Procès Sankara : Long débat après le témoignage du journaliste Gabriel Tamini

A la suite du témoin Patrice Nana, c’est le journaliste en retraite Gabriel Tamini qui est appelé à témoigner sur l’assassinat de Thomas Sankara et 12 autres. 

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« Le 15 octobre, j’étais à mon domicile le matin.  J’avais l’impression à l’époque que j’étais en danger. J’habitais une cour commune, et les gens disaient qu’il y a des tirs en ville. J’entendais pas parce que c’était un quartier populaire.

J’étais suspendu de mon travail depuis 2 à 3 semaines. Quand ça s’est passé comme ça, le premier réflexe que j’ai eu c’est de fuir, mais comment fuir et rester en vie. Je suis sorti de la cour et devant ma porte il y avait un vendeur de viande, je me suis mélangé à la foule, là si on veut venir me chercher je fuis.

C’est là-bas j’ai vu un véhicule qui venait en toute vitesse, arrêtée devant ma porte, j’ai reconnu Salif Diallo. Je le connaissais donc pour moi c’était l’opportunité de fuir, dès que je suis rentré dans le véhicule j’ai demandé ce qui se passait et il m’a dit qu’il y a eu un Coup d’état et Thomas Sankara est mort.

J’ai demandé et Blaise Compaoré puisque pour moi c’est quelqu’un d’autre qui était venu faire le coup d’Etat. Après il m’a envoyé chez Blaise, c’était ma première fois et à mon arrivée il y avait beaucoup de gens. J’ai reconnu Blaise et Lingani dans la foule. Après on est partis à la radio où je devrais lire la déclaration comme je suis journaliste », a laissé entendre Gabriel Tamini.

Suite à cette déclaration de la part du témoin, le tribunal a demandé pourquoi c’est lui que Salif Diallo venait chercher en premier. Il a donc répliqué en ces termes :

« Pas en premier lieu. Il est allé chercher Etienne Traoré et il n’était pas là et il m’a dit que Blaise lui a envoyé de venir me chercher. Mais je pense que c’est lui qui a pris l’initiative de venir me chercher parce qu’on a pas eu d’échange. Comment quelqu’un va envoyer vous chercher et arrivé on se dit rien ? ».

Intrigué, le tribunal cherche à savoir pourquoi quelqu’un (Thomas Sankara) qui vous a suspendu de votre fonction et vous entraîner dans la misère, vous apprenez sa mort et au lieu de jubiler, vous chercher plutôt à fuir ?

A cette interrogation, le témoin a dit être emporté par les circonstances, qu’il était plutôt inquiet. Ces différentes réactions sont jugées incohérentes par la partie civile qui accuse le témoin de faux témoignages.

A ce titre, la partie civile a fait recours à l’article 120 qui stipule que si un  témoin fait une fausse déclaration, le président peut procéder à son arrestation. Chose à laquelle le parquet militaire va s’opposer.

Par ailleurs , le parquet militaire avance qu’on ne peut pas passer de statut de mise en accusation au statut de témoin et revenir à une mise en accusation, selon l’article 342. Le parquet militaire qualifie donc cet acte d’aberration et estime que cela ne vaut pas le coût.

Au regard de ces deux confrontations de parties, l’audience a connu une brève suspension, question de laisser le président du tribunal trancher, si le témoin sera en arrestation ou pas.

Après quelques minutes de concertation, le tribunal revient et déclare que « les témoignages sont invraisemblables. Les appréciations faites ne paraissent pas invraisemblables, donc le témoin ne sera pas arrêté suite à la requête du parquet ».

Cette déclaration du tribunal a laissé quelques chuchotements dans la salle. Il a ainsi appelé à l’ordre et a suspendu l’audience pour faute de temps. Le même témoin poursuivra son audition demain jeudi 2 décembre 2021.

Sié Frédéric KAMBOU

Burkina 24

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