SIAO 2026 : « Le véritable succès du salon doit se mesurer à la richesse créée et aux emplois durables générés » (Erick TELIMSEIN)

Erick TELIMSEIN est économiste et consultant spécialisé dans les questions de macroéconomie, de politiques économiques et de transformation des économies africaines. Ambassadeur pour l’Afrique de l’Ouest de l’Institute for Economics and Peace (IEP), une organisation internationale basée en Australie, il intervient également dans l’analyse économique et l’accompagnement des programmes de développement. Il est par ailleurs engagé dans des réseaux internationaux tels que YALI et Peace First, qui œuvrent notamment à la promotion du leadership des jeunes et de la paix.
Au-delà de sa dimension culturelle et commerciale, le Salon international de l’artisanat de Ouagadougou (SIAO) représente un levier potentiel de transformation de l’économie burkinabè. Il offre des perspectives de valorisation du savoir-faire local, de développement des entreprises artisanales et de création de valeur ajoutée.
Dans cet entretien accordé à Burkina 24, Erick TELIMSEIN analyse les enjeux économiques du SIAO, ses retombées sur l’économie nationale et les mesures à envisager pour faire de ce rendez-vous une véritable plateforme de croissance, de création d’emplois et de développement des entreprises locales.
Burkina 24 (B24) : Quel est le poids de l’artisanat dans l’économie burkinabè et pourquoi le SIAO constitue-t-il une plateforme stratégique ?
Erick TELIMSEIN (ET) : L’artisanat occupe une place importante dans le tissu économique burkinabè. Selon le Recensement général des entreprises réalisé par l’Institut national de la statistique et de la démographie (INSD) en 2024, le pays compte 177 566 unités économiques artisanales, représentant 45,6 % des unités économiques recensées.
Ces données montrent que l’artisanat constitue un important vivier d’activités économiques, d’emplois et d’initiatives entrepreneuriales. Il intervient dans plusieurs domaines, notamment le textile, la transformation agroalimentaire, le cuir, la métallurgie, la vannerie et les métiers d’art.
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Le SIAO offre une plateforme permettant de connecter les artisans aux fournisseurs, aux investisseurs, aux institutions financières, aux distributeurs et aux acheteurs internationaux. L’enjeu est de dépasser la simple exposition des produits pour développer de véritables chaînes de valeur locales.
Dans le textile, par exemple, il s’agit de renforcer les liens entre la production du coton, la filature, le tissage, la teinture et la confection, afin de conserver une part plus importante de la valeur ajoutée sur le territoire national.
B24 : Quelles sont les principales retombées économiques du SIAO et comment peut-on mesurer sa contribution réelle à l’économie ?
ET : Le SIAO génère des effets économiques directs et indirects sur plusieurs branches d’activité. L’édition 2024 a enregistré 412 817 visiteurs, 4 213 exposants, 54 acheteurs et visiteurs professionnels, ainsi que la participation de 39 pays. Ces résultats illustrent l’importance de cet événement dans la mobilisation des acteurs économiques nationaux et internationaux.
Les retombées concernent les ventes des artisans, les recettes des commerçants, les activités hôtelières, la restauration, le transport, la logistique, les télécommunications et les services financiers.
Cependant, une question essentielle demeure : quelle est la valeur économique réellement créée par le SIAO ? Il convient de distinguer le volume des transactions réalisées de la valeur ajoutée effectivement produite dans l’économie. Il faut également mesurer les emplois créés, les revenus distribués, les contrats commerciaux conclus et les commandes effectivement exécutées après le salon.
Le succès du SIAO ne devrait donc pas uniquement être apprécié à travers le nombre de visiteurs et d’exposants, mais également à travers sa contribution réelle à l’activité économique nationale.
B24 : Comment le SIAO peut-il contribuer à la croissance économique, à la création d’emplois et à la diversification de l’économie burkinabè ?
ET : Dans un contexte où la croissance économique du Burkina Faso reste influencée par les performances de certains secteurs, notamment minier et agricole, le développement de l’artisanat et des petites entreprises constitue une opportunité de diversification.
