« Je voulais être chauffeur de ferrailles volantes, je le suis maintenant ! » (Seni Raoul Bapan)

« Je voulais être chauffeur de ferrailles volantes, je le suis maintenant ! » (Seni Raoul Bapan)

5216 2

Actuellement officier Pilote de Ligne à Asky Airlines, Seni Raoul Bapan est un pilote de nationalité burkinabè. Il a réussi à accomplir son rêve à force de persévérance et de prêt bancaire. Dans cette entrevue avec Burkina 24 réalisée en fin juin 2017, le pilote burkinabè revient sur ses débuts. Aussi, en rapport avec le nouveau paysage aérien burkinabè marqué par la naissance de nombreuses compagnies, il y jette son regard critique.

Burkina 24 (B24) : Parlez-nous de votre cursus pour devenir pilote

Seni Raoul Bapan (SRB) : Avant d’être pilote, j’ai d’abord exercé à l’Agence pour la sécurité de la navigation aérienne en Afrique et à Madagascar (ASECNA) comme Pompier d’aérodrome. Ainsi, quand je pris fonction en Juin 2009, j’ai contracté un premier prêt bancaire 8 mois plus tard pour payer la formation en vue d’obtenir la Licence de pilote privée avion à l’aéroclub de Ouagadougou. Licence que j’ai décrochée après 3 mois de formation intense. (La licence de pilote privé est une des étapes à franchir pour être Officier Pilote de Ligne.)

A cours de finances pour payer le reste de la formation qui devrait se poursuivre aux Etats-Unis en vue d’obtenir la Qualification aux vols aux instruments et avion multi moteurs et aussi la formation pour l’obtention de la licence de pilote professionnel, licence qui permet d’exercer les fonctions d’officier pilote de ligne, j’essayais donc d’augmenter mon capital d’heure de vol en faisant des vols  non rémunérés sur avion de type Cessna 172 pour le compte d’une société minière exploitant du manganèse à Tassiga au Nord Mali et à l’Ouest du Burkina.

Pendant cette même période, j’ai pu acheter la documentation nécessaire à la préparation des examens écrits vol aux instruments et pilote professionnel avion américain, que je bossais à mes temps perdus. Après un prétest en ligne réussi, je me suis rendu à la Flight safety academy au Bourget à Paris où je pris part et réussis aux dits examens. Avec la licence de pilote privé, les attestations de réussite au vol aux instruments et pilote professionnel avion américain en poche, je me suis rendu finalement à Miami aux Etats-Unis en août 2010 pour la formation pratique au vol aux instruments et pilote professionnel avion multi moteurs grâce à un deuxième prêt bancaire, et autres contractés auprès de certains amis et collègues de l’ASECNA et aussi à ma mère qui n’a pas hésité à me donner toutes ses économies.

Après trois mois de formation intense, je suis revenu donc avec la licence américaine de pilote professionnel assortie des qualifications au vol aux instruments et avion multi moteurs. On était en 0ctobre 2010. Un an plus tard, je me suis retrouvé de nouveau à Miami à la Panam flight academy avec deux autres amis pour la qualification sur avion de type MD80 avec pour espoir d’intégrer Air Burkina.

Avec la qualification en poche, et après un bref passage à Air Burkina où j’ai été confirmé officier pilote de ligne sur MD80, je me suis retrouvé sur le marché de l’emploi parce que non embauché à Air Burkina.

B24 : Et pourquoi ?

SRB : La raison évoquée a été un problème de finances. Mais en juillet 2015, j’ai été embauché comme pilote sur Avion de type Caravan pour le compte de la mine d’or d’ESSAKANE. En novembre 2015, après une sélection parmi quatre candidats, j’ai été retenu pour intégrer Asky Airlines, la compagnie panafricaine où j’exerce les fonctions d’officier pilote de ligne sur Dash8 Q400 après une formation qualifiante au centre de formation d’Ethiopian Airlines et un stage d’adaptation en ligne.

B24 : Devenir pilote, était-ce votre choix ou cela a-t-il été guidé ?

SRB : Devenir pilote a été guidé par une passion, un rêve d’enfant, celui de conduire un jour les oiseaux de fer.

B24 : A quelles difficultés est confronté un pilote burkinabè ?

SRB : L’emploi. Les principaux employeurs au Burkina sont Air Burkina et la mine d’or d’ESSAKANE. Ces employeurs tournent avec des effectifs cibles et pour un pilote sorti d’école, trouver rapidement du boulot au Burkina n’est pas souvent facile. Il y a aussi Liza Transport International qui exploite des jets pour l’aviation d’affaire mais qui malheureusement préfère utiliser l’expertise et la main d’œuvre étrangère que locale.

