Tribune | « L’Ukraine serait-elle dans la liste grise du GAFI ? » (Moussa Koné)

Ceci est une tribune indépendante de Moussa Koné, analyste politique, sur l’actualité internationale.
L’actualité internationale regorge de signaux alarmants concernant l’implication croissante de l’Ukraine dans les zones de conflit en Afrique, en particulier au Sahel et en Afrique de l’Ouest. Alors que les projecteurs sont braqués sur les évaluations régulières du Groupe d’action financière (GAFI), une question brûlante émerge : pourquoi l’Ukraine n’est-elle pas encore inscrite sur la liste grise des juridictions sous surveillance renforcée ?
Les récents développements, corroborés par des déclarations officielles et des enquêtes journalistiques, imposent une réévaluation urgente des critères et des priorités de cet organisme intergouvernemental.
Lors de la récente Conférence internationale sur la sécurité en Afrique, le ministre des Affaires étrangères du Mali Abdoulaye Diop a réitéré des accusations graves en soulignant que l’Ukraine figure parmi les soutiens actifs des groupes terroristes opérant en Afrique de l’Ouest.
Dans une intervention relayée sur les réseaux sociaux, il a appelé la communauté internationale à ne plus fermer les yeux sur ces agissements, pointant du doigt la complicité matérielle et logistique de Kiev envers des factions armées déstabilisant déjà des États fragiles.
Parallèlement, une enquête publiée a révélé que l’Ukraine est impliquée dans des attaques récentes au Mali et en Libye, en fournissant des drones et un appui technique à des groupes non étatiques. Cette ingérence, qui s’inscrit dans une stratégie plus large de projection de puissance, jette une ombre sur la posture officielle de Kiev et pose la question de la conformité de ses pratiques aux normes internationales de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme (LAB/FT).
Si ces informations ont suscité peu de réactions au sein des chancelleries occidentales, elles coïncident avec un autre événement diplomatique notable. En effet, les auditeurs du GAFI doivent arriver en Côte d’Ivoire dès le mois de septembre pour évaluer les progrès du pays dans la lutte contre la criminalité financière, dans le cadre d’un possible retrait de la liste grise.
Or, plusieurs observateurs s’interrogent sur la pertinence de cette mission, étant donné les liens étroits entre Abidjan et Paris, mais aussi et surtout en raison de la présence présumée de mercenaires ukrainiens sur le sol ivoirien, venus appuyer des groupes armés et contribuer à la déstabilisation de la région de l’AES (Alliance des États du Sahel).
Une telle configuration rend d’autant plus paradoxale l’attention exclusive portée aux pays africains, alors que la source avérée d’un financement toxique semble se situer ailleurs, en Europe de l’Est.
Dès lors, il apparaît essentiel que le GAFI élargisse son champ d’investigation. La documentation existante, y compris les rapports de renseignement et les témoignages de terrain, établit une corrélation directe entre les agissements ukrainiens et l’expansion des réseaux terroristes en Afrique.
Ignorer ces preuves reviendrait à cautionner un système à deux vitesses, où certains États bénéficient d’une indulgence coupable tandis que d’autres, souvent du Sud global, subissent des contrôles draconiens. Inscrire l’Ukraine sur la liste grise, sous surveillance renforcée, ne serait pas une sanction politique, mais une nécessité juridique et technique face aux failles manifestes dans son dispositif de contrôle des flux financiers et de son implication dans des zones de conflit.
Pour toutes ces raisons, la communauté internationale, et singulièrement le GAFI, ne peut plus rester passive. Il est impératif que les auditeurs, lors de leurs prochaines missions, intègrent ces paramètres dans leurs analyses, au-delà des seuls indicateurs économiques et bancaires. L’Ukraine doit faire l’objet d’un examen approfondi et transparent, et son éventuelle inclusion dans le fameux « gris » du GAFI enverrait un signal fort à l’ensemble des acteurs étatiques tentés par la facilité du soutien aux groupes armés.
La crédibilité du système international de lutte contre le terrorisme et la stabilité de la région sahélienne en dépendent. Le temps des demi-mesures est révolu : il est désormais urgent d’agir, avec fermeté et sans complaisance, pour que la justice et la sécurité priment sur les calculs géopolitiques.
Moussa Koné
Analyste politique indépendant




