100 jours de Roch Kaboré : Un « bilan en deçà des attentes », selon Rasmané Ouédraogo, président de la NAFA

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Burkina 24 s’est entretenu avec  le Président de la Nouvelle alliance du Faso (NAFA), parti politique fondé par le dernier ministre des affaires étrangères de Blaise Compaoré, le général Djibrill Bassolé. Ce dernier est actuellement en détention dans le cadre du coup d’Etat des 16 et 17 septembre 2015. Dans cet entretien, Rasmané Ouédraogo revient sur la situation de Djibrill Bassolé, le choix de son parti de rejoindre l’opposition et d’autres questions d’actualité touchant le pouvoir de Roch Kaboré et la Transition. C’était le 2 avril 2016. 

Burkina 24 (B24) : Avez-vous rendu récemment visite au Général Djibril Bassolé emprisonné à la MACA ? Comment va-t-il ?

Rasmané Ouédraogo (RO) : Oui, depuis son incarcération le mardi 29 septembre 2015. Je lui rends régulièrement des visites et il se porte bien aussi bien physiquement que moralement. C’est quand même un Général de Gendarmerie. C’est un combattant, c’est un vrai lutteur. Et si vous demandez à tous ses visiteurs, ils vous diront qu’ils sont impressionnés par son moral et sa combativité.

B24 : Est-ce qu’il y a quelque part certaines restrictions, des personnes qui sont empêchées de rendre visite à Djibrill Bassolé ?

RO : Non ! Pas à ma connaissance. Vu le nombre de sollicitations, le nombre de visiteurs par semaine a été réduit à 20 personnes à ma connaissance, mais pas d’interdiction.

B24 : Quel est actuellement l’état d’avancement du dossier judiciaire le concernant ?

RO : Vous comprenez aisément que je ne puisse pas répondre à cette question n’étant pas son avocat. Je ne connais rien de l’état d’avancement de son dossier judiciaire en dehors de ce qui est relayé à travers la presse.

B24 : Mais vous êtes le président du parti politique qu’il a créé…

RO : Chez nous à la NAFA, si vous avez observé depuis, nous nous sommes fixés des règles. Nous sommes un parti profondément républicain et nous sommes respectueux des droits et règlements en vigueur dans notre pays. Au nom du principe de séparation des pouvoirs, au nom du respect du secret d’instruction, nous nous sommes abstenus jusque-là de commenter l’aspect judiciaire.

Quand nous parlons, c’est pour dénoncer une immixtion, c’est pour parler du volet politique de l’affaire mais pas de la procédure judiciaire en cours. Même si je suis le président du parti, je m’occupe des questions politiques, pas des questions judiciaires.

B24 : Est-ce à dire que certains militants se sont résignés à voir le général en prison ?

RO : Nos militants ont vécu et vivent sa situation comme une injustice. Non, il n’y a pas de résignation. Du reste, ce mot n’existe pas dans le vocabulaire de la NAFA. L’impression que cela peut donner, c’est que le parti ne s’exprime pas, ne se fait pas entendre, cela obéit à un choix qui n’a rien à voir avec une résignation ou une attitude défaitiste. Rappelez-vous ! Qu’est ce que nous n’avons pas subi depuis notre création ?

Il importe de retenir que dès le lendemain de son arrestation, la NAFA a initié une conférence de presse pour dénoncer l’acharnement politico-judiciaire de la Transition contre sa personne. Cela a d’ailleurs été confirmé par les interventions du Premier ministre Zida Yacouba Isaac et de l’ex-Président du Conseil national de la Transition Sy Cherif dans certains médias. Toute chose qui nous a amenés à faire une autre déclaration de condamnation.

Pour dire que depuis le début de la procédure, la NAFA n’a cessé de dénoncer l’immixtion des autorités de la Transition dans le dossier Bassolé ce, en contradiction de la règle de séparation des pouvoirs et du respect du secret de l’instruction. Mais malgré tout, nous accordons toute notre confiance à la justice qui avec le retour d’un régime politique normal a besoin de toute sa sérénité pour travailler.

