Enseignement au Burkina : le regard du citoyen lambda

La triennale sur l’éducation et la formation en Afrique a déroulé ses tapis à Ouagadougou. Les experts de la question cogitent et réfléchissent sur comment améliorer l’éducation en Afrique. Burkina24 a voulu donner le point de vue des parents d’élèves. Nous vous proposons surtout l’avis de ceux qu’on pourrait écarter de la table des discussions à cause de leur analphabétisme, mais pour qui on prend les décisions. Que pensent-ils de notre enseignement ? Quels problèmes rencontre notre éducation ?  Ils répondent, en se basant sur leur vécu au Burkina.

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Conombo Issouf,  cultivateur à Loumbila, père de trois enfants

« Contrôler les enseignants dans les zones rurales »

Conombo Issouf Ph : B24

« D’abord, nous n’avons pas les moyens de payer la scolarité de nos enfants. Les frais de scolarité sont trop élevés pour nous. Le gouvernement dit, certes, de mettre les enfants  à l’école. Nous faisons tout notre possible pour le faire. Mais arrivé à un moment, les enfants sont obligés de revenir à la maison parce que nous, parents pauvres, ne peuvent plus assurer leur scolarité. Ensuite, dans les zones rurales, j’ai l’impression qu’il n’y a pas de suivi ou de contrôle sur ce que font les enseignants. Par exemple, il est récurrent de constater que les élèves reviennent trop  souvent à la maison, disant qu’il n’y a pas école, alors que ce sont des jours ouvrables. Il n’y a donc pas de suivi ou de rigueur. Quant aux solutions, nous ne savons que dire. Ce sont les premiers responsables qui peuvent faire quelque chose. Nous les regardons. Qu’ils nous aident. »

Jean Ouédraogo, mécanicien, père d’un enfant

« L’utilité de notre enseignement »

« Il y a un problème, surtout au niveau de l’utilité de notre enseignement. Tu peux avoir un gros diplôme et revenir fabriquer des briques en banco pour vendre et pouvoir gagner ta vie. De sorte que nombreux sont les élèves ou les étudiants qui empilent des diplômes et tournent sans avoir du travail. Ce sont eux qui deviennent des voleurs et quand on les arrête, on se rend compte que ce sont de grands diplômés. Il faut que notre enseignement soit professionnalisant. »

Sawadogo   Hamidou, boutiquier à Ouaga, père de deux enfants

« Il n’y a pas de problème »

« L’enseignement qu’on donne à nos enfants est bien. Mais je propose qu’on le renforce.  Et surtout, qu’il y ait plus d’emploi. Sinon, selon moi, il n’y a pas de problème. Le seul problème, c’est de pouvoir payer la scolarité. »

Sawadogo Hamidou Ph: B24

Nana Edouard, commerçant à Ouaga, père de trois enfants

« Rendre accessible les grandes écoles »

« Il y a trop de problèmes. Les frais de scolarité sont élevés. Les prix des fournitures scolaires sont  impossibles et le pays est de plus en plus pauvre. Sauf que ce sont les plus grands qui mangent entre eux. Ce sont les grands poissons qui mangent les plus petits. Aujourd’hui, pour avoir une bonne instruction, il faut s’inscrire dans une grande école. Pourtant, les grandes écoles sont pour les grandes personnes. Que faire ? Et quand je parle de grandes écoles, je parle des écoles privées.  Il n’y a aucun intérêt dans les écoles publiques. On ne paye pas bien les enseignants du public. Alors, ces derniers ne donnent pas un bon enseignement et préfèrent boire et manger. Moi ce que je propose, qu’on diminue le montant des frais de scolarité pour que les plus pauvres puissent accéder à une bonne instruction. En tout cas, je préviens, si ce sont uniquement les enfants des plus riches qui seront instruits au détriment des plus pauvres, le pays va chauffer un jour ! »

Anonyme, ménagère, mère de trois enfants et de quatre petits-enfants

« Elèves de mauvaise foi… enseignants incompétents… »

« Je pense que notre enseignement a des problèmes. Mais ces problèmes sont dus autant aux élèves qu’aux enseignants. Il y a des élèves qui sont de mauvaise foi,  ne veulent rien faire à l’école et préfèrent déranger les autres. Il y a des élèves aussi qui veulent travailler, mais rencontrent des enseignants incompétents. Et puis, nous demandons aux enseignants de nous aider. Parce que, parfois, nous parents n’y comprenons plus rien. Prenez cette année : à la moindre occasion, on parle de grève. De sorte que l’année peut finir et tu as l’impression que tu as jeté ton argent par la fenêtre. Et on ne sait plus si ce sont les élèves ou les enseignants qu’il faut accuser. Ce que j’ai à proposer, c’est que les plus grands aident les plus petits. »

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Abdou ZOURE

Abdou Zouré, journaliste à Burkina24 de 2011 à 2021. Rédacteur en chef de Burkina24 de 2014 à 2021.

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