Comores : Me Saïd Larifou dénonce « la démission de l’autorité judiciaire »

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Ceci est une lettre ouverte de Me Saïd LARIFOU, Président du RIDJA, ancien candidat à l’élection présidentielle, à Monsieur le Colonel Azali Assoumani, chef de l’Etat comorien.

 Lettre ouverte à Monsieur le Colonel Azali Assoumani, Chef de l’Etat

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Une nouvelle fois, par décret du mois d’octobre 2022, vous avez vous-même désigné les membres de la Cour de Sûreté de l’Etat chargés de juger vos principaux adversaires politiques pour haute trahison, sachant que contrairement aux engagements internationaux ratifiés par notre pays et repris dans notre Constitution, les décisions judiciaires rendues par cette juridiction, déjà connues car déclarées par vous, ne seront pas susceptibles d’appel.

Ce spectacle judiciaire affligeant, digne d’une république bananière, démontre une nouvelle fois l’instrumentalisation de l’institution judiciaire comorienne et l’humiliation de ses magistrats, réduits comme des marionnettes car contraints de condamner, à votre demande, le gouverneur Abdou Salami et Bobocha en fermant les yeux sur les graves atteintes aux droits de la défense et aux actes de torture dénoncés à plusieurs reprises par les Nations Unies et l’UA.

Monsieur le Colonel, chef de l’Etat, jusqu’à quand allez-vous continuer à mépriser le peuple comorien et à ne pas considérer les appels à la raison et à la médiation des dignitaires de notre pays et au respect des droits humains et à la dignité humaine formulés par les pays voisins, membres de la SADC, les partenaires de notre pays, les institutions et organisations internationales telles que les Nations Unies, l’Union Africaine et l’Union Européenne ?

L’injustice et l’arbitraire dont est victime l’ancien Président de l’Union des Comores, Monsieur Ahmed Abdallah Mohamed SAMBI interpellent la conscience de tous nos compatriotes ; tous s’interrogent sur le pourquoi et le comment, en l’espace de six années, vous êtes parvenu à démolir notre pays qui a vu rapidement disparaître le socle des valeurs d’humanité, de fraternité, de solidarité et de la modération héritées de nos ancêtres.

Le climat de haine, de terreur et d’injustice que vous avez volontairement instauré aux Comores comme mode de gouvernance ne vous honore nullement et fait sérieusement reculer notre pays, considéré jusqu’alors comme un modèle de tolérance, de sécurité et d’harmonie collective.

L’avenir des centaines de milliers de jeunes comoriens est sérieusement compromis par ce climat de haine que vous avez instauré aux Comores, où il est impossible de bâtir un avenir dans un tel contexte de gouvernance politique arbitraire.

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Il est encore temps pour vous de prendre conscience de votre entière responsabilité devant l’Histoire des conséquences dramatiques que votre gouvernance chaotique va produire sur l’unité de notre jeune nation.

À mon niveau, je tenais à vous écrire cette lettre pour exprimer à quel point je suis profondément révolté par la démission de l’autorité judiciaire de notre pays, gardienne des libertés fondamentales, et ses graves conséquences sur le respect des droits humains et l’avenir démocratique des Comores.

Ces parodies judiciaires dignes des pires dictatures qui arrêtent vos opposants et les maintiennent arbitrairement en détention provisoire ou en résidence surveillée pour des raisons uniquement politiques affectent sérieusement la situation de nos concitoyens, le climat pour les opérateurs économiques et les investisseurs au point de créer un lourd climat d’arbitraire préjudiciable au développement touristique et économique de notre bel archipel.

Le climat de haine et de terreur que vous instaurez ainsi ont des conséquences désastreuses sur le climat social et économique des Comores, en provoquant une montée de l’intolérance et du populisme, voire de l’extrémisme dont les effets prévisibles et désastreux n’épargneront personne sur nos îles et dans notre sous-région.