Enfin, je ne suis pas sûr que l’agitation soit productive dans le contexte actuel malgré la nature et  le caractère hautement politique du dossier.

« La NAFA ne se résume pas à Djibrill Bassolé, je suis désolé, ni à moi, c’est un ensemble »

B24 : La NAFA a fait le choix de rejoindre l’opposition via le CFOP. Qu’est ce qui a motivé ce choix quand on sait que vous y retrouvez des partis comme l’UPC, l’une des figures de proue qui a fait chuter le régime Compaoré ?

RO : Vous risquez d’avoir des problèmes avec le MPP parce que j’ai suivi, comme vous, certaines déclarations tendant à attribuer à ce parti la paternité ou le leadership du départ de Blaise Compaoré. Donc, si je suis votre raisonnement, l’UPC et le MPP ayant été les figures de proue de la chute du régime Compaoré, il ne nous reste plus de choix en matière de positionnement politique sauf à être des non-alignés.

Et puis, je ne comprends pas le parallèle que vous faites entre le choix politique de la NAFA et la contribution de l’UPC à la chute du régime Compaoré. Dois-je rappeler que la NAFA n’a jamais été de l’ex-majorité ? La NAFA a été créée le 31 janvier 2015 donc après la chute du régime Compaoré et compte dans ses structures des ex-militants issus des partis comme l’UPC, l’UNIR/PS, l’ADF/RDA, le CDP et même du MPP. 

B24 : Parlant du parallèle, le fondateur de votre parti était de l’ex-majorité et ministre des Affaires étrangères sous Blaise Compaoré…

RO : Oui, mais un parti ce n’est pas un individu. La NAFA ne se résume pas à Djibrill Bassolé, je suis désolé, ni à moi, c’est un ensemble. Ceci dit, la NAFA est à l’opposition pour plusieurs raisons : premièrement, à l’issue des élections du 29 novembre 2015, nous avons mis en place une commission de réflexion qui a suggéré à l’unanimité que le parti se range du côté de l’opposition.  Deuxièmement, nous avons été approchés par Zéphirin Diabré le président de l’UPC, je n’ai rien à vous cacher, pour mettre en place une plateforme de collaboration dans le cadre de l’opposition.  

Par ailleurs, j’estime que dans une démocratie digne de ce nom, en face de la majorité, il faut une opposition crédible, responsable et proactive.

B24 : Des acteurs de la Transition sont cités dans des affaires de deals de parcelles, notamment le Premier ministre Isaac Zida. Quelle lecture la NAFA en fait  ?

RO : Effectivement, depuis un certain temps, on apprend à travers les médias que des acteurs majeurs de la Transition sont cités dans des affaires. Pour nous, tant que leur culpabilité n’est pas établie, ils demeurent des présumés innocents.

Surtout que ces acteurs nous ont laissé croire qu’ils étaient des modèles achevés en matière de vertu, d’intégrité  et de patriotisme. Nous n’avons pas de doute sur eux. Nous souhaitons que toutes les diligences soient développées rapidement, conformément aux lois et procédures en vigueur,  pour leur permettre de se laver de tout soupçon.

Nous ne sommes pas dans l’acharnement, la vengeance ou la revanche. Ce que nous ne voulons pas qu’on nous fasse, nous ne voulons pas le faire à autrui.

« Rappelez-vous d’un certain Kafando Michel qui avait déclaré depuis Paris que Monsieur Roch Marc Christian Kaboré n’était pas concerné par la loi d’exclusion »

B24 : Le contrôleur général dd’Etat, Luc Marius Ibriga dans un média de la place le jeudi  dernier, a affirmé ceci : « l’ancien chef d’état et Premier ministre du Burkina Faso le général de division Yacouba Isaac Zida ne peut pas être mis en accusation ». Que vous inspire cette sortie ?

