Bassinko-village : « On se sent étranger dans notre propre pays »

Il y a Bassinko-cité et il y a Bassinko-village, l’oublié. A côté de Bassinko-village, il y a le quartier Nonghin. Et entre ces deux derniers quartiers, un long canal rongé par le ruissellement continu de l’eau. Las d’attendre un geste du Gouvernement ou des élus locaux, il y a de cela trois ans, les habitants des quartiers de Bassinko-village et de Nonghin ont mobilisé plus de 2 millions de F CFA pour relier ces deux quartiers par une passerelle. Avec les premières pluies de 2016, le pont menace de céder. La même volonté qui les anime toujours a conduit les mêmes habitants sur le chantier de sa réparation le dimanche 29 mai 2016.

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  • « Nous sommes totalement cloués pendant quatre mois. Les hommes ne peuvent pas aller au service. Le jour qu’il pleut, il faut que ce soit un dimanche. Sinon si c’est un jour ouvrable, les hommes sont là. Nous souffrons (…). Moi je ne voulais même pas voter parce qu’on n’a pas de route. Sans route, je vais voter pour qui ? Mais finalement, je suis allée accomplir mon devoir de citoyen», Fatoumata Dicko, habitante de Bassinko-village.
  • « Si ta femme est enceinte en ces temps-là, ou même si ton enfant a un palu, on ne peut pas, on ne souhaite même pas à Dieu que cela arrive, on ne peut pas passer parce qu’on n’a pas de voirie (…) », Issa Barro, professeur de Mathématiques et habitant de Nonghin.
  • « Je voulais aller en ville pour des besoins. J’ai vu qu’on ne peut pas passer. Si c’était un cas de maladie comme ça, comment j’allais faire ? S’ils (les responsables locaux, ndlr) pouvaient faire quelque chose pour qu’on puisse ressembler aux autres… on dit qu’on est chez nous, mais c’est toujours souffrance seulement », Mme Andréa Boiro, habitante de Bassinko-village.
  • « Quand il pleut, tu es obligé d’appeler au service t’excuser parce que tu n’as pas de passage pour aller travailler. Ça c’est l’Etat même qui perd. Quand on est en ville et quand il pleut, il faut attendre encore que l’eau passe, jusqu’à 22h-23h pour pouvoir rejoindre ta famille (…). Sincèrement, on ne se sent même pas à Ouaga. On se sent étranger dans notre propre pays. Que l’Etat vienne nous aider pour qu’on puisse se sentir Burkinabè comme les autres », Addoul Dramane Siénou, habitant de Bassinko-village.  

Bassinko-village souffre. Tels sont les témoignages des habitants des quartiers de Nonghin et de Bassinko-village. Ces deux quartiers sont situés dans l’arrondissement N°8 de la ville de Ouagadougou. Loin du confort de Bassinko-cité, Bassinko-village souffre. Pour la petite histoire, Addoul Dramane Siénou, dit ne pas comprendre pourquoi « dans les cités, l’on parle de Bassinko. On est surpris qu’on appelle l’autre quartier Bassinko aussi. Sinon le vrai Bassinko, c’est Bassinko-village et ici on a un chef de village et des autochtones », informe-t-il.


Vidéo – Addoul Dramane Siénou revient sur la naissance du pont de Bassinko

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Mais au-delà des soucis de voirie, le sort semble s’acharner sur Bassinko-village qui se retrouve presque dans le noir, sans approvisionnement en eau potable. Si ces deux problèmes semblent prendre le dessus sur la volonté des habitants des deux secteurs, ces derniers ont néanmoins décidé de se désenclaver sans attendre la main du Gouvernement ni des élus locaux.

Ainsi, il y a de cela trois ans, par cotisation, ils ont pu réunir une forte somme pour bâtir un pont afin de relier les quartiers de Bassinko-village et de Nonghin.  

La voie rouge de Bissighin. « On attendait beaucoup du gouvernement. Malheureusement, rien ne se précisait. Les habitants étaient obligés de s’organiser pour pouvoir trouver une voie d’accès à l’autre côté, c’est-à-dire Nonghin à côté de Rimkièta. Parce que si vous voulez rentrer à Bassinko-village, soit vous traversez les non-lotis de Bissighin ou bien vous partez contourner carrément » pour passer par Rimkièta, explique Addoul Dramane Siénou. Or, pour qui connaît bien la voie rouge de Bissighin, elle est impraticable en saison pluvieuse.  

La récolte des fonds pour le chantier s’est passée en deux étapes comme le raconte toujours Addoul Dramane Siénou : « La première fois, ce n’était pas suffisant. A la deuxième et avec quelques bonnes volontés, nous avons fait ce que vous voyez dernière », explique-t-il en montrant du bout de son indexe, le pont.

Le budget qui a aidé à l’édification du pont, Addoul Dramne Siénou, l’évalue à 2 millions de F CFA. Mais, ajoute-t-il, « beaucoup de personnes sont venues avec des agrégats ou du ciment. Donc on ne peut pas donner une somme exacte ».


Vidéo – A Bassinko, « on souffre ! »

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Malheureusement, avec les premières pluies de 2016, l’eau semble vouloir annihiler les efforts de ces citoyens. Vu que les buses ne sont pas assez grandes, la pression entraîne l’eau qui quitter sa voie habituelle pour contourner le pont. Cela risque de l’emporter entièrement. Le dimanche 29 mai 2016, les habitants des deux quartiers, une vingtaine d’hommes, sont sortis pour des réparations, une sorte d’opération « sauver le pont de Bassinko ».

Un canal de 2 km. L’essentiel des travaux a consisté à la création d’un cassis à l’entrée du pont, côté Bassinko-village, et fortifier la passerelle en attendant plus de moyens. La perspective des habitants est de construire un canal de 2 km, avec le pont au milieu pour consolider sa viabilité et empêcher l’eau de ronger celui-ci.

A la question de savoir si les candidats aux municipales ont été informés de la situation que vivent les habitants des deux quartiers, sans attendre notre micro, un des travailleurs, mélangeant le ciment et le sable, lance ceci : « ils sont tous dans le quartier ici. Ils connaissent bien le problème. Le candidat tête de liste du MPP, il était du CDP, il connait bien le problème », soupire-t-il.  

Les habitants disent avoir longuement entretenu les différents candidats sur la nécessité de désenclavement de Bassinko-village. Tout en demandant de l’aide aux bonnes volontés pour la consolidation du pont, les habitants des quartiers de Bassinko-village, l’oublié, et de Nonghin interpellent aussi le Gouvernement sur leur sort.

Ignace Ismaël NABOLE

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Ignace Ismaël NABOLE

Journaliste reporter d'images (JRI).

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