Chronique I E-verbalisation : Fini le jeu du chat et de la souris sur les routes !

Ce matin-là, comme beaucoup d’autres conducteurs, mon ami Boureima pense avoir trouvé le raccourci idéal. Le feu vient de passer au rouge, la circulation semble calme, aucun Volontaire Adjoint de Sécurité (VADS) à l’horizon, aucun policier visible au carrefour. Dans son rétroviseur, rien ne bouge. Alors, il accélère, traverse l’intersection et poursuit tranquillement son chemin, avec cette petite satisfaction de celui qui pense avoir gagné quelques secondes sur la route.
Seulement voilà, Boureima a oublié un détail : aujourd’hui, l’absence d’un agent au bord de la route ne signifie plus absence de contrôle. Le carrefour avait un témoin. Un témoin silencieux, sans uniforme, sans sifflet, mais avec une mémoire beaucoup plus longue que celle d’un simple regard humain : une caméra.
Bienvenue dans l’ère de la e-verbalisation. Désormais, les routes ouagalaises ne se contentent plus de voir les infractions, elles peuvent aussi les raconter. Celui qui brûle un feu rouge en pensant avoir échappé au regard des forces de l’ordre risque de recevoir un rappel quelques jours plus tard.
Celui qui transforme son véhicule en un véhicule de course pensant être en Formule 1, celui qui oublie sa ceinture de sécurité ou celui qui préfère discuter avec son téléphone plutôt qu’avec son volant devra désormais changer ses habitudes.
Ajoutez à cela une autre habitude qui devra disparaître : celle de considérer le feu rouge comme une simple suggestion lorsqu’il est tard dans la nuit, que la pluie tombe à verse ou que le carrefour est complètement désert. La caméra, elle, ne connaît ni les heures creuses, ni les intempéries, ni les excuses. Pour elle, un feu rouge reste un feu rouge, qu’il soit midi, minuit ou sous une pluie battante.
Feux rouges, vitesse et téléphone au volant : la fin du jeu de cache-cache
Les premiers résultats donnent déjà une idée de la nouvelle réalité. En seulement 12 heures après son entrée en vigueur le 1er août 2026, le dispositif a relevé plus de 1.000 infractions au Code de la route, d’après des statistiques du ministère de la Sécurité.
Pendant que certains conducteurs pensaient encore pouvoir jouer à cache-cache avec les règles, la technologie, elle, avait déjà commencé son travail. Cinq contrevenants avaient même déjà payé leurs amendes via la plateforme Faso Arzêka, selon la même source.
Le changement risque aussi de se faire sentir dans les relations entre amis et proches. Avant de tendre les clés de son véhicule à quelqu’un, il faudra peut-être poser une nouvelle question : « Tu sais conduire ou tu veux simplement tester la capacité des caméras ? »
Car avec la e-verbalisation, le petit service rendu peut vite se transformer en mauvaise surprise. Vous prêtez votre voiture, votre ami se découvre une passion soudaine pour la vitesse, et quelques jours plus tard, c’est votre portefeuille qui reçoit la convocation.
Et comme si l’œil numérique ne suffisait pas, une Brigade de recherche et d’investigation dédiée à la lutte contre l’insécurité routière est annoncée par le ministère de la Sécurité. Autrement dit, le conducteur qui pense pouvoir disparaître après une infraction risque de découvrir une nouvelle règle : on peut quitter le carrefour, mais pas forcément échapper aux recherches.
Derrière les sourires que peut provoquer cette nouvelle réalité, le message reste sérieux : la route n’est plus un espace où l’on peut compter uniquement sur la chance. Avec la e-verbalisation, le conducteur doit désormais savoir qu’un regard invisible peut être partout. Alors, avant de brûler un feu ou de sortir le téléphone au volant, souvenez-vous d’une chose : parfois, le policier le plus proche est celui que vous ne voyez pas.
Et puis, il y a cette petite curiosité qui fait déjà sourire : pour l’instant, seules les voitures sont concernées. Le jour où les motos entreront à leur tour dans le dispositif, les caméras risquent de découvrir une autre dimension de la circulation burkinabè. À ce rythme, Faso Arzêka pourrait bien passer de simple plateforme de paiement à une véritable usine numérique de contraventions.
Christopher SOMDA (Stagiaire)
Burkina 24




