Ouahigouya : 110 femmes transforment l’aide humanitaire en levier d’autonomie
À Ouahigouya, dans la région de Yaadga, 110 femmes déplacées internes, réfugiées, hôtes et veuves ont fait d’un hectare et demi de terre un véritable espace de résilience et d’espoir. Réunies au sein de l’Association de développement durable des femmes personnes déplacées, réfugiées et hôtes du Yatenga (ADFY), elles développent des activités agroécologiques, de pisciculture et de production de compost biologique. Une dynamique qui leur permet progressivement de dépasser la dépendance à l’assistance pour construire leur autonomie financière.
À première vue, le site ressemble à un espace agricole ordinaire. Pourtant, derrière ses cultures verdoyantes, ses bassins piscicoles et ses installations de production se cache une expérience de résilience collective. Ici, 110 femmes, aux parcours de vie différents, ont choisi de faire de leurs difficultés un point de départ vers l’autonomie.
Installées à Ouahigouya, chef-lieu de la région de Yaadga, elles sont réunies au sein de l’Association de développement durable des femmes personnes déplacées, réfugiées et hôtes du Yatenga (ADFY), créée en 2022. L’association compte 50 femmes déplacées internes, 30 réfugiées venues du Mali et 30 femmes hôtes. Parmi ses membres, 37 sont des veuves.
Dans l’après-midi du lundi 19 octobre 2026, elles accueillent les membres de la campagne nationale de communication « Pagb Yidgr-Sooré », ou « Entreprendre au féminin », venus découvrir leur expérience entrepreneuriale. Sous une température de 38 °C, affichée par notre téléphone portable, la visite commence dans un espace agricole où se côtoient plusieurs cultures.
Salimata Ganamé, présidente de l’ADFY, nous sert de guide. Elle nous conduit à travers les différentes installations de ce site d’un hectare et demi, mis à la disposition de l’association par les autorités administratives et communales, puis aménagé avec l’appui de partenaires, dont le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).
Des activités productives pour sortir de la dépendance
Sur cet espace, les femmes ont progressivement développé plusieurs activités destinées à améliorer leurs conditions de vie. La production agroécologique et la fabrication de compost biologique constituent les principaux axes de leurs interventions. À cela s’ajoutent des cultures maraîchères et fruitières, notamment le gombo, la pastèque, le melon et la papaye.
« Nous avons également un site témoin de production de produits bio, notamment le gombo, la pastèque, le melon et les papayers. Nous collectons en outre des herbes pour en faire du charbon écologique », explique Salimata Ganamé.

L’objectif est de valoriser les ressources disponibles sur le site, de diversifier les sources de revenus et de développer des activités susceptibles de soutenir durablement les membres de l’association.
La pisciculture occupe également une place importante dans cette dynamique. En désignant deux bassins, la présidente indique qu’ils abritaient chacun 1 500 poissons, soit 3 000 poissons au total, vendus une semaine avant la visite. Cette opération marque la septième campagne d’élevage et de commercialisation de poissons menée par les femmes.
Mais cette activité, porteuse de revenus, n’est pas sans difficultés. Le coût élevé des aliments destinés aux poissons constitue une contrainte majeure pour l’association. Face à cette difficulté, les femmes ont choisi de ne pas renoncer à leur activité. Elles ont plutôt recherché une solution alternative fondée sur la valorisation des ressources locales.
La mouche soldat noire, une innovation au service de la production
C’est ainsi qu’elles se sont lancées dans la production de mouches soldats noires pour contribuer à l’alimentation des poissons. « Le coût des aliments de poisson est devenu cher. On a donc décidé d’innover en faisant la production de mouche soldat noire pour nourrir les poissons », confie la présidente.

