Analyse du discours : Des chercheurs africains plaident pour des outils adaptés aux réalités du continent

La 2e édition du colloque international de l’Observatoire de production et d’analyse du discours (OPAD) a refermé ses portes le vendredi 25 septembre 2026 à Ouagadougou. Après deux jours de travaux autour des théories et épistémologies africaines, les participants ont appelé à une recherche davantage ancrée dans les réalités du continent, tout en saluant la diversité des approches et la qualité des communications.
Réunis autour du thème « Repenser l’analyse du discours à partir des théories et épistémologies africaines : enjeux endogènes, postcoloniaux et scientifiques », les chercheurs, enseignants-chercheurs, doctorants et étudiants venus de neuf pays ont présenté et discuté une centaine de communications.

Le rapport général, structuré autour de six axes, fait ressortir notamment la diversité des approches mobilisées, allant de la logométrie à l’analyse énonciative, en passant par les approches pragmatiques et polyphoniques ainsi que l’analyse des discours religieux et politiques.
Des approches africaines pour lire les discours africains
Parmi les contributions figure celle du Pr Djédjé Hilaire Bohui sur les « avertisseurs communicationnels africains ». Sa proposition repose sur cinq étapes : la visée communicationnelle, la chaîne verbale, le point d’entrée, la compétence culturelle et la compétence technologique. Une approche qui entend davantage prendre en compte la culture et les réalités propres aux sociétés africaines dans l’interprétation des discours.

Le président du comité scientifique, Pr Sidiki Traoré, a souligné l’apport de cette théorie, tout comme celui de l’approche kémiotique développée par le Pr Mahamadou Lamine Ouédraogo autour du « dit et du tu : kémiotique du discours».
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Pour le Pr Sidiki Traoré, ces travaux montrent surtout que le terrain africain offre de nombreuses possibilités de renouvellement scientifique. « L’Afrique ne doit plus être un sujet dont parlent les autres et il est temps que nous-mêmes puissions parler de nous-mêmes avec nos outils », a-t-il déclaré.

Il appelle ainsi les chercheurs africains à ne plus être de simples consommateurs d’approches conçues ailleurs, mais à devenir des « consom’acteurs » de la production scientifique.
L’OPAD veut inscrire la réflexion dans la durée
Au terme des deux jours, le Président du comité d’organisation (PCO), Dr Boukary Nebié, s’est dit satisfait de la tenue de cette deuxième édition. Une centaine de communications, des participants venus de neuf pays et la présence de chercheurs de référence en sciences du langage et en analyse du discours ont, selon lui, marqué cette rencontre.

« Nous ne pouvons qu’être très satisfaits », a-t-il déclaré, tout en annonçant déjà la poursuite de l’initiative. Après cette édition, l’OPAD prévoit une troisième édition en 2028, avec l’ambition d’élargir davantage la participation internationale.
Le Pr Djédjé Hilaire Bohui, enseignant-chercheur à l’Université Félix Houphouët Boigny a, lui, appelé les chercheurs à s’approprier leur histoire, leurs concepts et leurs outils à partir de leur propre rapport au monde. « Toute création, toute invention, même en matière de recherche, a toujours un marquage culturel prégnant », a-t-il souligné. Il souhaite que les échanges entre chercheurs permettent de produire progressivement des outils opérationnels adaptés aux contextes africains.

Au terme de cette deuxième édition, l’OPAD entend ainsi poursuivre le chantier ouvert autour d’une analyse du discours qui ne se contente plus d’appliquer des modèles existants, mais qui participe également à la production de nouvelles connaissances à partir des réalités africaines.
Christopher SOMDA (Stagiaire)
Burkina 24




