Capitaine Dao : « Certains soldats partaient prendre leurs ordres chez des autorités politico-militaires »

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Le capitaine Abdouaye Dao est revenu à la barre pour son deuxième jour d’audition. Si le mercredi 19 septembre 2015, c’est le Parquet militaire qui a conduit l’interrogatoire, pour le vendredi 21 septembre 2018, c’est la partie civile qui a asséné le Commandant du Groupement des unités spéciales (GUS) au sein de l’ex Régiment de sécurité présidentielle (RSP) de questions. Mais l’accusé est resté campé sur ses dires depuis le début.

Pendant son audition à la barre pour répondre des faits qui lui sont imputés, à savoir, complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat, meurtre, coups et blessures volontaires et incitation à commettre des actes contraires au règlement et à la discipline, le capitaine Abdoulaye Dao est resté fidèle à ses déclarations du lundi 19 septembre 2018, malgré les instances des avocats des parties civiles.

L’épisode de la première déclaration lue par le médecin-colonel Mamadou Bamba est revenu. Les avocats des parties civiles sont restés dubitatifs face à l’affirmation du capitaine selon laquelle il n’a pas pris connaissance du communiqué alors qu’il l’amenait à la télévision. Du choix du colonel Bamba, Me Yanogo s’est également interrogé : « Est-ce que le colonel Bamba est journaliste ? ». Selon cet avocat des parties civiles, « ce n’est pas son travail. Même le gouvernement envoie les communiqués et c’est la rédaction qui choisit le journaliste pour lire ».

Mais foi du capitaine, le document à lui remis provenait de la hiérarchie et avait pour but d’assurer une sortie de crise. « C’est la hiérarchie militaire qui m’a envoyé » explique le capitaine Dao.  A ce titre, dit-il, il insiste avoir fait confiance aux chefs. En commentaire, le capitaine poursuit : « Avec le recul, nous allons commencer à réfléchir sur les ordres des chefs avant d’agir. Mais ce n’est pas bon, dit-il. Si moi capitaine je ne peux pas faire confiance à un général, ce n’est pas bon ». 

« Ça me travaille »

A l’instar de certains officiers avant lui, le capitaine a fait cas de la présence d’éléments incontrôlés au sein du régiment. A l’en croire, ces derniers échappaient à toute tentative de sanction et prenaient des ordres avec des supérieurs qui n’étaient plus en fonction à l’ex RSP. « Certains soldats, le matin, avant de venir au camp, partaient prendre leurs ordres chez des autorités politico-militaires ». Mais une fois au service, ces soldats, note le capitaine Dao, exécutaient leurs tâches normalement. « Le service se poursuivait normalement », dit-il. 

Plus tard, le capitaine déclarera avoir assisté à cinq crises au RSP dont celle de septembre 2015 qui a abouti au coup d’Etat. Mais bien avant le coup d’Etat que l’accusé qualifie de « crise », en juin 2015, des éléments proches du Premier ministre Isaac Zida, narre l’accusé, ont ouvert le feu sur eux au Camp Naaba Koom II. Il a fallu l’intervention des « sages » pour juguler la crise.

Outre ces aspects développés par le commandant du GUS, celui-ci, après un long moment d’éloge à l’endroit de certains de ces hommes notamment le major Badiel Eloi, Laoko Mohamed Zerbo, Lu Amadou, a regretté et exposé son incompréhension face à leur situation d’inculpé. « C’est du gâchis », lance le capitaine Dao. « Ce sont les meilleurs. Mais ce qui est arrivé, je ne comprends pas. On était à quatre jours de la campagne (électorale, ndlr). C’est ça le gâchis et franchement, ça me travaille », soupire le prévenu.

La séance de ce jour a été suspendue sur demande de Me Maria Barry, conseil de l’accusé. Elle reprend le lundi 24 septembre 2018, toujours avec la poursuite de l’audition du capitaine Abdoulaye Dao.

Ignace Ismaël NABOLE

Burkina 24

There are 5 comments

  1. Tassembedo Jules Alfred |

    Jugeons pour connaître la responsabilité de chacun dans cette affaire et ensuite passons au pardon et à la réconciliation pour qu’ ensemble nous puissions vaincre le terrorisme. Le Burkina a dépensé trop pour la formation de ces militaires qui semblent être les meilleurs. Je pense que ces militaires regrettent aujourd’hui d’avoir faire ce coup d’État . ils vont se repentir une fois dans l’arme et ferons du bon boulot contre les terroristes, Que Dieu nous pardon !

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Ignace Ismaël NABOLE

Journaliste reporter d'images (JRI).

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