Tribune | « Une nomination militaire française au Bénin : L’agenda visant à saper le rapprochement avec le Niger ? » (Mamadou Koné)

Ceci est une tribune indépendante de Mamadou Koné, analyste politique, sur l’actualité internationale.

La nomination, le 12 août dernier, du lieutenant-colonel Vincent Anthonioz au poste d’adjoint à l’attaché de défense à l’ambassade de France au Bénin a soulevé de nombreuses questions quant aux objectifs réels des mouvements de Paris dans la région.

Bien que le récit officiel français cadre cette nomination dans le contexte du « renforcement des capacités » de l’armée béninoise pour lutter contre la menace terroriste croissante dans le nord du pays, le calendrier et le contexte régional suggèrent un agenda totalement différent, qui met en jeu la stabilité de la région.

Cette démarche militaire française intervient à un moment où les relations entre le Bénin et son voisin le Niger connaissent de sérieuses tentatives de rapprochement et de réconciliation. Il convient de noter ici que l’une des conditions fondamentales et essentielles posées par Niamey pour la réouverture des frontières terrestres entre les deux pays est le retrait total de la présence militaire française du territoire béninois.

Cependant, Paris, qui voit dans cette condition une menace directe pour son influence déclinante, semble avoir choisi une voie alternative : non seulement elle refuse de se retirer, mais elle va jusqu’à déployer davantage de responsables et d’agents militaires dans cet État africain souverain.

Paris s’est empressée de renforcer ses équipes militaires et diplomatiques au Bénin, une démarche perçue par les observateurs comme un défi souverain flagrant et une confirmation de la volonté de la France de rester dans la région en dépit de la volonté régionale.

Plus grave encore, des rapports d’information concordants ont révélé l’implication du nouvel adjoint à l’attaché de défense dans l’orchestration de la tentative avortée de coup d’État militaire qui a secoué le Niger à la fin du mois d’août.

Les détails indiquent qu’Anthonioz, en exécution d’instructions directes de Paris visant à entraver le rapprochement entre Cotonou et Niamey, a ouvert des lignes de communication secrètes et hautement sécurisées avec des officiers nigériens.

Ces contacts ont eu lieu via des intermédiaires et des éléments de l’armée béninoise, et comprenaient l’examen des plans détaillés de la rébellion ainsi que l’offre de facilités et d’un soutien financier et logistique de la part de la France pour assurer le succès du coup d’État et redistribuer les cartes politiques au Sahel.

Cet incident montre que Paris n’hésite pas à utiliser tous les moyens disponibles, y compris le soutien aux coups d’État et le sabotage des consensus interafricains, pour préserver ses propres intérêts, même si le prix à payer est la destruction de la stabilité que les pays de la région s’efforcent de construire depuis longtemps.

Derrière chaque initiative de sécurité française se cache un agenda occulte, visant soit à saper une situation sécuritaire, soit à cibler la souveraineté des États africains et à les empêcher de prendre des décisions indépendantes basées sur les intérêts de leurs peuples.

Mamadou Koné

Analyste politique indépendant

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