Le SIAO peut contribuer à cette transformation en facilitant l’accès des entreprises artisanales aux marchés, aux financements, aux technologies et aux compétences nécessaires à leur développement. Il peut également favoriser la création d’emplois, particulièrement pour les jeunes et les femmes, à condition que les activités soutenues dépassent le cadre temporaire du salon et s’inscrivent dans une dynamique durable de production et de commercialisation.
L’objectif doit être de faire évoluer progressivement les unités artisanales vers des entreprises plus structurées, capables de produire en quantité, de respecter les normes de qualité et de répondre aux exigences des marchés nationaux et internationaux.
B24 : Quelles mesures concrètes et innovantes pourraient être mises en place pour améliorer les retombées économiques du SIAO ?
ET : Plusieurs mesures pourraient contribuer à renforcer durablement l’impact économique du SIAO.
- Créer un Observatoire économique du SIAO. En collaboration avec l’INSD, les ministères concernés et les organisations professionnelles, cet observatoire permettrait de mesurer le chiffre d’affaires, la valeur ajoutée, les emplois, les revenus, les investissements et les exportations. Un suivi à trois, six et douze mois permettrait notamment d’évaluer la durabilité des résultats.
- Développer une plateforme numérique permanente, « SIAO Marketplace ». Elle permettrait aux artisans de présenter et de commercialiser leurs produits tout au long de l’année, de recevoir des commandes, d’accéder à des acheteurs internationaux et de maintenir les relations commerciales établies pendant le salon.
- Mettre en place une facilité de financement dédiée aux entreprises artisanales. Ce mécanisme soutiendrait l’acquisition d’équipements, la modernisation des ateliers, l’achat de matières premières et l’exécution de commandes commerciales. Le financement pourrait notamment s’appuyer sur des commandes fermes et vérifiables.
- Lancer le programme « SIAO – 1 000 entreprises artisanales compétitives ». Déployé sur plusieurs éditions, ce programme accompagnerait progressivement 1 000 entreprises dans leur formalisation, leur gestion, l’amélioration de leur productivité, la qualité, la transformation numérique et l’accès aux marchés extérieurs.
- Structurer les chaînes de valeur locales. Il s’agirait de renforcer les relations entre producteurs de matières premières, artisans, transformateurs, fournisseurs et distributeurs, notamment dans les filières du coton, du cuir, du karité, de la métallurgie et de l’agroalimentaire.
- Promouvoir un label « Made in Burkina – Excellence artisanale ». Ce label contribuerait à renforcer l’identité, la traçabilité, la qualité et la compétitivité des produits burkinabè sur les marchés régionaux et internationaux.
B24 : Quelle vision faut-il porter pour que le SIAO produise des effets économiques tout au long de l’année, au-delà de la période du salon ?
ET : L’une des principales limites des manifestations économiques périodiques est le risque de voir les relations commerciales et les opportunités créées retomber après leur clôture. Le SIAO doit donc évoluer vers un dispositif permanent d’accompagnement des entreprises artisanales.
Cela suppose de renforcer les partenariats avec les institutions financières, les organisations professionnelles, les structures d’appui à l’entrepreneuriat et les réseaux internationaux de distribution. Il serait également pertinent de mettre en place un mécanisme de suivi des contrats conclus pendant le salon, afin de distinguer les simples intentions commerciales des commandes effectivement réalisées.
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À terme, le SIAO pourrait devenir un instrument de politique économique contribuant à la transformation structurelle, à la diversification productive, à la promotion des PME et à la souveraineté économique du Burkina Faso.
Le Burkina Faso dispose d’un potentiel artisanal considérable. Le défi n’est plus seulement de le faire connaître, mais de lui donner les moyens de se développer, de produire davantage, d’innover et de conquérir de nouveaux marchés.
Le SIAO doit ainsi dépasser progressivement sa fonction de vitrine de l’artisanat africain pour devenir une véritable plateforme de développement industriel, de financement des entreprises, de création d’emplois et de promotion des exportations. Le véritable succès du SIAO ne doit pas seulement se mesurer au nombre de visiteurs qui franchissent ses portes, mais à la richesse créée, aux emplois durables générés, aux entreprises renforcées et aux marchés internationaux conquis.




