Chronique | Sécurité routière : Après « 4 petites bouteilles » de bière, il échoue à l’alcootest à son grand étonnement

Il y a des soirs où Ouagadougou semble oublier qu’il existe un lendemain. À la tombée de la nuit, les maquis, les bars et les lieux de détente s’animent comme s’ils répondaient tous au même rendez-vous. Au milieu des tables, les hôtesses vont et viennent, les plateaux chargés de bouteilles et les commandes fusent : « Hôtesse, faites le tour de la table ! ». Aussitôt, les bouteilles arrivent, les capsules sautent, les verres se lèvent. Ici, certains tapent des mains, d’autres se lèvent pour quelques pas de danse entre deux tables, pendant qu’un autre, assis sur sa chaise, accompagne la musique d’un mouvement de tête.

Ce soir-là, à Saaba, non loin de Ouagadougou, j’étais installé dans un coin, un verre d’eau devant moi. À côté, un jeune homme, appelons-le Barabbas, avait visiblement décidé de profiter pleinement de la soirée. Une bière, puis une deuxième, une troisième et finalement une quatrième. À mesure que les bouteilles se vidaient, quelque chose changeait dans sa manière d’être.

Il riait plus fort, parlait davantage, tapait des mains au rythme de la musique et, lorsque son morceau préféré passait, il se levait pour esquisser quelques pas de danse. Un pas à gauche, un autre à droite, le corps légèrement penché, avant de revenir s’asseoir comme si de rien n’était. Il reprenait une gorgée, riait encore et repartait dans ses mouvements. À ce moment-là, la route semblait encore bien loin de nos préoccupations.

La nuit était belle, jusqu’à ce que les gyrophares apparaissent

Peu avant minuit, pourtant, l’ambiance changeait doucement de décor. Les tables commençaient à se vider, les derniers morceaux de musique accompagnaient les départs et, au niveau du parking, les moteurs se mettaient en marche les uns après les autres. Barabbas récupérait sa moto, enfilait son casque avec une certaine difficulté, le retirait pour le remettre correctement, puis se lançait sur la route.

Il roulait à quelques mètres près de moi et se mettait même à faire de petits écarts de trajectoire avant de se redresser brusquement. Je prenais alors quelques mètres d’avance. Nous n’étions pas encore très loin lorsque des gyrophares apparaissent dans la nuit. Des policiers avaient installé un checkpoint. Cette fois, ce n’était pas le permis de conduire, les doucuments de la moto ou le casque qui retenaient leur attention. Entre leurs mains, un petit appareil attendait les conducteurs : l’alcootest.

J’arrivais donc le premier au niveau du contrôle. Je ralentissais et m’arrêtais. Un agent s’approchait de moi en me lançant : « Bonsoir Monsieur. Contrôle de police. Alcool test. Veuillez souffler dans l’appareil jusqu’au bip, s’il vous plaît ». Je prends une inspiration et souffle. Bip. L’agent consultait l’écran, puis me faisait signe d’avancer en m’indiquant que le résultat était négatif et que je pouvais continuer ma route. Je me rangeais un peu plus loin et attendais Barabbas, qui traînait encore quelques mètres derrière.

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Quelques instants plus tard, mon compagnon d’une soirée arrivait à son tour. Il descendait de sa moto en titubant légèrement, sortait sa bouteille d’eau et en avalait quelques gorgées comme si l’eau pouvait effacer les quatre bières avalées quelques instants. Il regardait l’agent avec un large sourire. Le policier lui rappelait à son tour qu’il s’agissait d’un contrôle de police et d’un test d’alcoolémie, avant de lui demander de souffler dans l’appareil. Barabbas approchait l’embout de sa bouche, soufflait à peine, puis s’arrêtait. L’agent lui demandait de continuer et de souffler jusqu’au bout.