B24 : Quel est le point de la formation des pilotes au Burkina ? Existe-t-il des cadres adéquats ?  

SRB : Le Burkina Faso ne forme que des pilotes privés avion grâce à l’aéroclub de Ouagadougou. La licence de pilote privé permet de faire uniquement des vols de loisirs, des vols non rémunérés sur certains types d’avion.

B24 : Avez-vous des projets à court ou long termes ? 

SRB : Dans le domaine aérien, je n’ai pas de projet en tant que tel. Je voulais être chauffeur de ferrailles volantes, je le suis maintenant et me contente de faire tranquillement mon boulot. J’avais entre temps pensé à me qualifier sur le super jumbo-jet Boeing 747, l’avion de mes rêves. Malheureusement, le réalisme m’a vite ouvert les yeux en me rappelant que c’est un avion qui tend à disparaître et qui n’est pas exploité par les compagnies aériennes où je pourrais éventuellement travailler.

B24 : Que pensez-vous de l’environnement aéronautique au Burkina ?

SRB : L’aviation au Burkina grandit d’année en année avec l’arrivée de nouveaux exploitants d’aéronefs. On a, entre autres, l’arrivée d’une nouvelle compagnie aérienne qui va bientôt desservir certaines villes du Burkina autres que Bobo et Ouaga à la grande satisfaction des populations des localités qui seront desservies.

Air Burkina est dans une dynamique d’expansion et vient de lancer une vaste campagne de recrutement de pilotes et compte rouvrir certaines lignes. En un mot, les choses évoluent positivement.

« Je voulais être chauffeur de ferrailles volantes, je le suis maintenant ! » (Seni Raoul Bapan)
L’exemple de l’Aéroport international de Bobo est là. Cet aéroport chôme et tourne à perte du fait de sa non-fréquentation (Ph-DR)

B24 : Actuellement, combien de pilotes de nationalité burkinabè compte le Burkina ? 

SRB : A ce jour, le Burkina compte moins d’une vingtaine de pilotes professionnels et de ligne civils en activité, ici et ailleurs. Nous sommes 18 à peu près.

B24 : On remarque la naissance de compagnies aériennes au Burkina. Elles veulent desservir les villes de l’intérieur, mais les infrastructures ne suivent pas. Qu’est ce qui doit précéder l’autre ?

SRB : Aucune activité aérienne ne peut se mener ou se développer sans infrastructures adéquates. C’est bien vrai que hormis Ouagadougou et Bobo où il y a des aéroports internationaux, des villes comme Ouahigouya, Fada, Dori et j’en passe, ne disposent que de pistes d’atterrissage en latérite pour la plupart d’entre elles. Une chose est sûre, si le trafic intérieur se développe bien, l’Etat ne pourra que mettre les moyens qu’il faut pour développer les aérodromes de l’intérieur.

L’aérien coûte très cher et ça ne sert à rien de faire des investissements sur des aérodromes, excusez-moi du terme, fantômes. L’exemple de l’Aéroport international de Bobo est là. Cet aéroport chôme et tourne à perte du fait de sa non-fréquentation.          

B24 : Pour le développement du secteur aérien au Burkina, l’Etat doit-il s’y impliquer ou c’est au secteur privé de s’affirmer ?

SRB : Les deux parties ont leur rôle à jouer. L’Etat s’implique déjà à travers la reprise de la gestion d’Air Burkina, la construction de l’aéroport de Donsin, l’inspection régulière des pistes de l’intérieur du pays à travers l’ASECNA et la délégation aux activités aéronautiques nationales (DAAN) etc.

Le rôle premier de l’Etat est de rendre l’environnement aérien propice aux investissements. Une fois que c’est fait, vous verrez que certains privés n’hésiteront pas à investir dans ce domaine. On a le cas de deux privés burkinabè qui ont créé et gèrent aujourd’hui deux compagnies aériennes à savoir Colombe Airlines et Air Sarada.

Propos recueillis par Ignace Ismaël NABOLE

Burkina 24

Avatar

Ignace Ismaël NABOLE

Journaliste reporter d'images (JRI).

Il y a 2 commentaires

  1. Avatar

    En une phrase . Vouloir c’est pouvoir. Mes félicitations 🎈🎉 cher homme intègre. Je suis derrière toi. Rendez vous au sommet en altitude.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Article du même genre