Économie burkinabè : Croissance, maîtrise de l’inflation et mobilisation record des recettes, les signaux d’une résilience confirmée

Malgré un contexte marqué par les défis sécuritaires et climatiques, l’économie burkinabè affiche des indicateurs jugés encourageants. Croissance, recul de l’inflation, réduction du déficit budgétaire et amélioration du solde courant témoignent d’une certaine résilience. En juillet 2026, les régies de recettes ont par ailleurs mobilisé 448 milliards de FCFA, soit 121,41 % de l’objectif fixé. Pour le professeur Salifou OUEDRAOGO, enseignant-chercheur en sciences économiques et de gestion, spécialiste de l’économie monétaire et directeur du département de l’UFR/SEG, cette performance s’explique notamment par les efforts de recouvrement, les recettes liées à l’or et la digitalisation du paiement des impôts.

Burkina24 : Le Burkina Faso fait des efforts en matière de mobilisation des recettes et de financement de l’économie. Comment analysez-vous la situation économique actuelle du pays et quelles sont, selon vous, ses principales forces et fragilités ?

Professeur Salifou OUEDRAOGO : Par rapport à votre question sur la situation économique actuelle, je peux dire que la situation économique est bonne. Elle peut être qualifiée en fait de bonne, pour plusieurs raisons : La première raison, si on prend effectivement le taux de croissance économique. La croissance économique étant entendue comme tout simplement une augmentation soutenue de la production pendant une ou  plusieurs périodes longues.

En  général, d’un indicateur, c’est  le produit global en termes réels. Et le produit global en termes réels ici est le PIB réel. Autrement dit c’est le produit intérieur brut réel, qu’on calcule tout simplement en utilisant l’ensemble de valeurs ajoutées. Autrement dit, c’est la différence entre la production et la consommation intermédiaire. Et si on regarde effectivement l’évolution de cette production, en tout cas sur ces PIB entre 2024 et 2025, on voit qu’il y a une augmentation de 0,5 point de pourcentage.

Et si on prend en fait ce PIB et on divise par le nombre de population, on obtient ce qu’on appelle le PIB réel.  Donc c’est vraiment un point qui montre effectivement que l’économie se porte bien. La situation peut être qualifiée de bonne. Un second indicateur ou un critère qui montre effectivement que la situation est bonne, c’est vraiment au niveau de l’inflation. Entre 2024 et 2025, on peut dire effectivement qu’il y a une maîtrise de l’inflation.

Burkina24 : Et pourquoi ?

Parce que tout simplement il y a une diminution du taux d’inflation d’environ 0,5 point de pourcentage. On peut parler effectivement de désinflation, autrement dit une baisse du taux d’inflation. Je ne parle pas en fait de déflation, je parle de désinflation, parce que la déflation c’est tout simplement une baisse durable et généralisée du niveau des prix. Donc c’est un critère également qui montre que la situation économique est bonne. Un autre critère qu’on peut considérer, c’est en fait le déficit budgétaire par rapport au PIB.

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Entre 2024 et 2025, on est passé effectivement de 5,8% à 1,8%. Ce qui veut dire qu’il y a une baisse du déficit budgétaire par rapport au PIB. Et cette situation est bonne parce que tout simplement la norme communautaire nous donne effectivement un seuil de 3% à ne pas dépasser. Donc nous sommes passé de 5,8% à 1,8%. Ce sont les chiffres qu’on peut trouver au niveau des rapports de la banque mondiale qui montrent effectivement que la situation économique est vraiment bonne. Donc voilà en fait quelques indicateurs.

On peut ajouter également le solde courant, autrement dit la différence entre les importations et les exportations. Donc un solde positif distribué de 3%, ça veut dire qu’on a exporté plus qu’on a importé. Donc vraiment ce sont des situations qui sont encourageantes. Voilà en fait pourquoi j’ai dit que la situation économique du Burkina peut être qualifiée de bonne.

Burkina 24 : Quelles pourraient être les fragilités selon vous ?

Professeur Salifou OUEDRAOGO : Déjà même,  les forces, parce qu’effectivement quand on parle au niveau du Burkina, c’est déjà la résilience. Quand on parle de résilience, c’est la capacité de l’économie à amortir les chocs. Donc un choc étant  un événement, un imprévu. Donc vraiment notre économie est résiliente et ça effectivement, il faut le souligner. Le second élément qu’il faut souligner, c’est vraiment la bonne volonté de nos dirigeants.

