Canada : La réalité virtuelle plonge au cœur d’une opération obstétricale rare

Au CHU Sainte-Justine, au Canada, des médecins utilisent la réalité virtuelle pour former les professionnels de santé à une intervention particulièrement délicate. L’opération concerne des patientes souffrant du trouble du spectre du placenta accreta, une complication de la grossesse pouvant provoquer de graves hémorragies à l’accouchement, rapporte Lapresse.ca

Un bébé pousse son premier cri. Dans le même temps, les médecins s’affairent autour de la patiente. Après avoir extrait le nouveau-né, ils interrompent temporairement la circulation sanguine dans l’utérus avant de retirer le placenta et la partie malade du muscle utérin.

La scène pourrait être celle d’une salle d’opération. Pourtant, elle est vécue à distance grâce à un casque de réalité virtuelle. Au Centre hospitalier universitaire (CHU) Sainte-Justine, à Montréal, des spécialistes ont développé une expérience immersive permettant aux médecins de revivre une intervention chirurgicale complexe comme s’ils étaient directement présents aux côtés de l’équipe médicale.

L’intervention concerne une patiente atteinte du trouble du spectre du placenta accreta (TSPA). Cette complication survient lorsque le placenta s’implante anormalement profondément dans la paroi de l’utérus. Dans certains cas, le placenta peut être fortement attaché au muscle utérin, ce qui augmente considérablement le risque d’hémorragie lors de l’accouchement.

Les obstétriciens-gynécologues Simon Benoit-Dubé et Andrée Sansregret ont recours à une technique visant notamment à sécuriser les vaisseaux sanguins qui alimentent le placenta et l’utérus afin de limiter les pertes de sang. L’intervention peut durer entre deux et quatre heures.

L’équipe audiovisuelle du CHU Sainte-Justine a filmé l’intervention à l’aide de deux caméras afin de créer un outil de simulation destiné principalement aux professionnels de santé. Équipé d’un casque de réalité virtuelle et de manettes, l’utilisateur peut se déplacer virtuellement autour de la table d’opération, sélectionner différents angles de vue et accéder aux moments importants de l’intervention.

L’objectif est de permettre aux médecins d’observer de près les gestes chirurgicaux et de mieux se préparer à ce type d’opération complexe. L’expérience n’est toutefois pas destinée au grand public. Les images peuvent notamment montrer une quantité importante de sang, malgré les mesures prises par l’équipe médicale pour réduire les saignements.

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Filmer une opération dans une salle chirurgicale représente un défi particulier. Les équipements doivent être installés sans compromettre les conditions de stérilité. Une première caméra a ainsi été fixée à la lampe située au-dessus de la table d’opération. Une seconde caméra, de forme sphérique et équipée de six lentilles, a été installée à proximité de la patiente.

L’équipe a également envisagé de placer une caméra sur la tête d’un chirurgien. Cette option a finalement été abandonnée afin de ne pas perturber le spécialiste pendant l’intervention et d’éviter les mouvements susceptibles de provoquer un malaise chez l’utilisateur du casque. Le trouble du spectre du placenta accreta reste relativement rare, mais son incidence a augmenté depuis les années 1980.

Selon le Dr Simon Benoit-Dubé, cette progression s’explique notamment par l’augmentation du nombre de césariennes pratiquées dans le monde. Une césarienne antérieure constitue en effet l’un des facteurs de risque du TSPA. Les progrès dans le dépistage permettent également de mieux identifier les patientes susceptibles de développer cette complication.

Le projet ne devrait pas se limiter à cette intervention obstétricale. L’équipe du CHU Sainte-Justine souhaite améliorer l’outil en ajoutant les commentaires des chirurgiens pendant la procédure. Le médecin pourrait notamment enregistrer, après l’opération, des explications sur les différents gestes réalisés. Sa voix serait ensuite intégrée aux images afin d’enrichir l’expérience de formation.

D’autres interventions pourraient également être filmées en réalité virtuelle, notamment des césariennes. Selon le CHU Sainte-Justine, cette technologie pourrait à terme être utilisée dans d’autres spécialités médicales, notamment en neurologie et en orthopédie.

La réalité virtuelle apparaît ainsi comme un nouvel outil de formation pour les professionnels de santé, permettant de reproduire des interventions complexes sans exposer les patients à un risque supplémentaire.

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