« Nous Vaincrons » | Souveraineté sanitaire : Le Pr Maxime Drabo plaide pour une recherche au service de l’autonomie du Burkina Faso

Face à une forte dépendance aux importations de médicaments et à l’évolution des besoins sanitaires, le Burkina Faso doit davantage miser sur la recherche scientifique pour renforcer son autonomie. Invité de l’émission « Nous vaincrons », le Pr Maxime Drabo estime que la souveraineté sanitaire passe par la formation, l’innovation, le renforcement des laboratoires et surtout la transformation des résultats de la recherche en solutions accessibles aux populations.

Au Burkina Faso, la question de la souveraineté sanitaire est étroitement liée à celle de la recherche scientifique. Pour le Pr Maxime Drabo, directeur de recherche et professeur associé, le pays doit développer ses propres capacités afin de mieux répondre aux besoins de sa population.

Cette nécessité apparaît notamment dans le domaine pharmaceutique. Selon les données avancées par le chercheur, 80 à 90 % des médicaments consommés au Burkina Faso sont importés. Une situation qui expose le système de santé aux perturbations des chaînes d’approvisionnement internationales.

La pandémie de Covid-19 a, selon lui, illustré cette vulnérabilité. En période de crise mondiale, les pays producteurs ont d’abord privilégié leurs propres besoins en équipements de protection et en intrants, avant d’approvisionner les pays dépendants des importations.

Pour le Pr Drabo, la souveraineté sanitaire ne signifie toutefois pas que le Burkina Faso doit chercher à tout produire localement. Elle consiste plutôt à être capable de produire l’essentiel des besoins médicaux de la population.

Des priorités de recherche adaptées aux réalités du pays

La recherche scientifique doit également répondre à l’évolution du profil sanitaire du Burkina Faso. Le pays fait désormais face à une double réalité. Les maladies transmissibles et parasitaires, notamment le paludisme, la méningite ou encore la rougeole, continuent de représenter des défis importants. Dans le même temps, les maladies non transmissibles progressent, avec notamment le diabète et l’hypertension artérielle.

À cette transition épidémiologique s’ajoutent les conséquences de la crise sécuritaire. Les déplacements massifs de populations ont notamment affecté l’accès aux services essentiels et fait émerger de nouveaux besoins sanitaires.

Le Pr Maxime Drabo cite particulièrement les questions liées à la santé mentale, qui nécessitent, selon lui, le développement de nouveaux outils de prise en charge.

« Des cahiers des charges précis » pour orienter la recherche

Pour le chercheur, l’un des enjeux consiste à éviter la dispersion des efforts. Il préconise ainsi de définir des priorités nationales et de les traduire en cahiers des charges précis, qui serviraient ensuite de base à des appels à projets.

Il s’appuie, pour illustrer cette démarche, sur l’exemple historique du char américain Sherman pendant la Seconde Guerre mondiale. Confrontés aux performances des blindés allemands, les Américains avaient réuni différents spécialistes autour d’un cahier des charges afin d’améliorer leur matériel.

À travers cet exemple, le Pr Drabo met en avant la nécessité d’une collaboration étroite entre plusieurs catégories d’acteurs. La recherche utile, estime-t-il, doit ainsi reposer sur une synergie entre chercheurs, concepteurs, utilisateurs et bénéficiaires.

Le développement d’une autonomie scientifique passe également par le capital humain. Le Pr Maxime Drabo préconise notamment de renforcer les institutions d’enseignement supérieur et de mettre en place une véritable stratégie d’intelligence technologique.

Il propose, entre autres, d’envoyer des talents burkinabè dans les meilleures universités et écoles à travers le monde afin qu’ils puissent acquérir de nouvelles compétences et observer les procédés technologiques développés ailleurs. L’objectif serait ensuite de permettre à ces compétences de contribuer au renforcement de la recherche nationale.

Cette stratégie doit aller de pair avec l’amélioration des conditions de travail des chercheurs. Le chercheur insiste notamment sur la nécessité de mieux équiper les laboratoires, de garantir la disponibilité des consommables et d’offrir des conditions de rémunération permettant de retenir les compétences au Burkina Faso.

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Pour le Pr Drabo, produire des connaissances ne suffit pas. Encore faut-il que les résultats de la recherche puissent bénéficier directement aux populations. Cela suppose de franchir l’étape de l’industrialisation afin de transformer les découvertes scientifiques en médicaments, technologies et autres solutions médicales accessibles.

L’enjeu est donc de créer une passerelle efficace entre les laboratoires et le secteur productif. Les innovations doivent pouvoir être développées, produites et mises à la disposition des populations à des coûts abordables.

« La souveraineté ne se décrète pas, elle se bâtit »

Pour le Pr Maxime Drabo, le Burkina Faso dispose du potentiel humain nécessaire pour développer une recherche scientifique capable de répondre à ses propres besoins.

Il estime que les capacités intellectuelles des chercheurs burkinabè sont comparables à celles des scientifiques du reste du monde. Le défi se situe donc davantage dans l’organisation, l’investissement et la capacité à créer un environnement permettant à ces compétences de produire pleinement leurs effets.

La souveraineté sanitaire ne se résume ainsi pas à une volonté politique. Elle nécessite des investissements dans les infrastructures, les équipements, la formation, la recherche et l’industrialisation. « La souveraineté ne se décrète pas : elle se bâtit par l’organisation, l’investissement propre et la conviction intime que le pays détient les moyens de sa propre réussite », soutient le Pr Maxime Drabo.

À travers cette vision, la recherche scientifique apparaît comme l’un des instruments permettant au Burkina Faso de renforcer progressivement son autonomie sanitaire. Une ambition qui rejoint l’esprit de l’émission « Nous vaincrons » : faire de la connaissance, de l’innovation et du savoir-faire national des leviers de transformation et d’autonomie.

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