Macron au Burkina : « Cela nous permettra de nous conforter ou pas sur sa vision » (Kaboré)

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Depuis Kossyam, le palais présidentiel et face aux envoyés spéciaux de TV5 Monde, RFI et Le Monde, le Président du Faso a livré ses premières impressions sur la politique extérieure de la France orientée Afrique. Des impressions qui lui font croire qu’« une page se tourne » entre les anciennes colonies et l’ancienne métropole.  L’actualité bien fournie entre le Burkina et la France comprend l’exécution du mandat d’arrêt international à l’encontre de François Compaoré, « une grande victoire » et l’annonce de la venue à Ouagadougou du Président français fin novembre. Roch Kaboré s’est aussi appesanti sur la situation de l’ex-président aujourd’hui en exil en Côte d’Ivoire pays, dont il a pris la nationalité. Un choix qu’il juge ne pas être « vraiment à son honneur ». Lui qui a dirigé le Burkina Faso pendant 27 ans et qui cherche ainsi à  « se soustraire à la justice de son pays ».

« Une page se tourne » entre la France et les anciennes colonies africaines. C’est l’impression qu’a eu le président burkinabè de la politique que veut mener le président Macron.

Et aujourd’hui, avance Roch Kaboré, des rapports d’égalité, d’intérêts réciproques, de respect mutuel doivent prendre place entre la France, ses dirigeants et les chefs d’Etats des anciennes colonies.

Roch Kaboré et Emmanuel Macron au sommet extraordinaire du G5 Sahel, le 2 juillet 2017 à Bamako au Mali – Présidence du Faso

Le président du Faso attend de recevoir son homologue français lors de sa visite en terre burkinabè pour mieux apprécier sa vision de l’Afrique et de sa jeunesse. « Cela nous permettra de nous conforter ou pas sur sa vision », a placé Roch Kaboré.

Venir s’adresser ici au Burkina Faso aux Africains dans leur ensemble, comme l’a fait Nicolas Sarkozy au Sénégal, n’est-ce pas là une sorte de continuité ? « Non », estime Roch Kaboré qui ajoute que dans ce cas-ci, ce n’est pas un discours France-Afrique en raison de l’auditoire d’Emmanuel Macron.

En effet, il est prévu, que le président français tienne un discours face aux jeunes Burkinabè à l’Université Joseph Ki-Zerbo.

Un choix qu’apprécie positivement le président burkinabè.

« C’est un panel qui concerne la jeunesse burkinabè dans son ensemble. Universitaire et non universitaire. Et c’est la possibilité pour ces jeunes de pouvoir poser quelques questions pour mieux comprendre également ce que la France attend apporter comme renouveau dans ses relations avec l’Afrique ».

Ce choix constitue à ses yeux aux « quelques points de rupture que les gens attendent ».

Et son « premier sentiment, c’est que le président Macron est engagé à ce qu’il puisse y avoir une sorte de rupture dans les relations classiques qui existent entre l’Afrique et la France ».

Une rupture à travers la mise en place d’un Conseil présidentiel pour l’Afrique

Roch Kaboré préfère ne pas devancer l’iguane dans l’eau. Il attend que cet organe nouvellement mis en place et composé de «compétences (chercheurs, chefs d’entreprises) » par Emmanuel Macron fasse ses preuves. Pour avoir déjà rencontré certains membres, confie-t-il, ces derniers estiment ne pas savoir à quoi ils doivent leur sélection.

Pour sûr, commente Roch Kaboré, « il est clair pour eux que si la vision n’est pas conforme à une nouvelle conception des rapports, si c’est pour mener le même train-train, il sera appelé à démissionner de cette structure ».

Exécution du mandat d’arrêt contre François Compaoré

 L’actualité des semaines écoulées, c’est aussi l’arrestation puis la remise sous liberté conditionnelle de François Compaoré dans le cadre du dossier sur l’assassinat du journaliste Norbert Zongo et trois de ses compagnons de route en décembre 1998. Certes, il peut « difficilement peser sur le dossier puisque c’est une question de justice », mais pour le président Kaboré, « c’est déjà une grande victoire que le mandat d’arrêt ait connu son exécution sur le sol français ». En effet, François Compaoré a été relâché sous conditions dont l’impossibilité de quitter le territoire français.

Pour obtenir son extradition, la justice burkinabè a procédé au renvoi dès le lendemain la demande d’extradition qui a été porté au ministère des affaires étrangères. S’engage ainsi, « une longue procédure va s’engager maintenant entre l’Etat burkinabè et François Compaoré et ses avocats ».

La fin du feuilleton judiciaire dépendra de l’appréciation que fera la justice française de l’existence de la peine de mort dans le système judiciaire burkinabè.

Commentant la disposition, Roch Kaboré relève que depuis « plus d’une vingtaine d’années, personne n’a été exécuté de suite d’un jugement ». En plus, développe-t-il, le Burkina est signataire du moratoire sur la peine de mort et « la peine de mort, même si elle est dans nos textes, n’est pas appliquée ».

Toujours selon  lui, des « progressions » sont à noter dans le cadre des travaux de la nouvelle commission constitutionnelle. En somme, conclut-il, « ça ne devrait pas être un grand obstacle ».

Pour surmonter l’obstacle existant, afin que la justice burkinabè puisse procéder au jugement, a-t-il indiqué, l’Etat travaille à voir comment ses avocats pourront défendre la cause en conformité avec « le souhait (qui) est que en fin de fin, le tribunal puisse extrader François Compaoré au Burkina Faso pour qu’il vienne répondre de ce qui lui est reproché ».

Rentrera, rentrera pas ? 

Fin septembre, lors des deuxièmes journées parlementaires du CDP à Ziniaré, le président du groupe parlementaire Alfred Sanou avait émis le souhait « que Blaise Compaoré puisse rejoindre sa patrie afin de mettre son expérience à la disposition de son Faso natal ». S’exprimant sur la situation d’exil de l’ancien président, le chef de l’Etat a déclaré que le « code d’honneur que doit avoir chaque responsable de ce pays », c’est de ne pas user de manœuvres pour éviter de répondre des actes à lui reprochés devant la justice.  Gage de bonne foi de sa part ? Lui qui a été ministre des finances, Premier ministre, président de la l’assemblée nationale sous l’ère Compaoré. « Si j’ai des casseroles quelque part, je répondrai également devant la justice », a-t-il déclaré.

Et « pour un président qui après avoir géré pendant 27 ans un pays, change de nationalité pour se soustraire à la justice de son pays, ce n’est vraiment pas à son honneur », a commenté Roch Kaboré. Externalisant la problématique, le président burkinabè juge que « tout chef d’Etat qui est appelé devant la justice doit  répondre ».

En attendant la date annoncée (mi-décembre) pour son retour par certains proches, Roch Kaboré invite Blaise Compaoré à mettre fin à son exil pour se présenter à la justice comme l’a fait le dernier Premier ministre de son règne. « Lorsqu’on nous dit Blaise Compaoré va rentrer. Il va rentrer. Il peut rentrer. Il vient se présenter à la justice comme certains, notamment le Premier ministre Luc Adolphe Tiao pour se soumettre à la Haute cour de justice », a-t-il dit.

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