La situation sociale dramatique de nos compatriotes privés de soins, d’eau, d’électricité et des denrées alimentaires de base ne semble guère vous préoccuper alors que pour la première fois dans notre histoire, la pauvreté engendre des émeutes de faim violemment réprimées par les militaires qui ont fait de trop nombreuses victimes.

Ce climat très préoccupant appelle à la responsabilité de tous les Comoriens. C’est pour cette raison qu’en ma qualité de citoyen et dirigeant du parti politique, le RIDJA, j’ai demandé officiellement l’intervention des chefs d’État africains, des pays partenaires et amis de notre pays pour mettre fin aux abus et à l’arbitraire total qui caractérisent votre régime.

Il importe une nouvelle fois de dénoncer que les membres de la Cour de la sûreté d’Etat désignés par votre récent décret vont prochainement siéger uniquement pour entériner la culpabilité de l’ancien Président de l’Union des Comores, Monsieur Ahmed Abdallah Mohamed SAMBI, déjà déclaré coupable par vous, vos ministres et collaborateurs dans des médias comoriens et étrangers sans le moindre procès équitable au regard des normes juridiques internationales.

 Je suis indigné par l’absence de réaction de l’institution judiciaire de notre pays et des magistrats en charge du dossier de la citoyenneté économique qui n’ont pas fait la moindre déclaration après vos interventions publiques et celles de vos ministres sur la culpabilité de l’ancien Président SAMBI, alors que l’enquête judiciaire sur cette affaire était toujours en cours.

Comment expliquer le silence de cette institution constitutionnelle, normalement gardienne des libertés fondamentales, suite à votre opposition arbitraire à l’exécution de la décision rendue le 02 janvier 2020 par le juge d’instruction ordonnant l’évacuation sanitaire de Monsieur SAMBI ?

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Le prochain procès sur l’affaire de la citoyenneté économique est elle aussi une parodie de justice, parfaite illustration de son instrumentalisation pour tuer et écarter politiquement vos adversaires :

Depuis votre retour au pouvoir, la justice n’existe plus que sous son aspect régalien, elle est utilisée et instrumentalisée pour réprimer vos adversaires politiques sans la moindre impartialité.

Le renvoi de l’ancien Président SAMBI devant la cour de sûreté de l’Etat, juridiction d’exception, pour haute trahison, est la preuve que sa trop longue détention provisoire arbitraire de 4 ans répondait à des motivations extrajudiciaires qui ont fait fi de toute enquête judiciaire impartiale et sérieuse.

Sinon, comment expliquer la poursuite judiciaire systématique de vos adversaires alors que votre famille, vos proches collaborateurs détournent manifestement des deniers publics, des aides internationales et des dons, investissant dans les sociétés écrans dans des paradis fiscaux pour maquiller ces nombreux détournements qui portent préjudice à l’ensemble des Comoriens ?

Comment expliquer que sur votre instruction, l’enquête dans le dossier de citoyenneté économique s’est limitée aux Comores et n’a pas permis de déterminer le montant et l’usage des fonds présumés détournés dans le cadre de cette opération, ni d’identifier le ou les corrupteurs, le ou les corrompus et leurs modes opératoires, jetant un voile opaque sur ce que la justice élémentaire demandait dans un tel dossier ?

Vous êtes prompt à poursuivre et faire condamner injustement vos adversaires alors qu’aucune enquête judiciaire n’a été ouverte sur les détournements des fonds de la citoyenneté économique perçus par les Comores depuis votre retour au pouvoir le 26 Mai 2016, fonds qui n’ont jamais été versés au Trésor public mais détournés et gérés par des officines dans des sociétés écrans, sans parler des fonds des hydrocarbures, des Comores Télécom, de la douane, des aides aux sinistrés du cyclone Kenneth et celles destinées aux victimes du Covid 19 qui se sont évaporées dans les comptes publics?