Il recommençait, mais au lieu de souffler correctement, il se mettait à parler : « Chef, attends… attends… je souffle seulement… Moi j’ai bu… une… enfin… c’était pas beaucoup… ». Le policier lui demandait alors de souffler dans l’appareil sans parler. Barabbas soufflait enfin.

L’agent regardait l’écran et lui annonçait alors que le résultat était positif. Le sourire de Barabbas s’effaçait un instant. Il regardait l’appareil, puis l’agent, puis sa moto. « Positif comment ? Chef, c’est quelle sorte de positif ça ? J’ai bu quatre petites bouteilles seulement. Mais c’était avec de la viande ! Et puis j’ai pris de l’eau. Beaucoup même ! ». L’agent tentait de lui expliquer calmement que l’eau ne faisait pas disparaître instantanément l’alcool déjà absorbé par l’organisme.

Barabbas insistait encore, affirmant qu’il conduisait bien et demandant au policier de regarder. Il voulait faire quelques pas pour le démontrer, faisait un mouvement de côté, se rattrapait et se mettait à rire : « Tu vois ? Je marche bien ! ». Mais cette fois, son sort était scellé. Les policiers lui demandaient de ne pas reprendre sa moto. Il devait payer une contravention et appeler quelqu’un pour venir le chercher. Sa moto restait sur place, tandis que lui était contraint de laisser la route derrière lui.

Quelques mètres plus loin, un autre véhicule poids lourd venait d’être immobilisé. Son chauffeur descendait de la cabine, encore sûr de lui, comme s’il s’agissait d’un simple contrôle de routine. L’agent lui demandait de souffler. L’homme s’exécutait. Quelques secondes plus tard, le résultat tombait : positif. Le chauffeur restait silencieux. Cette fois, personne ne plaisantait.

Les policiers récupéraient ses documents et lui demandaient de rester sur place pendant deux heures avant de procéder à un nouveau test. Un homme qui conduisait un poids lourd chargé de plusieurs tonnes n’avait pas droit à l’erreur. Sur la route, quelques secondes de réflexe en moins pouvaient suffire à transformer une simple soirée en tragédie. Après ces deux heures, un nouveau contrôle devait permettre de vérifier si le résultat était toujours positif et de déterminer la suite à donner à son cas.

Sur la route, l’alcool ne négocie pas

Ces deux scènes, à elles seules, résumaient ce que l’alcootest venait rappeler aux usagers de la route. L’alcool pouvait donner au conducteur le sentiment qu’il maîtrisait encore parfaitement ses gestes alors que ses réflexes, sa coordination et sa capacité à apprécier correctement les distances étaient déjà altérés. Et surtout, il n’existait pas de formule magique pour « annuler » rapidement l’alcool : ni l’eau, ni le café, ni une douche froide ne permettaient de faire disparaître instantanément l’alcool absorbé.

Selon le décret n°2017-0826 du 19 septembre 2017 portant règlementation de la circulation routière au Burkina Faso, le taux maximal d’alcoolémie autorisé est fixé à 0,5 g/L de sang pour les conducteurs ordinaires et à 0,2 g/L pour certaines catégories, notamment les conducteurs professionnels et les moniteurs d’auto-écoles. Selon la quantité consommée, le temps écoulé, le poids et les caractéristiques de chaque personne, le taux pouvait varier fortement. Une même quantité d’alcool ne produisait donc pas nécessairement le même résultat chez tout le monde.

L’alcootest n’est finalement ni un ennemi des maquis, ni celui des soirées. C’est ce petit rappel qui attendait au bord de la route lorsque la fête était terminée. On peut profiter de la nuit. Mais lorsqu’il fallait reprendre le guidon ou le volant, l’on devait se questionner : est-ce que je suis réellement en état de conduire ? Car parfois, le dernier verre ne restait pas au fond du verre. Il montait avec nous sur la moto, s’installant au volant et prenait place sur la route avec ses effets.

Christopher SOMDA 

Pour Burkina 24 

Rédaction B24

L'actualité du Burkina 24h/24.

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