RO : Je n’ai pas entendu personnellement,  Monsieur Luc Ibriga, donc je ne sais pas dans quel contexte il a fait cette déclaration. Monsieur Zida ne peut pas être mis en accusation parce qu’il est un ancien Chef d’Etat et un ancien Premier ministre ou parce que les accusations portées contre lui ne sont pas fondées ? Je crois savoir que Blaise Compaoré qui a fait 27 ans en tant que Président du Faso a été mis en accusation et dans quelles conditions ?

A-t-il parlé en tant Contrôleur général ou en tant que soutien de Zida ? Nous sommes habitués à ces genres de déclarations et c’est inquiétant dans un Etat de droit et démocratique. Rappelez-vous d’un certain Kafando Michel qui avait déclaré depuis Paris que Monsieur Roch Marc Christian Kaboré n’était pas concerné par la loi d’exclusion. Et c’est ce qui s’est avéré.

Soit Monsieur Ibriga nous donne déjà les conclusions de son rapport de contrôle qui blanchit Monsieur Zida, soit il a lui aussi décidé comme l’avait fait Monsieur Kafando, en lieu et place de la justice, des lois et règlements du Burkina Faso, que Monsieur Zida n’était pas justiciable comme les autres Burkinabè. Une fois de plus, je ne fais  qu’émettre des hypothèses.

B24 : Roch kaboré va passer le cap de ses 100 jours à la tête du pays. Quels commentaires faites-vous sur sa gouvernance ?

RO : C’est vrai que pour un pays comme le Burkina Faso, qui sort d’une Transition chaotique de surcroît, 100 jours sont nettement insuffisants pour porter un jugement exhaustif et objectif.  Mais, je constate comme tous les Burkinabè que la formation du Gouvernement a mis du temps. Une situation aggravée par les attaques terroristes du 15 janvier 2016.

Vous constaterez d’ailleurs que le programme quinquennal est toujours en cours d’élaboration. En somme, pour le moment ce sont les mesures prises lors du Conseil de ministres du 2 mars 2016, l’installation du Haut conseil de la réconciliation et de l’unité nationale (HCRUN) et la constituante annoncée qui semblent être les éléments de bilan des 100 premiers jours. 


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Pour moi, les hésitations ou ce que certains appellent immobilisme actuel du Gouvernement peut s’expliquer entre autres, je ne suis pas l’avocat du diable, par un problème de méthode, des tensions de trésorerie, la composition actuelle du Gouvernement et l’existence de plusieurs centres de décisions. Je pense qu’il y a une méthode empreinte de prudence et de rigueur, de la part du Président et de son PM,  qui s’accommode mal avec les actions d’éclats auxquelles les Burkinabè sont habitués.

Bref ! On peut parler de bilan en deçà des attentes des Burkinabè surtout que Salif Diallo avait annoncé, si ma mémoire est bonne, lors de ses tournées de précampagne dans le grand Ouest, que le MPP au pouvoir, il donne 100 jours aux jeunes pour qu’on ne parle plus de chômage au Burkina Faso.

B24 : Que pensez-vous particulièrement de la gestion des dossiers judiciaires, notamment Norbert Zongo, Thomas Sankara, des ministres de Blaise Compaoré toujours incarcérés etc. ?

RO : Une fois de plus, je m’interdis de commenter ou d’apprécier la conduite ou les décisions de justice. J’ai l’habitude dire qu’avant tout était prioritaire, maintenant tout est urgent à commencer par la soif de la justice. Le domaine de la justice est un domaine très sensible et complexe en soit.

En plus, la transition a laissé un passif judiciaire et diplomatique très lourd et très délicat. Maintenant avec la reforme du Conseil supérieur de la magistrature, je me demande si on peut parler de « gestion des dossiers judiciaires par le pouvoir ».

On ne peut que souhaiter que ces dossiers connaissent un aboutissement dans un cadre équitable, dépourvu de tout esprit de vengeance ou de revanche et que le droit, rien que le droit, soit dit.

Interview réalisée par Ignace Ismaël NABOLE

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