Le procédé consiste à collecter et à exposer des résidus de poissons afin d’attirer les mouches soldats noires, qui viennent y pondre leurs œufs. Les larves obtenues sont ensuite utilisées comme source d’alimentation pour les poissons.
Une alternative qui semble déjà porter ses fruits, selon Salimata Ganamé. « Les poissons les aiment bien. Ça les fait grossir », témoigne-t-elle. Au-delà de l’innovation, cette initiative traduit une volonté de réduire les coûts de production, de mieux exploiter les ressources disponibles et de renforcer la rentabilité des activités de l’association.
À travers la diversification de leurs productions, ces femmes ne se contentent donc pas de répondre à leurs besoins immédiats. Elles développent des compétences, acquièrent une expérience entrepreneuriale et se donnent les moyens de générer leurs propres revenus.
« En tout cas, on s’en sort avec ce site. Notre besoin n’est pas d’avoir de l’argent et d’aller le stocker dans les banques. C’est pour nourrir nos enfants », déclare Salimata Ganamé. Une manière de souligner la portée sociale des activités entreprises, qui contribuent à améliorer les conditions de vie des membres de l’association.

Les résultats enregistrés dans la production de compost témoignent également de cette dynamique. En 2023, l’association en a produit 956 tonnes. La production a dépassé les 1 600 tonnes en 2024. Toutefois, pour la campagne 2025-2026, l’écoulement des stocks constitue une difficulté à laquelle les membres sont confrontés. Un défi commercial qui rappelle que l’autonomisation économique ne dépend pas uniquement de la capacité à produire, mais aussi de l’accès aux débouchés.
Dans le Yaadga, l’entrepreneuriat féminin comme levier de relèvement
L’expérience de l’ADFY s’inscrit dans un contexte où les femmes sont particulièrement exposées aux conséquences de la crise sécuritaire et des déplacements de populations. C’est dans cette perspective que la campagne nationale de communication « Pagb Yidgr-Sooré » entend promouvoir l’entrepreneuriat féminin et contribuer à l’amélioration des conditions de vie des femmes.
Avant le lancement des activités dans la région, la délégation de la campagne a effectué une visite de courtoisie auprès des autorités coutumières et administratives, notamment du gouverneur du Yaadga, Thomas Yampa.
À cette occasion, le premier responsable de la région a évoqué les difficultés qui entravent l’épanouissement socioéconomique des femmes. Il a notamment relevé les conséquences de la situation sécuritaire sur la scolarisation et le maintien des jeunes filles à l’école, en raison des déplacements de populations. Ces difficultés affectent également la prise en charge des questions relatives à la santé reproductive et à la santé infantile.

Pour Thomas Yampa, la campagne « Pagb Yidgr-Sooré » arrive « à point nommé » dans le Yaadga. Il a, de ce fait, invité les différents acteurs à s’impliquer pleinement afin que les femmes de la région puissent bénéficier des opportunités offertes par cette initiative.
De son côté, Laurent Samanyouga, directeur régional du ministère de la Famille et de la Solidarité du Yaadga, a rappelé les efforts déjà consentis pour accompagner les femmes. Il a notamment cité la mise en place d’unités de production, les campagnes de sensibilisation et de lutte contre les violences basées sur le genre, ainsi que la dotation en matériels de production.
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L’expérience des femmes de l’ADFY illustre ainsi une autre dimension de l’action humanitaire : celle qui consiste à accompagner les populations vulnérables au-delà de l’assistance immédiate, en leur donnant les moyens de reconstruire leurs capacités économiques et sociales.
À Ouahigouya, ces 110 femmes démontrent que le relèvement des communautés passe aussi par l’accès aux moyens de production, l’apprentissage, l’innovation et la solidarité. D’un espace aménagé avec l’appui des autorités et des partenaires, elles ont fait un outil de production et d’autonomisation. Une manière de rappeler que l’aide humanitaire trouve également tout son sens lorsqu’elle contribue à rendre les bénéficiaires acteurs de leur propre développement.
Tambi Serge Pacôme ZONGO
Burkina 24




