Moringa au Sahel : La science et la filière s’unissent pour relever le défi de la qualité de la semence à la plante médicinale

À l’occasion de la Journée internationale du Moringa dans l’espace de l’Alliance des États du Sahel (AES), l’Institut Supérieur Privé du Sahel (ISP-Sahel) a abrité un panel d’experts de premier plan le 14 septembre 2026. Organisée par le groupe SOLANG (Éducation, Valorisation, Recherche) en partenariat avec l’ISP-Sahel, l’entreprise Naanfin Agroalimentaire et la Filière Moringa du Burkina (FIMOB), cette rencontre hybride a rassemblé plus de soixante participants en présentiel et en ligne. L’objectif central : poser les bases d’une démarche qualité rigoureuse pour structurer une filière à fort potentiel socio-économique et sanitaire, souvent freinée par des pratiques empiriques.
Souvent qualifié d’« arbre miracle » ou d’« arbre de la vie », le Moringa (Moringa oleifera) est profondément enraciné dans les habitudes des populations sahéliennes, qu’il s’agisse de l’appeler « arzantiiga » en moré, ou «Àlìjìnɛ̀yiri» en dioula ou encore «nébéday» en wolof.
Toutes les parties de la plante feuilles, gousses, racines et écorces sont mobilisées pour répondre à des défis majeurs tels que la malnutrition infantile, l’anémie, le diabète de type 2 ou les carences immunitaires.

Pourtant, malgré une demande internationale croissante pour le bio et l’agro-exportation, les producteurs locaux peinent à suivre le rythme. Selon le Dr Madjelia C. Ébou Somé / Dao, directrice de recherche au CNRST/INERA et présidente du groupe SOLANG, le maillon faible réside souvent à la source.
« Tout part des semences, des modes de semis, de la qualité et du sérieux avec lequel nous allons faire pour que la demande qualité soit au rendez-vous, parce que les attentes à l’international sont importantes », a-t-elle souligné.

Les travaux présentés lors du panel démontrent que l’utilisation de semences « tout-venant » stockées pendant plusieurs années en milieu ambiant engendre des taux de levée faibles et hétérogènes.
À l’inverse, l’usage de semences récentes de l’année en cours garantit une levée groupée proche de 100 % en deux semaines, permettant ainsi aux producteurs d’harmoniser la taille des plants, de simplifier l’entretien et d’optimiser le rendement des feuilles médicinales.

Pour guider les producteurs dans leurs choix techniques, l’ingénieur en agriculture Abdourahim Ouédraogo a exposé les résultats d’une expérimentation menée en zone nord-soudanienne. L’étude compare le semis direct et le semis en pot suivi d’une transplantation.
Les données démontrent la supériorité de la pépinière pour sécuriser le démarrage : les plants en pot atteignent en moyenne 80 centimètres à deux mois, contre 60 centimètres pour le semis direct, tout en affichant un taux de survie pouvant aller jusqu’à 100 %.
« La pépinière permet au producteur de contrôler davantage les conditions de démarrage, c’est-à-dire l’installation et la production, l’humidité du substrat, l’arrosage, la protection des jeunes plants et dans certaines mesures même la concurrence aux adventices », a précisé Abdourahim Ouédraogo. Si la méthode exige davantage de main-d’œuvre, elle offre l’avantage incontestable de s’affranchir des stress climatiques initiaux et de sélectionner les spécimens les plus vigoureux avant la mise en terre.

Au-delà des aspects purement agronomiques, la structuration institutionnelle et commerciale de la filière demeure une urgence. Nana Somanegré, président par intérim de la FIMOB, a rappelé l’importance de formaliser les pratiques à travers une démarche scientifique rigoureuse.

Les recherches documentaires compilées par la faîtière confirment des propriétés thérapeutiques avérées, allant de la cardioprotection à la régulation glycémique.
Néanmoins, les échanges de matériel végétal entre le Mali, le Niger et le Burkina Faso exigent une transparence accrue. Pour le Dr Madjelia C. Ébou Somé / Dao, une harmonisation transfrontalière est indispensable.

« Dans l’espace AES où on a l’habitude de faire des échanges de semences et de parties de Moringa entre chercheurs et entre producteurs, il est important qu’on se mette ensemble et qu’on parte vers la démarche qualité. Il faut quand même un minimum qu’on se mette d’accord sur un minimum de démarche qualité pour pouvoir échanger et aller de l’avant», a-t-elle indiqué.

En misant sur des modèles économiques pilotes et sur l’alliance entre savoirs traditionnels et rigueur scientifique, la filière Moringa ambitionne de transformer le Sahel en un pôle d’excellence agro-écologique durable.
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Akim KY
Burkina 24




