Santé sexuelle : Briser le silence pour mieux se soigner
Entre tabous, automédication et produits miracles vendus dans la rue ou sur les réseaux sociaux, les troubles sexuels et l’infertilité restent des sujets difficiles à aborder. Pourtant, derrière une panne sexuelle ou une difficulté à concevoir, peut parfois se cacher une véritable maladie. Le Docteur Kiswendsida Blaise Sawadogo, médecin biologiste interne des hôpitaux à l’hôpital Yalgado Ouédraogo, appelle à briser le silence.
À 32 ans, K. S. préfère que son identité ne soit pas révélée. Installé à Ouagadougou, il garde pourtant le souvenir précis d’une période où sa vie de couple a été progressivement envahie par le doute, la honte et les interrogations. Marié en novembre 2017, il attendra trois ans avant de voir sa situation commencer à se compliquer davantage.
Jusqu’en 2019, les rapports sexuels avec son épouse se déroulent sans difficulté particulière. Mais l’absence de grossesse finit par installer une pression grandissante. Dans l’entourage familial comme dans le couple, les questions se multiplient, parfois accompagnées de moqueries. Puis, vers la fin de 2019, les difficultés sexuelles apparaissent à leur tour.
« Chaque rapport sexuel devenait un véritable calvaire pour moi. J’éjaculais très difficilement et très tard, même lors du premier rapport », raconte-t-il. Après les rapports, il dit ressentir une fatigue inhabituelle et éprouver le besoin de s’éloigner. Son épouse commence, elle aussi, à souffrir pendant les rapports.
Le déclic enfin…
Le couple décide alors de chercher de l’aide. Mais faute de moyens et, peut-être surtout, par manque d’informations, le premier réflexe n’est pas de se rendre dans un centre de santé. Pendant près d’une année, les deux conjoints se tournent vers des marabouts et achètent différents produits présentés comme des solutions à leurs difficultés. Sans résultat.
Le déclic viendra finalement d’une personne de confiance. K. S. en parle à son ancien instituteur, avec qui il était resté en contact. Celui-ci le met en relation avec un médecin. Après avoir écouté le couple et réalisé les examens nécessaires, le praticien identifie les difficultés rencontrées par chacun et propose une prise en charge adaptée.
Le traitement sera long. Environ un an et demi de patience et de suivi avant qu’une nouvelle ne vienne bouleverser leur quotidien. En novembre 2023, l’épouse de K. S. tombe enceinte. « Ce fut une immense joie pour nous. C’était comme un nouveau départ », se souvient-il.
Aujourd’hui, K. S. est père d’une petite fille. Son expérience a profondément changé son regard sur les troubles de la santé sexuelle. Il veut surtout que son histoire serve à d’autres couples qui hésitent encore à parler de leurs difficultés.
« La sexualité, ce n’est pas seulement la volonté. C’est le corps et la tête qui travaillent ensemble »
« Il faut sortir du silence et ne pas avoir honte de parler de ses difficultés. Les problèmes de santé sexuelle peuvent toucher n’importe qui », témoigne-t-il. Il recommande aux personnes concernées de consulter un professionnel de santé et d’éviter l’automédication ou les produits dont la composition et l’efficacité ne sont pas clairement établies.
Son histoire rejoint précisément l’alerte lancée par le Dr Kiswendsida Blaise Sawadogo, médecin biologiste interne des hôpitaux à l’hôpital Yalgado Ouédraogo. Derrière un trouble sexuel ou une difficulté à concevoir peut se cacher une affection nécessitant une véritable prise en charge médicale. Briser le silence constitue déjà un premier pas vers la solution.
À Ouagadougou comme ailleurs, le sujet se murmure davantage qu’il ne se discute. Une difficulté d’érection, une baisse du désir ou l’absence d’enfant dans un couple peuvent rapidement devenir source de honte, de moqueries ou de soupçons. Pour Dr. Kiswendsida Blaise Sawadogo, cette gêne constitue pourtant l’un des premiers obstacles à la prise en charge. « La sexualité, ce n’est pas seulement la volonté. C’est le corps et la tête qui travaillent ensemble », explique-t-il.
Chez l’homme, les troubles de l’érection peuvent être liés à une mauvaise circulation sanguine, au diabète, à l’hypertension, au tabac ou à certains déséquilibres hormonaux. Chez la femme, la fatigue, la charge mentale, les douleurs pendant les rapports ou les troubles hormonaux peuvent également perturber la vie sexuelle.

Le phénomène n’épargne pas les jeunes. Stress, manque de sommeil, sédentarité, alcool, tabac, drogues et consommation abusive de tramadol figurent parmi les facteurs évoqués par le médecin.
À cela s’ajoute une pression moins visible à savoir celle de devoir « performer ». « Beaucoup de jeunes se comparent à des images irréelles et ont peur de ne pas assurer. Cette peur elle-même peut bloquer le corps », souligne le praticien.
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Mais derrière ces troubles peuvent aussi se cacher des pathologies plus sérieuses. Le diabète et l’hypertension peuvent notamment endommager les vaisseaux et les nerfs.
Certaines infections sexuellement transmissibles, lorsqu’elles sont mal traitées, peuvent compromettre la fertilité. « Un trouble sexuel n’est jamais seulement un problème de chambre à coucher. C’est parfois, le corps qui nous prévient d’une maladie plus large », avertit Dr. Sawadogo.

L’infertilité, elle, demeure encore trop souvent imputée à la femme. Une perception que le médecin invite à corriger. Les causes peuvent être masculines, féminines, communes aux deux partenaires ou parfois inexpliquées.
Le bilan doit donc concerner les deux membres du couple. Face à ces difficultés, les produits dits « stimulants » vendus dans la « rue ou sur les réseaux sociaux » sans contrôle constituent un autre piège.

Composition inconnue, dosage incertain et interactions médicamenteuses peuvent exposer les consommateurs à des complications graves. Les produits dopants et certaines substances non contrôlées peuvent également affecter la production hormonale et la fertilité.
Pour le spécialiste, la réponse passe d’abord par la prévention et la consultation. « Vous n’êtes pas seuls et vous n’avez pas à avoir honte. Consulter, ce n’est pas un aveu de faiblesse. C’est le premier geste de courage vers la solution », insiste-t-il.
Au Burkina Faso, des possibilités de diagnostic et de prise en charge existent. Encore faut-il franchir la porte du centre de santé plutôt que celle du vendeur de « produits miracles ». Car, en matière de santé sexuelle, le silence ne soigne rien. Et l’automédication peut parfois transformer un problème traitable en véritable drame.
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Bassirou BANDÉ
Burkina 24




