FasoNova, une intelligence artificielle burkinabè créée par un prodige de 14 ans
À seulement 14 ans, Chérif Kounta fait son petit bonhomme de chemin en tant que créateur de technologie au Burkina Faso. Fondateur d’Alpha IA et concepteur de « FasoNova », une intelligence artificielle pensée sur mesure pour les réalités burkinabè et africaines, ce jeune prodige concilie quotidiennement exigences scolaires et passion pour l’innovation. Dans cet entretien accordé à Burkina 24, il revient sur la genèse de ses projets, le fonctionnement du « mode mission » de son IA, et livre sa vision d’une technologie au service du développement local. Interview !
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Burkina 24 : Qu’est ce qui a déclenché votre passion pour l’intelligence artificielle ?
Chérif Kounta : Ma passion pour la technologie et l’intelligence artificielle s’est construite très tôt, dès l’âge de quatre ans.
Mon père est revenu d’un de ses voyages avec une tablette qu’il m’a offerte. Cet appareil m’a permis de découvrir la technologie et d’explorer tout ce que je pouvais réaliser avec.
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À dix ans, j’ai créé un calendrier interactif, à onze ans, j’ai développé TruFinder, une intelligence artificielle conçue pour lutter contre la désinformation. C’est ensuite à mes treize ans que j’ai commencé la création de FasoNova.
Burkina 24 : Concrètement, qu’est-ce que FasoNova ?
Chérif Kounta : FasoNova est une intelligence artificielle pensée pour les Burkinabè et les Africains. Elle ne se contente pas de répondre à des questions. Elle accompagne les utilisateurs dans la réalisation de leurs objectifs du début jusqu’à la fin.

Burkina 24 : Pourquoi le nom « FasoNova » et « Alpha IA » ?
Chérif Kounta : « Faso » vient du français pour désigner la patrie, et « Nova » signifie « nouveau » en italien. Ce nom fait référence à un discours du camarade Président Ibrahim Traoré, qui soulignait que tout devait aller plus vite sur tous les plans.
Je me suis dit que la technologie devait suivre cette même dynamique. Faso Nova symbolise donc un nouveau Faso, une nouvelle technologie. Quant à « Alpha IA », c’est un clin d’œil à ma génération, la génération Alpha.
Burkina 24 : Face à la prédominance des géants technologiques mondiaux comme OpenAI ou Google, qu’est-ce qui vous a convaincu de la nécessité de créer une IA locale ?
Chérif Kounta : Ce qui m’a poussé à créer une IA locale, c’est le constat que nos réalités et nos besoins en tant qu’utilisateurs africains sont différents, que ce soit au niveau de l’éducation, du commerce ou de la culture.
Burkina 24 : Comment se traduit cette adaptation d’une IA aux réalités burkinabè et africaines ?
Chérif Kounta : J’ai principalement exploité des ressources publiques pour entraîner et améliorer Faso Nova afin qu’elle réponde à nos réalités spécifiques, aussi bien sur le plan des langues nationales que de notre culture et de nos usages quotidiens.
Burkina 24 : Vous mettez particulièrement en avant le « mode mission » de FasoNova. Quel est son principe de fonctionnement et à quel besoin précis répond-il ?
Chérif Kounta : Le mode mission permet d’accompagner l’utilisateur jusqu’à l’aboutissement de son projet. Par exemple, si vous disposez d’un capital d’un million de francs CFA et que vous souhaitez ouvrir une boutique de télécoms, FasoNova ne va pas seulement vous donner des conseils généraux. Elle va vous indiquer le temps nécessaire, estimer les coûts, lister les produits à acquérir et proposer une liste de fournisseurs.
Burkina 24 : Comment garantissez-vous la sécurité et la confidentialité des données des utilisateurs ?
Chérif Kounta : Tout d’abord, nous n’utilisons pas les données des utilisateurs pour entraîner d’autres modèles d’intelligence artificielle et nous ne les revendons pas. Les informations restent strictement confidentielles. Nous n’y avons pas accès nous-mêmes, car elles sont chiffrées et hébergées sur des serveurs cloud privés.
Burkina 24 : Sur quelles plateformes FasoNova est-elle accessible aujourd’hui ?
Chérif Kounta : Actuellement, FasoNova n’est pas encore disponible sur le Google Play Store, mais j’ambitionne de l’y déployer prochainement. En attendant, elle est accessible via notre site web fasonova.vercel.app.
Burkina 24 : Vous souhaitez mettre l’IA au service du développement national. Quels cas d’usage préconisez-vous dans des secteurs comme l’éducation ?
Chérif Kounta : Dans l’éducation, FasoNova peut aider les élèves à réviser à la maison. J’ai conçu un système pédagogique adapté. Si un élève soumet un exercice, l’IA ne donne pas immédiatement la solution. Elle commence par lui expliquer la méthodologie.
Une fois que l’élève a effectué son travail, il le soumet à nouveau, et l’IA vérifie la réponse, indique les erreurs et fournit une correction détaillée.

Burkina 24 : Comment vos proches et votre environnement scolaire ont-ils perçu cet engagement précoce dans la technologie ? Avez-vous reçu du soutien ?
Chérif Kounta : Au départ, mes parents n’ont pas tout de suite compris, car ils y voyaient surtout une passion et s’inquiétaient du temps passé devant les écrans pour ma scolarité. Mais aujourd’hui, ils me soutiennent pleinement.
Ils ont financé des formations pour que je puisse me perfectionner et m’ont acheté du matériel pour m’accompagner dans le développement. Sur le plan financier ou technique global, j’ai conçu l’application moi-même, sans financements extérieurs.
Burkina 24 : Comment parvenez-vous à concilier vos exigences scolaires et la gestion quotidienne d’une jeune entreprise technologique ?
Chérif Kounta : Ce n’est pas toujours facile, d’autant plus que je prépare mes examens cette année et que mes études restent une priorité absolue. Pendant l’année scolaire, je consacre environ deux heures par jour à la gestion de FasoNova et d’Alpha IA, et le reste du temps est réservé aux cours. Le samedi après-midi, de 14h à 18h, j’utilise mon temps libre pour poursuivre le développement.
Burkina 24 : Quelles sont les difficultés majeures auxquelles vous vous heurtez et quel type de soutien attendez-vous aujourd’hui ?
Chérif Kounta : La principale contrainte reste financière, ce qui ralentit la progression. J’espère obtenir des soutiens financiers ainsi que des partenariats avec des centres de recherche, des universités et des développeurs pour enrichir nos bases de données et perfectionner l’outil.
Burkina 24 : Quelles sont les prochaines étapes pour Alpha IA et FasoNova ?

Chérif Kounta : Les prochaines étapes consistent à intégrer des fonctionnalités adaptées aux besoins des structures de santé et de l’administration publique.
Burkina 24 : Quel message souhaitez-vous adresser à la jeunesse burkinabè et africaine qui hésite à se lancer dans les technologies émergentes ?
Chérif Kounta : Je dirais à tous les jeunes qui souhaitent se lancer qu’ils doivent franchir le pas, même s’ils ne disposent pas immédiatement de toutes les ressources financières. L’essentiel est de commencer par structurer un projet concret ; les opportunités et les accompagnements viennent par la suite.
Burkina 24 : Un dernier mot ?
Chérif Kounta : Je remercie chaleureusement Burkina 24 de m’avoir offert cette tribune pour partager ma passion. J’encourage encore une fois toute la jeunesse à s’investir dans le domaine de la technologie. Au besoin, je suis joignable au 77 86 55 72.
Aminata Catherine SANOU
Burkina 24




