« Nous Vaincrons » | Industrialisation au Burkina Faso : Joseph Ramdé identifie les freins à la transformation locale

Malgré une volonté politique affirmée de transformer les matières premières sur place, l’industrialisation du Burkina Faso reste confrontée à plusieurs obstacles. Pour l’expert industriel Joseph Ramdé, l’accès à l’énergie, le manque de zones industrielles aménagées, la lourdeur administrative et le déficit de compétences techniques figurent parmi les principaux défis à relever.
Longtemps tourné vers l’exportation de matières premières brutes, notamment le coton et la tomate, le Burkina Faso affiche une ambition croissante de développer la transformation locale. Pour Joseph Ramdé, président de l’Association burkinabè des métiers du génie industriel et assimilés (ABMGI) et expert auprès du ministère de l’Industrie, le soutien politique accordé au secteur ces dernières années contribue à accélérer cette dynamique.
L’État entend notamment encourager les opérateurs économiques à investir dans la production industrielle plutôt que de se limiter au négoce. La mise en place d’unités pilotes, dont le complexe textile Tex Force et des unités de transformation de tomates, illustre cette orientation. L’enjeu est de créer davantage de valeur ajoutée sur le territoire national, de réduire la dépendance aux produits transformés importés et de générer des emplois.
Malgré cette volonté, les promoteurs industriels restent confrontés à des contraintes structurelles qui pèsent sur la création et le fonctionnement des usines. L’électricité demeure un enjeu majeur pour les entreprises industrielles. Son coût, les perturbations de l’approvisionnement et les délestages peuvent affecter la production, endommager les équipements et réduire la compétitivité des unités industrielles.
Selon les éléments avancés dans son diagnostic, près de 104 milliards de FCFA ont été mobilisés en faveur de la Société nationale d’électricité du Burkina (SONABEL) pour renforcer les capacités de production. Joseph Ramdé estime toutefois que l’amélioration de l’offre doit s’accompagner d’une meilleure maîtrise de la consommation.
Il recommande notamment des audits énergétiques réguliers, avec l’appui de l’Agence nationale des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique (ANEREE), afin d’identifier les économies possibles et d’optimiser l’utilisation de l’électricité dans les usines.
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L’accès au foncier constitue un autre frein à l’implantation des entreprises. En dehors de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso, les investisseurs peuvent rencontrer des difficultés pour obtenir des terrains viabilisés, dans un contexte marqué par le coût élevé du foncier et les litiges fonciers.
Pour lever cet obstacle, Joseph Ramdé préconise la création de zones industrielles régionales intégrées, dotées des infrastructures indispensables : eau, électricité, voies d’accès et guichets uniques pour faciliter les démarches des investisseurs.
Il plaide également pour l’aménagement de parcelles de superficies variées, notamment de petites dimensions, afin de permettre aux petites et moyennes entreprises (PME) d’accéder plus facilement au foncier industriel.
La centralisation de certaines procédures à Ouagadougou complique également la tâche des entrepreneurs installés dans les autres régions du pays. Les déplacements nécessaires pour obtenir des documents d’implantation ou des agréments peuvent entraîner des coûts supplémentaires et retarder la concrétisation des projets.
Pour Joseph Ramdé, la décentralisation des démarches auprès des directions régionales compétentes, ou leur numérisation intégrale, permettrait de simplifier les procédures et de réduire les délais de traitement des dossiers.
Au-delà des infrastructures et des formalités administratives, l’industrialisation nécessite une main-d’œuvre qualifiée. Joseph Ramdé relève un déficit d’ingénieurs et de techniciens spécialisés, qui pousse certaines entreprises à rechercher des compétences à l’extérieur du pays.
Pour renforcer le capital humain national, l’expert recommande de rapprocher les centres de formation professionnelle des entreprises industrielles. L’objectif serait d’adapter les programmes d’enseignement aux besoins concrets des usines et de mieux valoriser les compétences disponibles au Burkina Faso.
Cette coopération entre le monde de la formation et le secteur productif permettrait de constituer progressivement une masse critique de techniciens et d’ingénieurs capables d’accompagner le développement des unités industrielles.
Pour Joseph Ramdé, la transformation structurelle de l’économie burkinabè ne dépend donc pas uniquement de la volonté politique ou de la création d’usines. Elle suppose également de lever les contraintes liées à l’énergie, au foncier, à l’administration et aux compétences, afin de bâtir une industrie nationale plus compétitive et durable.