Nos dirigeants effectivement, on les voit sur le terrain, qui fournissent beaucoup d’efforts pour que l’économie puisse bien fonctionner. Donc ce sont des aspects positifs. Un autre aspect qui est une force, c’est vraiment la jeunesse de notre population. La population est vraiment jeune. Et donc effectivement cette population jeune, si vraiment elle est bien exploitée, peut en tout cas améliorer notre économie. En termes de faiblesse, ce sont les chocs climatiques. Autrement dit les changements climatiques.

Ce qui  fait  que souvent, on a des poches de sècheresse . Et là c’est pas bon pour l’agriculture. Il y a également la situation de sécurité qui s’améliore considérablement. Même si effectivement il y a toujours des efforts à faire. Un autre point, c’est vraiment la faiblesse du capital humain. Quand on parle du capital humain, on parle d’éducation, on parle effectivement de santé. Donc il y a une faiblesse à ce niveau-là. Donc pour bien former cette population jeune, il faut en fait fournir des soins, c’est-à-dire en termes de quantité aussi et en termes de qualité.

Et faire en sorte qu’en termes d’exportation, parce que quand on regarde, nos exportations sont concentrées spécifiquement sur l’or. C’est-à-dire que quand on regarde la valeur de l’or parmi l’exportation totale, c’est environ 90% sinon même plus selon les chiffres de la banque mondiale. cela peut poser un problème si effectivement il y a un retournement de situations, notamment si il y a une baisse du prix de l’or au niveau international.

Burkina 24 : Les régies de recettes ont mobilisé 448 milliards de FCFA en juillet 2026, contre une prévision de 369 milliards, soit un taux de réalisation de 121,41 %. Comment expliquez-vous cette performance exceptionnelle ? Est-elle principalement liée à une amélioration du recouvrement, à une hausse de l’activité économique, ou à des mesures fiscales ?

Professeur Salifou OUEDRAOGO : D’ordre déjà, il faut féliciter en tout cas le ministre de l’économie, le ministre Nakanabo, pour  les efforts qui sont déployés. Et féliciter aussi ses collaborateurs. Je veux parler de la direction générale des impôts. Je veux parler également de la direction générale du Trésor et également les agents de la direction générale des douanes qu’il faut vraiment saluer au passage pour les efforts qui sont fournis pour mobiliser autant de recettes.

Et lorsqu’on regarde effectivement par rapport à la mobilisation, les taux de réalisation, vous l’avez dit, c’est environ 121% en fin juillet. C’est un chiffre qui est très bon, mais il y avait déjà les prémices. En juillet 2026, on avait déjà les prémices. Pour le premier semestre 2026, on avait déjà un taux de réalisation d’environ 108%. Et je disais aux collègues en ce temps que si effectivement la situation se poursuivait, on allait avoir effectivement une mobilisation record. Et quand on compare en fait la mobilisation des recettes fiscales au premier trimestre 2026 par rapport au premier trimestre 2025, on voit qu’il y a une augmentation de 17%.

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Donc, il y avait des prémices. Et dire effectivement qu’on espère que la situation va continuer et on sait effectivement qu’avec les efforts fournis , que la situation va se poursuivre. Et pourquoi , il y a tout cela ? Vous avez parlé de taux de recouvrement. Il y a eu des efforts en matière de recouvrement qui permettent d’avoir tout simplement un taux assez élevé. Et est suivi la contribution  des contribuables qui permet d’avoir ces recettes-là. Un autre aspect qui est important, c’est les recettes de la vente de l’or à l’extérieur.

Donc les entrées en matière de finances, issues effectivement de la vente de l’or, peuvent augmenter effectivement la base imposable. Donc ce qui fait que , mécaniquement, c’est qu’il peut y avoir une augmentation simplement des recettes. Un autre aspect qu’il faut vraiment souligner et saluer, c’est la mise en place plutôt de la plateforme nationale du paiement.  Et cette plateforme est vraiment bien en place, bien à propos parce que tout simplement, ça permet effectivement de donner des informations aux contribuables.

Ça c’est la première chose. La deuxième chose, ça permet effectivement de tracer les contribuables. Tracer les contribuables pour vraiment voir s’ils sont à jour ou pas. Et troisième chose, ça permet de faciliter le paiement. Un dernier aspect, ça évite le contact entre les agents et l’argent. Ce qui peut effectivement réduire la corruption et éviter en tout cas ce qu’on appelle les fuites en matière simplement de ressources. Donc voilà en fait des éléments qu’il faut vraiment, en tout cas qu’on peut dire, qui ont contribué vraiment à avoir des recettes, des taux de réalisations assez élevées en matière de mobilisation de ressources fiscales.

Salifou OUEDRAOGO

Pour Burkina 24

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