Harouna Toguyeni ou « l’évolution en fonction des circonstances et des conditions »

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De militant de l’Association des étudiants voltaïques (AEVO) dans laquelle il s’est « incontestablement » forgé une vision de la vie et du monde en passant par un syndicat de travailleur, combat qui le conduira à la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (MACO) à celui de militant dans un « parti politique légal » par opposition au Parti Communiste Révolutionnaire Voltaïque (PCRV) et d’un syndicat patronal, Harouna Toguyeni raconte son parcours dans « En quête de progrès social, combat d’un militant »

A la dédicace du livre, Harouna Toguyeni, ancien leader de l’Association des étudiants voltaïques (AEVO) se confondra en excuses auprès de ses camarades étudiants d’alors qui ont été s’exclus suite aux grèves de 1979 dont il faisait partie des meneurs. « Cette grève que nous avons menée en 1979 à l’Université de Ouagadougou, bien de camarades de cette époque en ont souffert pendant des années. Jusque-là, ils n’ont eu aucun réconfort venant des leaders que nous étions », admet l’ancien militant.

Dans l’ouvre, il ira plus loin. Ce que relèvera Germain Bitiou Nama, directeur de publication du journal L’événement dans la préface. « Je pense que nous dirigeants de l’AEVO nous n’avons pas fait preuve d’un esprit critique. En effet, au cours de la lutte, l’AEVO n’a pas pu ou n’a pas voulu faire le point de l’Etat d’exécution de son mot d’ordre »

L’avoir écrit noir sur blanc a permis une sorte de paix du cœur d’une camarade inscrite pendant ces années dans ce qui est aujourd’hui l’Université Ouaga I Pr Joseph Ki-Zerbo. Celle-ci aujourd’hui retraitée, après avoir lu l’oeuvre lui a envoyé ce message : ’’merci pour ce beau témoignage et surtout le courage de briser l’omerta. J’ai perdu deux ans à cause de la grève de 1979’’.

Le Pr Albert Ouédraogo, ancien ministre de l’enseignant supérieur est le parrain de la cérémonie de dédicace. « Petit militant au moment où eux ils avaient la direction », comme il se décrit, il avoue n’avoir compris ce pour quoi il est allé en grève qu’après avoir lu l’autobiographie de son aîné Harouna Toguyeni. « Jusqu’à ce que je quitte l’université, je n’ai pas compris pourquoi on allait en grève. C’est son ouvrage qui m’a éclairé », a-t-il déclaré. Lui revient en mémoire des noms de « gens brillants » parmi eux ont été renvoyés et qui verront figurer leur nom sur la liste noire avec une « impossibilité de s’inscrire »

Du public présent au cours de la dédicace de « En quête de progrès social, Combat d’un militant »

Le PRCV toujours « clandestin » et « la révolution de Thomas Sankara »

« Le PCRV, écrit l’ex-militant, refusera de s’aligner et refusera de qualifier la révolution de Thomas Sankara de « Révolution » ». Avec le recul, Harouna Toguyeni qui l’a quitté pour militer dans un « parti politique légal » entre 1990-1991 considère celle-ci comme n’ayant « certainement pas été une révolution au sens marxiste-léniniste » parce qu’« elle n’a pas confisqué tous les biens de la haute bourgeoisie alliée de l’impérialisme et n’a pas rompu les liens avec la puissance néocoloniale, elle n’a pas non plus créé une monnaie nationale gage de souveraineté ».

Il considère les quatre ans de gestion du pays sous le président Sankara comme ayant été une révolution car justifie-t-il, « pendant la courte durée où elle s’est exercée, elle a provoqué un bouleversement de la société »

Militant du PCRV (qui) ne va pas « s’ouvrir au grand jour lors de ce printemps des partis politiques » préférant rester « officiellement clandestin bien que la plupart de ses dirigeants soient connus par les autorités du pays » selon lui, le communiste qui n’avait « pas envie de continuer à rêver ou à verser dans l’anarchie ou la contestation permanente sans issue » prendra au finish « la résolution de militer dans un parti politique électoraliste ».

Ce qu’il fera en adhérant à l’Union des sociaux-démocrates (UDS) naissant où les contradictions ne tarderont pas à se faire sentir. L’une des raisons principales avance H. Toguyeni, bien qu’« officiellement » il n’était pas allié à l’ODP/MT, « presque tous les responsables du parti avaient des relations privilégiées avec des dirigeants de l’ODP/MT et Blaise Compaoré ». Ce sera la fin d’une aventure dans le Burkina Faso d’après Thomas Sankara où « le Front populaire va s’élargir en absorbant la plupart de ces nouveaux partis ».

« Réactionnaires colporteurs de pensées figées »

Déçu par sa courte expérience d’un an de militant dans un parti politique légal, Harouna Toguyeni, fondateur d’établissements privés d’enseignements se tournera vers le patronat du secteur et passera deux mandats à la tête du syndicat entre 2004 et 2010. Ainsi, « d’étudiant révolutionnaire », l’auteur se retrouvera à la tête d’une organisation patronale « qui par définition est loin d’être révolutionnaire ».

A-t-il ainsi trahi ses idéaux de jeunesse ? « Aucune vision humaine n’est figée, nuance-t-il dans En quête de progrès social, Combat d’un militant. Elle évolue en fonction des circonstances et des conditions objectives et subjectives. Ceux qui s’accrochent à leurs idéaux de jeunesse sans les faire évoluer finissent par être des réactionnaires colporteurs de pensées figées et de grands freins à l’évolution de la société »

Oui KOETA

Burkina24      

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