contribution des assurances à la dégradation de la justice sociale, parce que le commun des Burkinabè, grâce à la presse, sait comment ces boîtes ont contribué à assoir certaines fortunes de l’ex-régime, mais surtout comment l’on a joué avec l’agent des travailleurs dans ces deux boîtes CARFO et CNSS.

Ce ne serait que justice que de faire simplement parler les livres et les chiffres de ces deux caisses, afin de procéder à une indemnisation des agents publics suite à la mise en œuvre de cette loi 013 inique en matière de justice sociale. C’est pourquoi le silence, voire l’ignorance des syndicats, sur ces questions est écœurant. Ce n’est pas un simple immeuble luxueux offert aux syndicats qui devrait pouvoir rétablir cette justice et imposer une omerta sur la question.

  • La deuxième raison est que la justice sociale consiste pour les syndicats en une surenchère des prétentions salariales et indemnitaires au lieu d’un retour à la situation d’équité salariale, quitte à prévoir des augmentations proportionnelles à l’inflation. Cette justice sociale par la voie de la rémunération des agents publics doit être consacrée par la Constitution en voie d’élaboration, afin que l’erreur de gouvernance avec le statut des magistrats ne se reproduise plus au Burkina Faso. Les États-Unis ont bien institués dans leur constitution que le salaire du président lorsqu’il est en poste, n’augmente ni ne diminue en fonction de l’inflation. Celui-ci s’établit à 400.000 dollars depuis. Sur cette voie, on peut bien ramener le salaire des magistrats, c’est-à-dire de tout le pouvoir judiciaire, à une proportion raisonnable et acceptable, ainsi que celui de tous les autres agents publics, y compris des élus et des grands commis de l’État, sans être contraint de gérer des questions de droits acquis si chères aux hommes de droit. Si le pouvoir refuse cette option, c’est qu’il a décidé volontairement de s’auto-flageller jusqu’à la fin de son mandat ;

 

  • La troisième raison est que la justice sociale, comme le dit le ministre, ne doit pas consister essentiellement à dépouiller le Trésor public au profit d’une minorité, mais surtout à œuvrer, dans un dialogue constructif à explorer les voies de financements innovants pour assurer et pérenniser les fondements d’une justice sociale qui se manifestent plus dans les actions publiques à fortes demandes sociales (éducation, santé). Pour en revenir à cette CIPRES qui offre tant d’opportunités, en matière de collecte et de répartition des richesses nationales par exemple, le dialogue peut aboutir à la mise en place de financements innovants pour l’éducation et la santé et dispenser l’État, les collectivités publiques, le secteur privé et les familles de dépenses de santé et d’éducation, afin de leur permettre de concentrer leurs efforts sur les investissements. Sur la question, le Burkina Faso est parfois très en deçà des normes CIPRES (exemple le 1/10ème du SMIG pour les allocations familiales qui n’est pas atteint, puisqu’on est passé de 1000 francs depuis les années 1970 à 2000 francs en 2006). Une autre erreur des syndicats, c’est la revendication qui ramène la question de justice sociale aux questions de catégories (c’est-à-dire des catégories inférieures, sans diplômes académiques correspondants aspirant à accéder en P, ou des catégories intermédiaires qui veulent surplomber financièrement de grandes catégories comme ce fut le cas avec les magistrats). Tout cela est techniquement, économiquement et socialement intenable pour le pays, surtout qu’on vient de réussir la conférence de Paris des 7 et 8 décembre 2016, avec beaucoup de conditionnalités sous la forme de mise en garde.

Si le gouvernement veut maîtriser la fronde sociale et réussir notre fameux PNDES, il doit en prendre de la graine. Mais il doit surtout changer les mentalités et les comportements des agents publics en matière de renforcement des capacités, l’une des conditions majeures fixées par les PTF.

Le renforcement des capacités des agents publics au Burkina Faso : entre légitimité et biais des performances publiques, comment rester crédible ?

Cette question s’impose au regard des dérives de notre administration publique. Du reste, elle est la question centrale d’une recherche pour un cadre d’échanges scientifiques en management public.

Le renforcement des capacités est une nécessité jamais démentie, surtout en cette année 2016 où certaines structures administratives se sont retrouvées au dernier trimestre de l’année avec à peine 20% de taux de réalisation de leurs activités. Cela fait ressortir un doute sur la capacité des hommes placés pour conduire l’action administrative. À ce rythme, en 2020, on est presque sûr de ne pas avoir l’eau potable pour tous, ni l’échangeur à Bobo-Dioulasso. C’est pourquoi il faut renforcer les capacités des administrations à mieux performer, à mieux conduire l’action administrative pour atteindre des performances.

C’est justement dans la perception de ce renforcement des capacités qu’il y a problème parce qu’il a été vidé de son sens pour devenir un cadre de récupération d’un 13ème mois sans limite pour un petit groupe d’agents publics qui volent d’atelier de formation en atelier de formation. Sur cette base, il y a fort à craindre que la plus grosse part des ressources mobilisées pour la mise en œuvre du PNDES ne s’évanouisse, comme les précédents plans et programmes, dans des activités improductives pour l’État.

Or le renforcement des capacités est bien utile pour la quête des performances publiques à condition qu’il soit « un processus dynamique, participatif et holistique qui dote une organisation publique d’une capacité à atteindre les objectifs fixés avec une mobilisation optimale de ses ressources, à travers l’efficacité et l’efficience avec lesquelles les apports sont transformés pour être utilisés de façon productive, afin d’aboutir aux changements ». En clair, en améliorant le niveau de ses ressources (humaines, matérielles, infrastructurelles, informationnelles et financières), le renforcement de capacités doit doter l’organisation de capacité à faire de la performance, pour atteindre un changement de qualité avec de moins en moins de ressources utilisées que par le passé.

Le renforcement des capacités comme conditionnalité du PNDES, un piège

Il est vrai que le renforcement des capacités est nécessaire pour gommer les lourdeurs administratives et les insuffisances de l’administration à mettre en œuvre ses programmes, mais c’est aussi un piège parce qu’il est la façon la plus indolore de faire du rapatriement de fonds prêtés tout en laissant l’ardoise aux pauvres populations. Ce n’est pas pour rien qu’il figure en bonne place des conditionnalités.

Qui va renforcer les capacités des agents publics ? Les experts des prêteurs. Quelles ressources matérielles vont renforcer l’administration publique ? Celles des prêteurs. À quel coût et avec quel risque ? Aux coûts du marché de l’emploi des prêteurs majoré des avantages d’expatriation qui, rapportés à nos conditions, sont inouïs. Avec le risque d’une dépendance informationnelle plus accrue et pas toujours sans conséquence. Pour preuve, la plupart des téléphones portables venus de Chine actuellement enregistrent, en option, automatiquement les conversations avec les correspondants. Dieu seul sait la destination surtout que des pays comme les USA, suspectent un piratage informatique qui semble avoir été fait à dessein pour donner la victoire à TRUMP.

Le Burkina Faso, qui est loin de leur maîtrise, doit tout au moins rester vigilant et le moins dépendant possible. C’est pourquoi je souscrivais entièrement à la solution d’un financement endogène total du PNDES. Mais cela, il aurait fallu que la justice eût été rendue et que la réconciliation ait eu lieu dans un climat de sincérité et de pardon mutuel. Mais cela est une autre étape de la vie politique nationale qui dépend de la seule volonté politique du Président du Faso. Ce n’est pas l’exemple de Mandela qui me démentirait !

Ousmane DJIGUEMDÉ

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NDLR : Le titre est de l’auteur

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