Autonomisation des femmes : De la production à la transformation, elles deviennent actrices de leur propre épanouissement

À la Ceinture verte de Ouagadougou, les rangées de légumes racontent une histoire de changement. Là où Zalissa Simporé et autres membres de la coopérative Viim Na Yii Néere s’activent désormais autour des cultures maraîchères, certaines femmes ont longtemps cherché leurs moyens de subsistance dans des activités pénibles, notamment l’extraction de sable et de cailloux. Avec le projet Agriculture urbaine et périurbaine, phase II (AUP II), elles découvrent de nouvelles façons de produire, de transformer et de conserver leurs récoltes.
Le soleil est déjà peu haut lorsque les activités s’animent au jardin de la Ceinture verte de Ouagadougou le 1er novembre 2026. Certaines femmes arrosent les planches, d’autres entretiennent les cultures ou s’affairent autour des légumes.
Quelques hommes et de jeunes filles participent également aux travaux. Dans cet espace, chacun semble avoir trouvé sa tâche. L’amarante, la menthe, la citronnelle et la salade comptent parmi les cultures qui occupent les parcelles.
Au milieu de cette activité, Zalissa Simporé, membre de la coopérative Viim Na Yii Néere, présente fièrement le jardin. Pour elle, cet espace marque une rupture avec une période où les moyens de subsistance se faisaient au prix d’un travail pénible et risqué.

« Avant ce projet d’aménagement, on n’avait pas d’autre chose à faire. On ramassait le sable et le caillou, ce qu’on appelle communément le mélange », raconte-t-elle. À l’époque, certaines membres du groupe creusaient le sol pour extraire des matériaux qu’elles revendaient. Une activité qu’elles menaient et qui, selon Zalissa, ne leur permettait de subvenir à leurs besoins qu’au prix de beaucoup de fatigue.
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Aujourd’hui, le quotidien a changé. Avec l’appui de la Croix-Rouge burkinabè et de la Croix-Rouge espagnole, à travers le projet AUP II, les bénéficiaires ont progressivement investi le maraîchage. Elles ont notamment été formées à la confection des planches de culture, à la réalisation du compost et aux techniques de production.
« Avant, on n’avait pas l’expérience ni la connaissance en la matière. Mais maintenant, on sait combien de mètres on doit faire les planches, combien de jours on peut enlever, combien de jours faire des pépinières. Si on a besoin de compost, c’est nous-mêmes qui fabriquons nos composts », explique Zalissa Simporé.
Du maraîchage agroécologique à la résilience des ménages
Cet accompagnement s’inscrit dans une démarche qui dépasse la seule production maraîchère. Selon Moumini Sawadogo, chef du projet AUP II de la Croix-Rouge burkinabè, l’initiative vise notamment à améliorer la sécurité alimentaire et nutritionnelle des femmes et des ménages vulnérables dans les zones d’intervention. Elle entend également renforcer leur résilience et leur autonomie économique, tout en contribuant à la lutte contre les effets des inégalités.

Le responsable du projet souligne que les changements sont déjà perceptibles chez les bénéficiaires de la Ceinture verte, qui pratiquent la production agroécologique depuis le lancement de la première phase du projet, en 2021.Il observe ainsi une évolution dans leurs méthodes de travail et leur capacité à mobiliser les compétences acquises pour conduire leurs activités.
De la récolte à la transformation : ne plus laisser perdre les produits
La production maraîchère constitue une première étape. Encore faut-il pouvoir valoriser les récoltes, notamment lorsque les produits ne trouvent pas rapidement preneur sur le marché. C’est à ce niveau que la transformation et les techniques de conservation prennent toute leur importance.
Au sein de la coopérative, les femmes ont appris à transformer plusieurs produits, dont la tomate, l’oignon, le persil, la menthe et la citronnelle. Salamata Nagbila, également bénéficiaire du projet, décrit quelques-unes des techniques mises en pratique.

