Burkina : Le M21 en croisade contre l’effritement social

1154 0

Par-delà leur divergence politique, les étudiants de l’époque à l’origine de la naissance du Mouvement du 21 juin 1978 ont décidé de se retrouver le jeudi 21 juin 2018 pour célébrer le jubilé d’émeraude du mouvement. Un soulèvement qui témoigne pour Bonaventure Kabré, « dernier président » de la fédération des étudiants d’Afrique noire en France (FEANF) et ses camarades d’alors, de leur capacité à s’indigner à l’époque et à avoir « oser dire non » au « terrorisme intellectuel » qui avait cours au sein de la communauté estudiantine et son impact pendant la révolution  d’août 1983.  

Ils n’ont pas laissé leur appartenance politique actuelle l’emporter sur ce qui les unissait à l’époque et qui a fait d’eux des acteurs de la révolution d’août 1983 avec à sa tête le capitaine Thomas Sankara :  Oumarou Idani, ministre des mines, Achille Tapsoba, membre du bureau politique du CDP, Louis Armand Ouali, ancien membre de l’UPC, Jean Hubert Bazié (Convergence de l’Espoir), Mamadou Kabré (Prit Lannaya) Alain Zoubga, Basile Guissou, Firmin Diallo, Etienne Traoré,…  

« Le 21 juin 1978, ce qui s’est passé n’est pas resté sans conséquence. Une dizaine d’années plus tard, exactement six ans plus tard, beaucoup des acteurs du 21 juin 1978  ont été des acteurs importants de la révolution du 4 août 1983 », dira le modérateur Louis Armand Ouali. A ce panel-témoignage, il n’y a pas que des noms de Burkinabè qui sont ressortis. Les présidents Alpha Condé de Guinée et Ibrahim Boubacar Keita ont été cités comme étant des figures de proue de la FEANF.

« Penser, réfléchir et choisir » par soi-même

Basile Guissou a introduit le panel-témoignage avec une déclaration qu’il a choisie d’intituler, ’’le motif de la résistance c’est l’indignation’’. Le titre, il ne l’a pas inventé. Il l’a tiré du manifeste Indignez-vous, best-seller de la fin de l’année 2010 avec plus de 300 000 exemplaires vendus du résistant français Stéphane Hessel.

« Il faut toujours s’efforcer de se positionner dans le courant principal de l’histoire. (…) Il faut être dans le courant principal de l’histoire. (…) Tout se passe dans la tête. Le mouvement du 21 juin 1978 a marqué une rupture de paradigmes au sein des étudiants voltaïques de l’époque en invitant tout un chacun à penser avec sa propre tête, réfléchir et choisir pour lui-même et non plus pour faire plaisir à Pierre ou à Paul ou à un maître ou un gourou politique de l’AEVF ou de l’UGEV ».

A l’avant des témoins de l’époque et des membres du mouvement du 21 juin 1978 et à l’arrière la jeune génération

Hommage au « chef » Valère Somé

C’est ce que les signataires du manifeste estudiantin d’alors ont fait. Ensemble avec à leur tête Valère Somé, « le M21 a osé dire non ». Non au kolkoze, à l’embrigadement dans les cercles clandestins, l’érection de l’UGEV en parti d’avant-garde de fait. En conclusion parce que ne pouvant « plus [se] taire et subir », formulera Blaise Guissou, « la scission était nécessaire ». Aujourd’hui, se remémore Germaine Pitroipa, le plan de l’époque avec en place « la théorie des trois mondes » et « complot » en cours d’orchestration, « on devait utiliser Valère (qui arrivait en France de Dakar) comme étant le pivot de ce complot ».

Alain Coefé, membre fondateur du mouvement qui a pris le panel en cours de route, a tenu à ce qu’on rend à César ce qui est à César. Il y a nécessité en cette date anniversaire, dit-il, de se souvenir « en particulier » de Valère Somé. « C’est lui qui a été notre chef. C’est lui a organisé la naissance du M21. C’est lui qui a organisé la lutte. C’est un grand patriote, c’est un grand révolutionnaire ». Et ne pas le lui rendre conclut-t-il, « ce ne serait pas juste ».

« Que la fraternité domine »

Depuis le présidium avec des têtes qui lui sont bien connues mais qu’il avait perdu de vue, Alain Zoubga se dit « impressionné » de voir des gens qu’il n’aurait peut-être pas pu rencontrer même dans la circulation à Ouagadougou. Le  panel avec tout ce qu’il a entendu, l’a rendu nostalgique de ces temps.

« (…) Aujourd’hui, nous sommes fiers de ce qui a été fait même si manifestement nous devons reconnaitre qu’il y a eu des insuffisances, des faiblesses, parfois des divisions. Mais soyons heureux qu’en dépit de toutes ces vicissitudes, nous sommes assis ensemble sur la même table pour rendre compte d’un passé et nous projeter vers le futur proche, voire lointain, par rapport à cette génération qui est là, qui attend de nous que nous rendons voix. Oui, il faut rendre compte ».

Avec à ses côtés Oumarou Idani, ministre des mines qui, tout comme lui, a fait l’université de Ouagadougou, Jean Hubert Bazié est affirmatif. « Le mouvement M21 est venu comme un mouvement libérateur qui permet aux gens de s’exprimer, de souffler ». Le président du parti Convergence de l’Espoir a encore en tête une image de ces « étudiants (qui) ont échoué à cause de la persécution de certaines personnes ». « Je souhaite que l’exclusion ne soit pas la règle et que la fraternité domine ».  

Les échanges se sont poursuivis hors de la salle de conférence à la fin du panel-témoignage.

« Techniquement compétent mais politiquement conscient »

Achille Tapsoba a été parmi les derniers à prendre la parole avant la fin du panel qui a duré plus longtemps que prévu en raison des nombreux  témoignages et des réprobations de certains étudiants qui étaient comme venus spécialement pour cela. « Lorsque j’ai eu le message, a-t-il confié,  j’ai dit enfin, une initiative de devoir de mémoire ». Cet éminent membre du bureau exécutif du Congrès pour la démocratie et le progrès,  repense à ces instants au sein du mouvement estudiantin qui ont contribué à faire de lui l’homme politique qu’il est devenu.

« Je me suis senti avec le M21 affranchi de pratiques vraiment inqualifiables à l’époque. Jeune étudiant, je suis arrivé pour étudier et avoir un diplôme et me former. J’ai eu la chance de rencontrer le mouvement étudiant, d’y entrer et de pouvoir me former. Ce qui à l’époque était très important. On disait, techniquement compétent mais politiquement conscient. Il fallait les deux ».

Oui KOETA                                             Burkina24

Votre commentaire sur ce sujet

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Oui Koeta

Je pense que 'la vitalité d'un pays se mesure (en partie) à celle de ses journalistes'. Merci de participer à cela à travers vos retours de lectrices et lecteurs. I believe that 'the vitality of a country is meseared (in part) by that of its journalists'. Thank you for being part of the adventure by giving feedback.

Article du même genre