Tribune | « Cette fois, votons pour le football » (Hervé Verhoosel)
Ceci est une tribune de Hervé Verhoosel, observateur indépendant, sur l’actualité sportive internationale.
Bientôt, les 211 fédérations qui composent la FIFA choisiront un nom : celui d’un homme ou d’une femme appelé à diriger l’organisation.
Mais derrière ce nom, il y a beaucoup plus qu’une présidence à attribuer. Il y a une idée du football lui-même — de la manière dont il doit grandir, être représenté et être gouverné dans les années à venir. Cette question se pose aux 211 associations membres de la FIFA. En Afrique, elle prend une dimension particulière.
On parle souvent du « vote africain », comme si le continent constituait un bloc homogène. Ce n’est pas le cas. L’Afrique aura 54 votes parce qu’elle compte 54 fédérations, 54 histoires, 54 contextes institutionnels, économiques et sportifs. Les besoins du Burkina Faso ne sont pas ceux du Nigeria, du Sénégal, du Burundi ou de l’Afrique du Sud. C’est précisément cette diversité qu’il faut respecter.
La question essentielle pour chaque fédération ne devrait pas commencer par « pour qui devons-nous voter ? », mais par « quel football voulons-nous construire ? ». Ensuite seulement vient une deuxième question : « de quelle FIFA avons-nous besoin pour le rendre possible ? ». Et seulement alors une troisième : « qui est le mieux placé pour diriger cette FIFA ? ».
Cet ordre est important. Il permet de placer le projet avant la personne et le football avant les alliances. La FIFA joue un rôle indispensable dans le développement du football. Ses programmes de financement, d’infrastructures, de formation, de football féminin, d’arbitrage et de développement des jeunes ont un impact réel dans de nombreux pays. Le reconnaître ne signifie pas accepter une quelconque dépendance politique. L’aide au développement doit renforcer l’autonomie des fédérations, pas l’affaiblir.
Il en va de même pour la CAF. Une confédération continentale forte est nécessaire, mais la force collective de l’Afrique ne devrait pas signifier l’uniformité du vote. Au contraire, une Afrique du football forte devrait être composée de fédérations capables de définir leurs propres priorités et de les défendre librement.
L’indépendance signifie aussi résister aux pressions extérieures — politiques, financières ou personnelles. Le vote lors d’une élection de la FIFA n’appartient ni à un gouvernement, ni à un sponsor, ni à une confédération, ni à un réseau d’influence. Il appartient à la fédération qui l’exerce et, en définitive, au football qu’elle représente.
Il ne s’agit pas d’un argument pour ou contre l’actuel président de la FIFA, Gianni Infantino, ni en faveur d’un éventuel candidat. Il s’agit d’un argument en faveur d’une méthode.
Le prochain cycle offre une occasion particulière. Après la Coupe du monde, le football international entrera dans une période où il sera possible de discuter non seulement de la personne qui dirige la FIFA, mais aussi de la manière dont la FIFA devrait fonctionner.
Les questions de transparence, de distribution des ressources, de représentation, de calendrier international, de développement et de responsabilité institutionnelle méritent de faire partie de ce débat. L’Afrique devrait arriver à ce moment non pas avec une consigne de vote, mais avec 54 agendas footballistiques clairs.
Chaque fédération connaît mieux que tout observateur extérieur les défis de son propre football : formation des jeunes, infrastructures, compétitions nationales, football féminin, arbitrage, financement, gouvernance, accès aux compétitions internationales ou protection des joueurs. C’est à partir de ces priorités concrètes qu’elle devrait évaluer tout candidat à la présidence de la FIFA.
Peut-être certaines fédérations arriveront-elles à la même conclusion. D’autres pourront arriver à des conclusions différentes. Ce ne serait pas un signe de division. Ce serait un signe de maturité institutionnelle.
L’unité africaine n’exige pas l’unanimité électorale. Elle peut aussi signifier défendre ensemble le droit de chaque fédération africaine à choisir librement, en fonction des intérêts de son football.
Lorsque viendra le moment de voter, il y aura inévitablement des noms, des campagnes, des promesses et des alliances. Mais avant tout cela, peut-être vaut-il la peine de revenir à la question la plus simple. Quel football voulons-nous ? Si chaque fédération commence par-là, le choix de la personne qui doit diriger la FIFA deviendra beaucoup plus clair.
Cette fois, votons d’abord pour le football.
Hervé Verhoosel
Observateur indépendant
Belgique · Mobile / WhatsApp : +32 487 96 79 27
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Hervé Verhoosel est un ancien haut fonctionnaire des Nations Unies spécialisé dans la communication, les médias et les affaires publiques internationales. Au cours d’une carrière de plus de vingt ans, il a travaillé à Genève, New York et en Afrique. Il a vécu deux ans à Bangui et, pendant plus d’une décennie, son travail l’a conduit régulièrement dans de nombreux pays du continent africain. Depuis son départ des Nations Unies en avril 2026, il contribue régulièrement au débat public sur la gouvernance du football international. Les opinions exprimées ici sont celles de l’auteur.





