Pr Innocent Pierre Guissou, premier Burkinabè membre de l’Académie française de pharmacie

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Expert toxicologue, le Pr Innocent Pierre Guissou s’est spécialisé en pharmacologie-toxicologie. Il est enseignant-chercheur au département de l’Institut de recherche en sciences de la santé (IRSS), un Institut du Centre National de la Recherche Scientifique et Technologique (CNRST) où il poursuit ses recherches sur les plantes médicinales et sur la toxicologie. Pharmacien depuis 1975 au Burkina, il a été élu le 28 septembre 2016 membre de l’Académie nationale de pharmacie de France. Il y est en tant que Correspondant à titre étranger dans la 2e Section, Sciences pharmacologiques. Il est le tout premier Burkinabè à être membre de cette Académie française. Burkina24 l’a rencontré ce lundi 9 janvier 2017.

Professeur titulaire et enseignant à l’Unité de formation et de recherche en sciences de la santé (UFR/SDS) depuis 1984, le Pr Innocent Pierre Guissou a été Directeur de l’école Doctorale de santé de l’Université Ouaga I Professeur Joseph Ki Zerbo.

Il pratique au CHU-Yalgado Ouédraogo où il participe aux soins et à l’encadrement des étudiants. Il évolue également dans la promotion des biotechnologies et de la médecine traditionnelle. Le spécialiste en pharmacologie et en toxicologie explique que le laboratoire de toxicologie est « une structure nécessaire pour les travaux effectués au niveau de l’IRSS parce qu’il s’agit de produire des médicaments et il faut empêcher que ces médicaments ne soient nuisibles pour la population ».

Ce laboratoire, qui travaille de manière autonome sur la base de résultats scientifiques, avait reçu une réquisition du procureur du Faso pour l’analyse de produits impropres à la consommationn notamment les canettes du groupe OBOUF. Il a démontré que les produits apportés n’avaient pas leurs qualités initiales et qu’ils comportaient une dénaturation chimique.

Une équipe dirigée par le professeur Innocent Pierre Guissou a mis au point le FACA, un médicament traditionnel amélioré qui permet de soulager les crises de la drépanocytose et améliorer la qualité de vie du drépanocytaire. Le FACA est inscrit sur la liste des médicaments essentiels depuis 2011 au Burkina.

Aperçu du FACA.

Made in Burkina Faso, le produit est une combinaison de deux plantes, le Fagara xanthoxyloïde (Rutaceae) et le calotropis procera (Asclepiadaceae). Le Docteur Ouattara Badiori, ancien élève du Pr Guissou et chercheur à l’Institut de recherche en sciences de la santé (IRSS), avait déclaré le 26 décembre 2014 qu’il existait du FACA de mauvaise qualité sur le marché.

Pour démentir et taire les paroles du Dr Ouattara Badiori à son encontre, le Professeur Guissou avait même démissionné de son poste de Coordonnateur de l’unité de production de phyto médicaments dénommée U-Pharma. L’affaire est depuis lors classée. Et il fait savoir que le FACA continue son petit bonhomme de chemin, très bien apprécié par les populations non seulement au Burkina, mais aussi en Côte d’Ivoire, au Cameroun, au Sénégal, au Canada, aux Etats-Unis, en France.

Le Pr Innocent Pierre Guissou a récemment été élu membre de l’Académie nationale de pharmacie de France. Il donne plus de détails : « Il existe à travers les différents pays une institution qu’on appelle Académie. L’Académie peut s’occuper de plusieurs volets d’intérêts pour chaque pays. C’est une institution qui regroupe des scientifiques de tout genre. Ceux-ci se donnent pour devoir de pouvoir apporter l’information scientifique concernant les problèmes d’une société.

VIDEO – C’est quoi l’Académie française de pharmacie ?

 

Il s’agit plus de permettre la prévention, les mesures de sécurité pour ne pas nuire à la population et à l’environnement. Il y a déjà au Burkina une Académie appelée Académie nationale des sciences, des arts et des lettres dont je suis membre depuis trois ans. J’ai été élu le 28 septembre 2016 membre de l’Académie nationale de pharmacie de France ». Il s’agit d’une société savante française, dédiée à la pharmacie et située à Paris. Créée en 1803, elle est considérée comme le pendant de l’Académie française de médecine.

Le Burkinabè a été reçu solennellement le 14 décembre 2016 par ses pairs. Dans cette Académie française, il y a plusieurs sections spécialisées dans divers domaines de la pharmacie. « Moi je relève de la section Pharmacologie/Toxicologie. Chaque année, il y a des thèmes qui sont dégagés pour lesquels on demande à chaque académicien de réfléchir et de porter des informations, des écrits, etc. à partir bien sûr de la recherche », dit-il.

Cela sert, selon lui, à orienter les autorités pour qu’elles puissent prendre des mesures idoines concernant la question, les problèmes liés à cette orientation. « Pour le moment, je suis le premier et le seul Burkinabè au niveau de cette Académie. Au Mali, il y a un autre, le Pr Boubacar Cissé, toxicologue lui aussi, qui était là au moment où on nous recevait. Je suis en fin d’activité à l’Université Joseph Ki Zerbo. Mais cela ne veut pas dire la fin de ma carrière ou de mes activités professionnelles pharmaceutiques », exalte le Professeur.

En participant aux séances au niveau de cette Académie française, le Pr Innocent Pierre Guissou révèle qu’il peut apporter des informations sur les problèmes pharmaceutiques rencontrés au Burkina. Il peut alors recevoir des conseils ou des avis de réflexion. Ce qui lui permettra de contribuer à améliorer les conditions pharmaceutiques sur le plan national.

VIDÉO – Premier Burkinabè à l’Académie française de pharmacie :Quel intérêt pour le Burkina Faso ?

 

S’il s’agit de développer des thèmes qui ne sont pas des thèmes d’intérêt pour le Burkina, il estime que cela permet d’améliorer les connaissances qu’on peut apporter aux étudiants en médecine, en pharmacie ou aux doctorants par exemple.

Il faut noter que la toxicologie comprend plusieurs aspects, entre autres, la toxicologie clinique, la toxicologie médicolégale, la toxicologie environnementale, la toxicomanie. Au Burkina, plusieurs entreprises évoluent dans le domaine environnemental. Certaines travaillent dans des conditions douteuses et polluent plus ou moins l’environnement. Pour pouvoir les interpeller, le Professeur pense qu’il est nécessaire d’être « organisé » au niveau des autorités compétentes.

« Celui qui doit ouvrir une usine de recyclage ou autre doit faire face à un cahier de charges dans lequel il établit le type d’usine qu’il souhaiterait mettre en place, les productions, les conditions de travail, etc. et qu’est-ce qu’il propose pour que la nuisance soit minimisée », admet l’expert toxicologue. Si organisées et coordonnées, les autorités en plus de l’inspection du travail pourront réaliser des activités de contrôle plus efficaces.

Noufou KINDO

Burkina 24

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Noufou KINDO

@noufou_kindo anime les Rubriques Tech, Santé et Société. Il s'intéresse aux questions liées au développement inclusif et durable.

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