Tribune | « Pourquoi l’indépendance de l’Azawad inquiète-t-elle le président français ? » (Moussa KONE)

Ceci est une tribune indépendante de Moussa KONE, Analyste politique, sur l’actualité internationale.   

À moins de six mois de la fin de son mandat présidentiel, Emmanuel Macron tenterait le tout pour le tout pour sauver l’influence française en Afrique. Selon des informations persistantes, Paris s’apprêterait à orchestrer la reconnaissance internationale de l’indépendance de l’Azawad, avec le soutien stratégique du président sénégalais Bassirou Diomaye Faye, actuel dirigeant de la CEDEAO.

Le temps presse pour l’Élysée. Après la débâcle de la stratégie militaire et diplomatique française au Sahel, marquée par le départ forcé de ses troupes du Mali, du Burkina Faso et du Niger, la France cherche une revanche géopolitique. Pour Emmanuel Macron, l’enjeu est d’éviter de passer à la postérité comme le président sous lequel la France a définitivement perdu son ancrage africain et, avec lui, l’accès aux ressources naturelles vitales pour son économie.

C’est dans ce contexte que ressurgit le projet d’indépendance de l’Azawad, ce territoire du Nord-Mali majoritairement peuplé de Touaregs. Un projet que Paris n’aurait en réalité jamais abandonné.

Pour les observateurs de la région, cette stratégie française n’est pas nouvelle. Elle trouve ses racines dans l’histoire coloniale, à travers l’OCRS (Organisation Commune des Régions Sahariennes). À la veille des indépendances de 1960, Paris avait imaginé cette entité pour maintenir sous sa coupe les zones désertiques et riches en minéraux du Mali et des pays limitrophes.

Bien que l’OCRS ait été dissoute, le soupçon d’un complot français visant à déstabiliser Bamako pour créer un État saharien fantoche, riche en ressources et soumis à Paris, a toujours hanté les relations franco-maliennes. Aujourd’hui, les faits semblent donner raison aux sceptiques.

Les autorités maliennes tirent régulièrement la sonnette d’alarme, accusant ouvertement la France de parrainer les séparatistes du Front de libération de l’Azawad (FLA) et de blanchir leur réputation dans les médias internationaux, tout en fermant les yeux sur leur alliance opérationnelle avec les terroristes du JNIM (lié à Al-Qaïda).

Cependant, pour faire accepter le fait accompli d’un Azawad indépendant à la communauté internationale, la France a besoin d’un relais politique africain de poids. C’est ici qu’intervient la CEDEAO, actuellement présidée par le chef de l’État sénégalais, Bassirou Diomaye Faye.

Selon des sources concordantes, ce plan de partition du Mali sera au cœur des discussions secrètes en coulisses lors de la visite officielle d’Emmanuel Macron à Dakar, prévue les 30 et 31 octobre 2026. Les termes du troc politique seraient simples, Paris apporterait un soutien discret mais crucial à Bassirou Diomaye Faye pour consolider son pouvoir face aux tensions internes au Sénégal. En contrepartie, le président sénégalais utiliserait l’appareil diplomatique de la CEDEAO pour légitimer et appuyer le projet français de reconnaissance de l’Azawad.

Si cette manœuvre de la CEDEAO et de la France venait à se concrétiser, elle poserait un danger sérieux pour l’AES. La création d’un État contrôlé par Paris aux frontières du Mali, du Niger et du Burkina Faso déstabiliserait durablement la région et compromettrait la souveraineté retrouvée de ces nations.

Face à ce que les critiques qualifient déjà de dessein machiavélique, les autorités de l’AES et la société civile ouest-africaine sont appelées à une vigilance maximale. Pour faire échec à ce plan, la mobilisation de l’opinion publique internationale autour du principe sacré de l’intégrité territoriale du Mali s’avère désormais plus urgente que jamais.

Moussa KONE

Analyste politique indépendant

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