TGI : 5 ans fermes contre un enseignant vacataire pour le viol d’une déficiente mentale

Babou Batio (nom d’emprunt) a comparu le 23 septembre 2022 au tribunal de grande instance de Ouagadougou (TGI Ouaga 1) pour des faits de viol sur une jeune fille. La victime, une déficiente mentale, n’arrive même pas à articuler correctement pour prononcer un mot sans baver, était accompagnée par sa mère à la barre pour le procès. 

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C’est un jeune homme avec une allure frêle, environ 37 ans, les bras croisés qui se tient devant le juge. Il est accusé de viol à l’endroit de Koumbou. « Vous comprenez français ? », demande d’emblée le juge à l’accusé. Celui-ci fait mine de ne pas comprendre le français, le juge fait appel à un traducteur qui traduit ce qu’il dit en langue Moore.

« Vous êtes accusé de viol sur la personne de Koumbou. Reconnaissez-vous les faits ? », cite le juge à l’accusé qui ne reconnaît pas les faits. Le prévenu fait savoir en ces termes : « je suis sorti à moto, vers 5h du matin, j’ai eu une envie très pressante d’aller à la selle. C’est là que j’ai bifurqué dans l’empressement dans une maison pour me soulager. Quand j’ai fini de me soulager, j’ai vu la fille dans la maison, mais je ne lui ai rien fait », a assuré l’accusé.

Le juge demande à la mère de la jeune fille ce qui s’est passé. La mère fait savoir que c’est à son retour de la mosquée pour la prière du matin qu’elle a vu une moto garée dans la cour et la porte de sa maison ouverte.

À l’intérieur de la maison, elle dit avoir vu des pieds et une personne couchée sur l’autre. Elle s’est donc empressée d’appeler sa fille par son nom. Koumbou ! En bas du monsieur, elle répond, hounn !!! « Le monsieur qui est arrêté là, s’est levé sur ma fille tout en s’arrangeant avec précipitation et m’a croisé devant la porte et m’a dit : « ha!! Chère maman, vous allez beaucoup m’excuser, c’est le monde qui est ainsi fait, ce sont les choses de ce monde qui sont ainsi faites ».

Puis il veut s’en aller. Je lui ai dit non, tu ne peux pas venir faire ça et vouloir partir aussi facilement. Il me demande de ne pas crier, car on pourrait le lyncher. Il m’a proposé de prendre sa CNIB garder et qu’après il allait venir, on va discuter. « Face à mon refus, il a démarré sa moto pour partir.

J’ai saisi la moto par l’arrière, il m’a trimballé jusqu’au dehors. Fort heureusement mes cris ont alerté des gens qui sont venus l’appréhender et remis à la Police. Ils m’ont ensuite conseillée d’aller à l’hôpital avec la fille. Ce que j’ai fait », a raconté la mère de Koumbou au juge.

Face à cette narration de la mère de la victime, l’accusé tient mordicus qu’il n’a pas touché à la fille. Au procureur de demander à l’accusé : « pensez-vous que cette vieille dame qui n’a presque pas de force peut tenir votre moto avec toutes ses forces et que vous la trimballiez au risque de la blesser si vous n’avez rien fait ?…

Pourquoi aurait-elle fait cela, selon vous? » L’accusé est resté bouche bée. Mais le juge, sans doute pour établir les faits de viol a voulu s’assurer qu’il y a bien eu acte sexuel plus précisément pénétration.

Le magistrat assis demande alors à la mère de la victime si elle peut communiquer, même si c’est de façon gestuelle à sa fille qui rappelons-le ne jouit pas de toutes ses facultés. Le juge demande à la mère de la victime de lui demander si Boubou Batio l’a pénétrée sexuellement.

Le scénario était difficile à regarder, la victime n’arrive même pas à articuler correctement sa bouche à plus forte raison parler. À peine elle retenait sa salive qui coulait des extrémités des lèvres.

Face à la difficulté de faire parler la victime, le juge s’est rabattu vers la mère de la victime. « Vous êtes formelle, vous avez bien vu Babou Batio. Il y a bien eu pénétration ? », demande le juge. La vieille dame, regard baissé et voix glacée indique : « Il l’a eu », pour dire que Babou Batio a bien pénétré sexuellement sa fille. L’accusé qui depuis lors disait ne pas comprendre la langue de Molière a commencé à mesurer ce qui l’attend.

Il finit donc par sortir de ses gonds et dit au juge qu’elle n’a pas de preuves de ce qu’elle avance. Au juge de lui demander « vous comprenez français ? Vous faites quoi dans la vie ? » L’accusé répond : « je suis enseignant vacataire ». Toute la salle d’audience était ahurie.

Mais l’accusé est resté de marbre et a poursuivi sur sa ligne de défense à savoir que c’est « sa parole contre celle de la vieille dame ». Mais cela ne l’a pas sauvé. Le procureur au regard des faits a requis 7 ans de prison ferme contre Babou Batio. En dernier ressort dans ce procès, le juge a prononcé une condamnation de 7 ans de prison dont 5 ans fermes.

Hamadou OUEDRAOGO

Burkina 24

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