Burkina Faso : Des chercheurs africains veulent repenser l’analyse du discours à partir des réalités du continent

La 2e édition du Colloque international de l’Observatoire de production et d’analyse du discours (OPAD) s’est ouverte ce jeudi 24 septembre 2026 à Ouagadougou. Réunissant des chercheurs, enseignants-chercheurs, doctorants et étudiants de neuf pays africains, la rencontre met au centre des échanges la nécessité de repenser les théories et épistémologies de l’analyse du discours à partir des réalités du continent.
Placée sous le thème « Repenser l’analyse du discours à partir des théories et épistémologies africaines : enjeux endogènes, postcoloniaux et scientifiques », la rencontre compte 107 communications retenues, dont 93 seront finalement présentées.
Durant deux jours, les participants venus notamment du Burkina Faso, du Mali, du Niger, de la Côte d’Ivoire, du Bénin, de la Guinée-Conakry, de la République démocratique du Congo, du Gabon et du Cameroun confrontent leurs réflexions autour des outils utilisés pour analyser les discours produits en Afrique.
Des théories à confronter aux réalités africaines
Au cœur des échanges figure une question : les théories élaborées dans d’autres espaces scientifiques permettent-elles toujours de rendre compte avec précision des discours et des réalités africaines ?
Pour le Dr Boukary Nebié, président du comité d’organisation, cette question doit également être posée dans le contexte actuel des débats sur la souveraineté des États et des nations. « Le volet recherche, le volet enseignement supérieur doit également questionner ces éléments-là afin d’apporter des éléments d’éclaircissements », a-t-il expliqué.

L’Observatoire de production et d’analyse du discours (OPAD) entend donc interroger l’adéquation entre les théories venues d’ailleurs et les corpus africains.
« Est-ce que ces théories-là véritablement sont appropriées pour des corpus qui sont des corpus africains, quand la théorie vient d’ailleurs ? », s’est interrogé le Dr Nebié. Il a estimé que les travaux doivent aussi mettre en lumière les concepts et théories développés par des chercheurs africains et susceptibles de mieux correspondre aux réalités étudiées.

Cette démarche ne signifie toutefois pas un rejet des connaissances produites ailleurs. Représentant le ministre de l’Enseignement secondaire et de la Formation professionnelle et technique, le Dr Tiiga Alain Ouédraogo, a insisté sur cette ouverture.
« Repenser l’analyse du discours à partir des théories et des épistémologies africaines, ce n’est pas cependant tourner le dos aux connaissances produites dans d’autres espaces scientifiques », a-t-il déclaré.

Pour lui, il s’agit plutôt de reconnaître la capacité de l’Afrique à contribuer elle aussi à la construction du savoir. « L’Afrique a aussi des cadres de pensée susceptibles de contribuer à l’enrichissement de la science universelle », a-t-il souligné.
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Le président du comité scientifique, Pr Sidiki Traoré, a, pour sa part, porté la réflexion sur la manière dont les sociétés et cultures africaines sont étudiées. Il a estimé qu’elles restent souvent appréhendées à travers des référentiels occidentaux, avec le risque de produire une connaissance « marginale, parcellaire, voire biaisée » de l’Afrique.

Les participants sont ainsi appelés à contribuer à une « refondation scientifique de l’analyse du discours », qu’il s’agisse des discours politiques, médiatiques, syndicaux, sociaux, littéraires, religieux ou publicitaires, a-t-il indiqué.
Repenser les outils pour mieux comprendre les réalités africaines sans se couper du monde scientifique
La conférence inaugurale, prononcée par le Pr Djédjé Hilaire Bohui de Côte d’Ivoire, a donné une illustration concrète de cette problématique. Selon lui, les méthodes héritées des traditions scientifiques européennes peuvent fonctionner, mais leurs limites apparaissent lorsqu’elles sont appliquées à certains contextes africains.

« Dans la mise en œuvre au niveau des outils opérationnels, quand ces méthodes sont appliquées à la verbalisation en Afrique, c’est-à-dire la façon de parler des Africains, dans certaines circonstances au moins, ces méthodes-là montrent souvent leurs limites opérationnelles », a-t-il expliqué. L’universitaire ivoirien a ainsi appelé à renouveler les pratiques et les paradigmes, en présentant notamment le concept d’« avertisseurs communicationnels africains », à travers un protocole interprétatif encore en construction.
Pour le Dr Tiiga Alain Ouédraogo, cette volonté de produire des connaissances à partir des réalités africaines répond à la nécessité de mieux comprendre les mutations des sociétés. « Il est nécessaire de disposer de résultats de recherche capables de comprendre ces mutations à partir de notre propre réalité, tout en restant ouvert au dialogue avec les autres traditions scientifiques », a-t-il relevé.
Les travaux se poursuivent ce vendredi 25 septembre avec les communications et les échanges scientifiques. Le colloque prendra fin au terme de cette deuxième journée, avec pour ambition de poursuivre la réflexion sur une analyse du discours davantage ancrée dans les réalités africaines, tout en restant ouverte aux débats scientifiques internationaux.
Christopher SOMDA et Fatimata SAWADOGO (Stagiaires)
Burkina 24