Pour conserver la tomate, explique-t-elle, les femmes commencent par la laver et la faire bouillir. Elles retirent ensuite la peau, écrasent la tomate pour obtenir une purée, puis la conditionnent dans des bouteilles soigneusement fermées avant de procéder à leur stérilisation dans de l’eau chaude. Les feuilles d’oignon, quant à elles, sont nettoyées, lavées, découpées puis placées dans un séchoir.
Ces méthodes permettent de prolonger la conservation des produits et de limiter les pertes. « Quand nous n’avions pas encore été formées, nous ignorions que cela était possible. Nous jetions seulement quand on n’avait pas à écouler, même quand nous en avions beaucoup. Mais maintenant, nous les transformons », témoigne Salamata Nagbila.

Pour Moumini Sawadogo, « ces femmes bénéficiaires ont été bien outillées et pourront dorénavant transformer leurs productions et leurs produits pour des besoins de consommation, de vente et de conservation » explique-t-il. L’objectif est ainsi de leur permettre de mieux tirer profit de leurs récoltes, aussi bien pour l’alimentation des ménages que pour la commercialisation.
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La présidente de la coopérative souligne également l’intérêt de ces apprentissages. Selon elle, les produits qui ne pouvaient pas être vendus à temps peuvent désormais être conservés pour être écoulés ultérieurement. La coopérative dispose par ailleurs d’un espace où les femmes exposent leurs produits transformés.
Composée de femmes et d’hommes, dont des veuves, des femmes en situation de vulnérabilité et des personnes déplacées internes, la structure est devenue un cadre de production et de partage de compétences. Sa présidente affirme que les membres parviennent aujourd’hui à tirer des ressources de leurs activités et à contribuer davantage aux dépenses familiales, notamment à la scolarité des enfants.
Des changements qui se ressentent dans les foyers
Pour Zalissa Simporé, le changement se mesure aussi dans la vie quotidienne des femmes. L’accès aux légumes produits sur place permet de réduire certaines dépenses alimentaires. « Pour faire les babenda ( met local ), il suffit de venir dans ton jardin, tu enlèves ton amarante, tu pars faire ton babenda », illustre-t-elle.
Elle évoque également une plus grande capacité à répondre aux besoins du foyer sans devoir systématiquement solliciter son mari. « Avant, quand on ouvrait notre bouche, c’était pour demander à nos maris, mais maintenant on ne demande plus », affirme-t-elle. Elle ajoute que les activités leur permettent de contribuer à la scolarisation de leurs enfants et de prendre soin de leurs familles.
Ces témoignages donnent un aperçu des effets que peut produire un accompagnement orienté vers les moyens de subsistance. Dans son bilan global semestriel couvrant la période de janvier à juin 2026, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) indique avoir appuyé 1 413 ménages résidents et déplacés pour restaurer des terres, aménager des espaces de production et développer des revenus. Le document fait également état de 7 420 ménages ayant reçu des semences vivrières et maraîchères avec l’appui des volontaires de la Croix-Rouge burkinabè.

Toutefois, les acquis de la coopérative restent confrontés à des difficultés. Parmi les besoins exprimés par les femmes figure notamment l’accès à l’eau, indispensable à la continuité des activités maraîchères. « Nos doléances, nous avons besoin d’accompagnement, au niveau de l’eau pour bien mener le jardinage », insiste Salmata Nagbila.
À la Ceinture verte de Ouagadougou, le changement se lit désormais dans les gestes et les initiatives de ces femmes. Du maraîchage à la transformation des produits agricoles, elles ont acquis des savoir-faire qui leur permettent de mieux valoriser leur travail et de développer leurs propres activités. Au-delà des récoltes, c’est une dynamique d’autonomisation qui prend forme : celle de femmes qui apprennent, produisent, transforment et construisent progressivement leur indépendance économique.
Namwin-Kièlè Christopher SOMDA (Stagiaire)
Burkina 24




