Terrorisme : « La nature de l’ennemi n’est pas hors de portée de notre armée »

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Fidèle à son attitude depuis le début de son audition, le général Djibrill Bassolé a, le mercredi 9 janvier 2019, refusé une fois de plus de commenter ou de répondre aux questions ayant trait aux nombreuses écoutes téléphoniques l’incriminant, même si, indique-t-il, « depuis que j’ai commencé à parler, je dors bien ». Pendant son audition du jour, le prévenu, exceptionnellement drapé dans un boubou bleu clair, a émis ses impressions sur la gestion de l’après Coup d’Etat et la marche même de l’armée burkinabè.

Le général Djibrill Bassolé, faut-il le rappeler, est poursuivi pour meurtre, trahison, coups et blessures volontaires, complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat. Au cours de son audition à la barre, le général Bassolé semble n’avoir pas apprécié la manière dont du Coup d’Etat a été géré par la hiérarchie militaire. « Si j’étais le CEMGA (Chef d’état-major général des armées, ndlr), narre le général Bassolé, j’allais faire les choses de manière propre sur la base d’un accord pour éviter la confrontation entre les éléments de notre armée et éviter un procès ».

« Je ne veux pas prôner l’impunité »

Aussi indique-t-il, « si j’étais de la hiérarchie, je n’allais pas engager une poursuite judiciaire ». Et pour cause, poursuit l’inculpé, « le procès a un effet dévastateur sur la cohésion de l’armée ». Tous les grades de l’armée sont représentés dans le box des accusés, toutes les promotions y sont représentées et dans la liste des témoins, narre toujours le général Bassolé, « la fine crème » y est également présente. Ainsi, foi du prévenu, « toute l’armée, je vous assure, martèle-t-il, est suspendue à ce procès ».

Toujours dans la même lancée, Djibrill Bassolé a fait savoir que la tenue du présent procès impacte  l’armée burkinabè sur le terrain de la lutte anti-terroriste. « Quand on dit que notre armée n’est plus concentrée sur les problèmes du Nord ou de l’Est, c’est vrai. La nature de l’ennemi n’est pas hors de portée de notre armée ». A en croire le général Bassolé, si l’armée burkinabè « était sereine », le problème serait déjà réglé.

Le Parquet militaire, partie accusatrice, s’appuyant sur les idées avancées par le général Bassolé a répondu en interrogeant l’intéressé sur le comportement à avoir à l’égard des victimes du Coup d’Etat, si, comme il le dit, procès ne devait pas avoir lieu. « Je ne veux pas prôner l’impunité », répond Djibrill Bassolé, mais dit-il, « entre deux maux, il faut choisir le moindre ».

Pour les victimes, le général Bassolé propose une réparation. Surtout pour les blessés et les personnes décédées, « les familles doivent avoir réparation », dit-il. « Avec l’argent, on soulage les peines des victimes ? », rétorque le Parquet. « Je ne réduis pas les choses à l’argent (…). Vous pensez qu’un blessé qui touche 10 millions de F CFA, il ne serait pas content ? », réplique l’inculpé qui, par la suite, indique que des sanctions peuvent être prises en conseil de discipline au sein de l’armée contre les fautifs.  

« Quand on dit que c’est des putschistes, c’est exagéré »

Comme il est de coutume depuis le début des auditions des généraux Diendéré et Bassolé, régulièrement, le nom de l’ancien Premier ministre Isaac Zida revient en refrain. Ce jour de passage du général Bassolé n’a pas dérogé à la règle. A l’endroit de l’ex Régiment de sécurité présidentielle (RSP), selon l’inculpé, « quand on dit que c’est des putschistes, c’est exagéré ». Pour lui, la présence de l’ex RSP dans la gestion politique du pays a été voulue par l’Etat en plaçant un des éléments à la Primature.

Peu avant 17h, l’audition du général Djibrill Bassolé a été interrompue par le Président du Tribunal. Elle reprend le vendredi 11 janvier après une pause pour la journée du jeudi 10 janvier 2019.

Ignace Ismaël NABOLE

Burkina 24

Ignace Ismaël NABOLE

Journaliste reporter d'images (JRI).

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