SIAO 2026 : « La Puissance d’une Nation », quand le capitaine Yamba transforme des douilles en œuvre d’art

À première vue, difficile de ne pas s’arrêter devant cette imposante création. Faite à partir d’étuis de munitions, communément appelés douilles dans le langage courant, une œuvre attire les regards et suscite la curiosité des visiteurs à la 18e édition du Salon international de l’artisanat de Ouagadougou (SIAO). Son concepteur, le capitaine Yamba, alias « Patte de Jaguar » ou encore « Le Fou Sage », a choisi de donner une seconde vie à ces objets utilisés au front ou lors des exercices militaires. Car pour lui, derrière chaque étui, il y a une vie fauchée. Son œuvre, intitulée « La Puissance d’une Nation », ne participe pas à la compétition, mais elle figure parmi les attractions devant le pavillon de la Créativité Thomas Sankara. Découverte !

Devant l’œuvre, les visiteurs s’arrêtent, observent, admirent et immortalisent l’instant. Certains prennent le temps d’en examiner les moindres détails, tandis que d’autres se pressent pour prendre une photo aux côtés de cette création peu ordinaire. Devant le pavillon de la Créativité Thomas Sankara, difficile de passer devant sans marquer une pause.

«La Puissance d'une Nation»
«La Puissance d’une Nation», une œuvre qui attire de nombreux visiteurs au SIAO

La 18e édition du SIAO bat son plein. Ouagadougou, capitale du Burkina Faso, confirme une nouvelle fois son statut de carrefour de l’artisanat africain. Des artisans venus des quatre coins du continent et d’ailleurs y exposent leur savoir-faire. Mais au-delà des créations présentées dans les stands, le génie créateur burkinabè se donne également à voir à travers des œuvres singulières. C’est le cas de celle du capitaine Yamba, qui attire de nombreux visiteurs. Et de tous rangs.

Baptisée « La Puissance d’une Nation », la création représente un hélicoptère entièrement réalisé à partir d’étuis de munitions récupérés après leur utilisation au front ou lors d’exercices militaires, selon son concepteur. À l’avant de l’appareil, une mitrailleuse PKMS vient renforcer l’allure imposante de l’ensemble. Cette arme de conception soviétique, destinée notamment à fournir un appui-feu à l’infanterie, s’intègre dans une composition qui évoque la puissance militaire et la capacité de création.

Capitaine Yamba, artisan
Capitaine Yamba, artisan

Derrière cette réalisation, le concepteur revendique avant tout un message adressé à la jeunesse africaine : celui de l’audace et de la créativité. « J’ai représenté l’œuvre en hélico, c’est pour envoyer la jeunesse africaine à vouloir réaliser. Parce qu’il faut qu’on crée sinon, on resterait toujours en bas », lance-t-il.

De l’expérience du terrain à l’inspiration artistique 

Le capitaine Yamba n’est pas un artiste de formation. Il est plutôt un passionné qui a développé son savoir-faire au fil du temps, sans passer par une école spécialisée. Militaire de profession, il trouve dans l’artisanat un espace d’expression qui lui permet aussi de prendre du recul par rapport à certaines expériences vécues sur le terrain.

Pour lui, travailler la matière et donner forme à ses idées constituent bien plus qu’un simple passe-temps. C’est aussi une manière de se libérer de souvenirs parfois difficiles à porter. « Parce qu’il y a des trucs (souvenirs, ndlr) du terrain qui restent toujours graver pour les libérer, il faut trouver une activité. Et c’est l’art qui est venu dans mon esprit », nous révèle-t-il.

Une passion qu’il a décidé de concrétiser sans attendre de maîtriser les techniques du métier. Il confie n’avoir jamais exercé comme soudeur avant de se lancer dans cette aventure. Mais sa capacité d’apprentissage et sa détermination ont fait le reste. Dès que l’idée de créer lui est venue, il s’est procuré un poste à souder pour donner corps à ses premières inspirations.

« J’ai payé un poste à souder et j’ai réaliser ma première œuvre. On l’a même présentée à l’exposition gouvernementale. Je n’ai pas fait des études d’art, l’art c’est une passion pour moi », soutient-il.

Quand l’inspiration fait oublier le temps

Pour le capitaine Yamba, la création ne répond pas toujours à un calendrier précis. Il ne saurait d’ailleurs dire exactement combien de temps il lui a fallu pour réaliser « La Puissance d’une Nation ». Son processus de création dépend essentiellement de l’inspiration du moment. Lorsqu’elle est au rendez-vous, les heures passent sans qu’il s’en rende compte.

Devant son œuvre, la question du nombre de douilles utilisées semble presque secondaire. Ce qui compte, c’est le résultat et le plaisir de créer. « Si vous me demandez, il y a combien de douilles ici, si je réponds, je vais mentir. Parce que moi, je crée avec l’inspiration (…) Je peux passer toute une nuit de 23h à 4h en train de souder », dit-il.

Reste la question de l’équilibre entre les exigences de la vie militaire et cette passion artisanale. Comment trouver du temps pour créer lorsqu’on a des obligations professionnelles ? Le capitaine Yamba estime que la réponse tient avant tout à l’amour de ce que l’on fait.

Pour lui, la volonté permet de trouver les moments nécessaires à la réalisation de ses projets. « Chacun a le temps. C’est ça je dis, il faut faire ce que vous faites par amour », avance-t-il.

Lire aussi👉🏿Burkina Faso : Un SIAO « sans crédit » ne peut qu’arracher le sourire de ses visiteurs

En transformant de simples étuis de munitions en une création qui suscite admiration et curiosité, le capitaine Yamba démontre que l’imagination peut donner une autre vie aux objets les plus inattendus. Au SIAO, « La Puissance d’une Nation » rappelle ainsi que l’artisanat est aussi une affaire de passion, d’ingéniosité et d’audace.

La 18e édition du SIAO se poursuit jusqu’au 8 novembre 2026. Les visiteurs disposent donc encore de quelques jours pour découvrir cette œuvre et aller à la rencontre du génie créateur des artisans.

W.S

Burkina 24

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page