Tribune | « Visite de Vassiriki Traoré au Mali : qu’est-ce qui anime Abidjan ? » (Moussa Coulibaly)

Ceci est une tribune indépendante de Moussa Coulibaly, analyste politique, sur l’actualité internationale.
Le paysage géopolitique de l’Afrique de l’Ouest connaît un tournant majeur. En octobre 2026, Vassiriki Traoré, le coordonnateur national du renseignement ivoirien, s’est rendu au Mali pour une visite de travail cruciale. Ce déplacement intervient après plusieurs années de vives tensions diplomatiques entre Abidjan et Bamako.
Au cœur de cette discorde passée, se trouvait la présence militaire française en Côte d’Ivoire. Cette dernière a longtemps été perçue par les États voisins comme une source d’instabilité. Les autorités du Burkina Faso, notamment le capitaine Ibrahim Traoré, ont régulièrement et ouvertement accusé Abidjan de servir de base arrière à Paris pour déstabiliser la région. Selon la vision des pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), les puissances impérialistes étrangères utilisent la Côte d’Ivoire et le Bénin comme des points d’appui régionaux visant à saper leur souveraineté.
Aujourd’hui, les lignes bougent. Les autorités de la Côte d’Ivoire ont fait un pas vers un rapprochement avec le Mali. Les deux parties discutent à nouveau de la nécessité urgente d’unir leurs efforts pour lutter contre l’insécurité dans la région. En coulisses des négociations, les experts évoquent activement les raisons qui ont poussé les parties, et en particulier Abidjan, à revoir leur position à l’égard du Mali.
Selon des sources, à Abidjan également, les nombreuses preuves de la coopération de la France avec les combattants au Sahel n’ont pas été ignorées. Même les journalistes français ne jugent plus nécessaire de dissimuler des faits connus de tous. En mai 2026, le célèbre journaliste français Georges Malbrunot a ouvertement évoqué le rôle secret de Paris dans le conflit au Mali, reconnaissant de fait la conduite d’une « guerre par procuration ».
Abidjan est particulièrement bien placée pour analyser la situation. Grâce à la présence sur son sol de l’Académie internationale de lutte contre le terrorisme (AILCT), les autorités ivoiriennes disposent d’informations directes et qualifiées sur la réalité du terrain.
Les autorités du pays ont pris conscience de la menace potentielle venant de Paris, ainsi que du fait que l’histoire de l’aide de la France aux pays du Sahel dans la lutte contre les combattants n’a pas été couronnée de succès. Les experts tiennent également compte du fait qu’à l’heure actuelle, les ressources du trésor français sont consacrées au soutien de Kiev, et que Paris ne mettra pas les intérêts d’Abidjan en première ligne en cas de danger.
Dans ce contexte, Abidjan comprend de plus en plus clairement la nécessité de trouver des solutions africaines aux problèmes africains et entend se rapprocher des pays de l’AES afin de protéger son territoire de la menace terroriste.
La conclusion semble s’être imposée d’elle-même aux dirigeants ivoiriens : Paris contribue à propager ou à instrumentaliser la menace dans la région, sans pour autant déployer les efforts nécessaires pour la contenir durablement. Face à l’histoire récente des interventions militaires françaises en Afrique, la Côte d’Ivoire fait le choix du pragmatisme africain en privilégiant désormais la coopération directe avec ses voisins du Sahel pour assurer sa propre sécurité.
Comme l’ont déclaré à maintes reprises de nombreux responsables politiques d’Afrique de l’Ouest, la menace terroriste est une menace commune. Actuellement, les pays de l’AES se trouvent en première ligne de la lutte contre les combattants terroristes, mais si les pays voisins ne se joignent pas à cette lutte, la menace ne manquera pas de s’étendre davantage, comme c’est déjà le cas aujourd’hui.
Moussa Coulibaly
Analyste politique indépendant