Il importe aussi de souligner l’absence d’enquête judiciaire sur les assassinats de :

-Nail, mort le 30/9/19 des suites de sévices subis en prison à Mutsamudu

-Ben Ahmed, tué par les militaires le 17 octobre 2018

-John Male, tué par les militaires le 17 octobre 2018

-Hassan, enfant de 6 ans tué par obus militaire le 17 octobre 2018

– Ali, décédé le 12/10 /19 suite à des tortures subies à la gendarmerie de Fomboni

– Hamada Gazon, assassiné par des militaires à Iconi le 9/12/18

– Commandant Faissoil, le major Nacerdine et Salim Nassor, assassinés au camp militaire de Kandani, le 28 mars 2019

– Ali Ousseni, assassiné, le 24 mars 2019,

– Mbapale, enlevé, torturé et assassiné dans le camp militaire de Sangani, et sans d’autres quelques autres enlevés ou assassinés dans l’anonymat.

Outre ces crimes jamais punis, il convient d’ajouter vos menaces de mort et celles de vos proches collaborateurs, hélas souvent suivies d’assassinats atroces et barbares commis en toute impunité contre des civils par des militaires agissant sous votre commandement. Des exactions dignes des pires dictatures de l’histoire et non d’une démocratie libérale avancée.

Il est infiniment regrettable de déplorer qu’au lieu de tirer les leçons des échecs de notre pays, les vôtres surtout, vous vous enfoncez dans ces dérives de plus en plus autoritaires et continuez à enfoncer le peuple comorien sur une voie dont l’issue ne sera que chaos et violence.

Jusqu’à présent nos compatriotes ont fait preuve de maturité et de retenue en ne succombant pas à vos provocations et à vos appels publics aux meurtres de vos opposants.

Mais mon sens des responsabilités et mon attachement à la paix me conduisent à vous demander d’y mettre rapidement fin, car les Comoriens injustement marginalisés, humiliés, exclus et méprisés par votre pouvoir ne toléreront plus très longtemps une situation choquante, indigne et dangereuse à bien des égards.

Vous savez très bien que je ne suis ni opportuniste ni courtisan.

La présente lettre ouverte d’un homme libre de ses actions et de ses jugements, qui agit pour sa conscience éveillée et le bien de tous les Comoriens, exprime donc sa profonde indignation devant l’inhumanité de l’arbitraire que vous faites subir à l’ensemble de notre peuple.

Au nom de ce peuple qui vous a démontré son amour et son attachement à la paix, Monsieur le Colonel, Chef de l’Etat, cessez votre fin de non-recevoir réservée jusque-là à toutes les médiations des dignitaires de notre pays, des organisations régionales et internationales, et aux recours légaux des avocats des personnes poursuivies ou victimes de votre régime de plus en plus sanguinaire.

Mettez fin à votre opposition illégale à l’exécution de la décision rendue le 3 janvier 2020 par le juge d’instruction ordonnant l’évacuation sanitaire de l’ancien président SAMBI à l’étranger pour y suivre des soins médicaux.

Vous déclarez tous publiquement la culpabilité de l’ancien Président SAMBI en étalant publiquement des pièces et éléments soumis au secret de l’instruction, alors que le juge d’instruction et le tribunal n’ont pas encore statué sur l’issue de cette affaire !

Cela est aussi prouvé par votre refus abusif et arbitraire de donner suite à la décision du juge autorisant Monsieur Sambi à se faire soigner à l’Étranger.

Cette instrumentation politique de la procédure liée à la citoyenneté économique et de la justice aux Comores est source de tensions prévisibles dont vous assumerez seul les conséquences.

Votre attitude n’est pas de nature à consolider la tolérance, la fraternité et la solidarité entre tous les Comoriens, valeurs héritées de nos ancêtres.

Une nouvelle fois, Monsieur le Colonel, je souligne que votre départ pacifique serait une œuvre salutaire et responsable pour les Comores qui ont besoin de se reconstruire sur des bases nouvelles et saines dans un esprit responsable et de concorde nationale.

Je vous prie de croire, Monsieur le Colonel, Chef de l’Etat, en l’expression de mon patriotisme et de ma fraternité à tous les Comoriens.

Très respectueusement.

Paris, le 08 Novembre 2022

Me Saïd LARIFOU, Président du RIDJA, Ancien candidat à l’élection Présidentielle.

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