Affaire tablettes: «Nos gouvernants ne sont pas à la hauteur des attentes du peuple»

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Dans cette déclaration, le Balai Citoyen réagit sur l’affaire des tablettes.

Depuis quelques semaines, une affaire dite de « tablettes » tient l’opinion publique en haleine au Burkina Faso. En effet, le 13 novembre dernier, le président de l’Assemblée nationale, Salif Diallo, a reçu des mains de la ministre de l’Economie numérique et des postes, Aminata Sana/Congo, un lot de 130 tablettes numériques au profit des 127 députés, a-t-on appris d’un communiqué publié sur le site de l’Hémicycle. La même source indique que ces tablettes ont été acquises grâce à un partenariat du gouvernement avec Huawei Technologies, une société chinoise qui est attributaire d’un marché de « construction d’une liaison sur fibre optique entre Ouagadougou et Pô jusqu’à la frontière du Ghana + bretelle Bagré Pôle dans le cadre du projet régional d’infrastructures de communication de l’Afrique de l’Ouest (PRICAO-BF) ». Le coût total du marché s’élève à 4 776 538 676,25 francs CFA TTC (Cf. Compte rendu du Conseil des ministres du 22 juin 2016).

L’annonce de ce don a soulevé une vague d’indignation au sein de l’opinion publique. Les Burkinabè s’interrogent sur les intentions cachées et les conséquences de ce geste, surtout que la société n’a pas fini ses travaux et espère également avoir d’autres marchés au Burkina Faso. Face à cette saine colère des citoyens, les représentants du peuple n’ont malheureusement pas eu une attitude respectueuse et responsable. Les uns ont tenté de minimiser le don, sinon de le justifier et d’autres ont affiché un dédain, un mépris et une arrogance inqualifiables envers les Burkinabè.

Même si le parlement a annoncé son intention de restituer les tablettes, le Balai Citoyen tient à rappeler que ce qui est en cause ici, c’est la qualité de la gouvernance au sommet de l’Etat. En effet, d’une part, le gouvernement ne donne pas un bon exemple en acceptant des « cadeaux » de la part d’un contractant privé en cours d’exécution de son contrat. D’autre part, l’Assemblée nationale manque à son devoir de contrôle de l’action gouvernementale en acceptant de se faire cadeauter par un contractant privé par l’entremise du Gouvernement.

En se comportant ainsi, l’Assemblée nationale se disqualifie d’office pour un éventuel contrôle portant sur cette attitude gouvernementale.

Les explications du Président de l’Assemblée Nationale sur la question en rajoute à l’inquiétude des Burkinabè. « Nous avons reçu des tablettes du ministère de l’Economie numérique et non d’une société … La ministre (du développement de l’économie numérique et des postes) est venue à l’Assemblée, nous l’avons reçue dans la salle d’audience, elle dit qu’elle a eu à donner des tablettes aux étudiants, elle en a donné à d’autres institutions. Nous l’avons remerciée, on n’a même pas lu quelle marque était écrite sur les cartons. Et nous avons pris les tablettes et nous avons distribué aux députés. Nous, on s’en fout d’où ça vient. C’est le ministère de l’économie numérique qui nous a remis les tablettes, j’ai même encore la lettre, qu’on nous a écrite pour donner les tablettes. Point barre. Voilà !».

D’abord, parce que bien évidemment, ce n’est pas vrai, car les Burkinabè ont tous vu sur les médias que l’Assemblée nationale connaissait bel et bien l’origine des tablettes. Ensuite, la représentation nationale, chargée de contrôler l’action gouvernementale, considère curieusement que ce qui vient du gouvernement est d’office maculé du sceau de la sainteté. Cela est assez illustratif d’une mauvaise gouvernance au sommet de l’Etat.

Le Balai citoyen observe que cette énième affaire démontre que nos gouvernants, dans le sens large du terme (la classe politique), ne sont pas à la hauteur des attentes du peuple qui s’est saigné pour les hisser à leurs responsabilités actuelles. En tout état de cause, il ne faut pas s’y méprendre. La veille citoyenne est en marche. Elle est une boussole gratuite pour les dirigeants lucides et responsables. La même lucidité et la même responsabilité qui avaient fait dire au Président de l’Assemblée nationale que « Nous devons nous coller aux intérêts du peuple. Si notre Assemblée commet des dérives, nous connaitrons un sort pire que ceux de nos devanciers »

Par conséquent, le Balai Citoyen exige :
– la restitution de toutes les tablettes, y compris celles remises aux membres du gouvernement
-l’ouverture d’une enquête pour situer les conditions d’acquisition du marché de la fibre optique à la société HUAWEI
– l’ouverture d’une enquête par l’ASCE / LC sur cette affaire de dons fait aux ministres et aux députés.

Enfin, le Balai Citoyen appelle les citoyens et les organisations de la société civile à renforcer davantage la veille citoyenne pour l’avènement d’une gouvernance vertueuse au service du peuple.

La coordination nationale

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