«Ne m’appelez pas madame ! »

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Classé cinquième pays dans le monde à pratiquer le mariage des enfants, le Burkina Faso s’active pour y mettre un terme. L’exécutif peut compter sur le Fonds des Nations-unies pour l’enfance (UNICEF) avec qui la campagne « ne m’appelez pas madame » est menée.

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Les statistiques sont parlantes. 8,9% des femmes âgées de 20-24 ans ont été mariées avant l’âge de 15 ans et plus de la moitié (51,3%) avant l’âge de 18 ans. Les deux régions les plus touchées par le mariage d’enfants sont celles du Sahel (87,1%) et de l’Est (67,3%). Ce qui fait passer le phénomène pour « un problème social grave au Burkina Faso ».

« Me laisser vivre ma vie d’enfant »

Avec l’excision, « le mariage d’enfants fait partie de ces pratiques traditionnelles qui ne peuvent de nos jours s’accommoder ni avec les principes des droits de l’Homme ni avec les principes d’un développement durable et harmonieux de nos sociétés » dénonce l’épouse du chef de l’Etat.

Avec une femme sur dix mariée avant l’âge de 15 ans et une sur deux avant 18 ans, déduit Sika Kaboré, cela signifie que beaucoup de filles sont non scolarisées ou déscolarisées à cause de cette pratique. D’où son choix de s’engager personnellement avec les membres du Groupe d’action et de lobbying et de plaidoyer (GALOP) pour l’élimination du mariage d’enfants.

Et Sika Kaboré de s’approprier le message : « Ne m’appelez pas madame pour dire simplement que je suis encore une enfant et qu’on n’a pas le droit de me marier. Il faut me laisser vivre ma vie d’enfant et quand j’aurai dix-huit ans passés et que je me serai choisi le garçon avec lequel je veux passer ma vie, à ce moment-là, je me marierai et on pourra m’appeler madame », milite la première dame.

Rosalie Yao/Traoré est chargée de mission au ministère de la promotion de la femme et de la famille. Parce que le mariage d’enfants est « grave et inacceptable » dit-elle, il y a urgence à agir pour donner à chaque fille un avenir radieux en la laissant devenir utile à elle-même, à sa famille, à sa communauté et à son pays. « La route est longue. Elle est longue parce qu’il s’agit de construire des normes sociales. Mais nous y arriverons parce que ces enfants ne sont ni des victimes consentantes ni des complices volontaires de leur sort mais des victimes tout court que nous avons le devoir de sauver et de protéger ».

Neimatou, 18 ans, est étudiante en première année en marketing et gestion. Elle s’est constituée volontaire pour l’organisation de la cérémonie de lancement de la campagne « ne m’appelez pas madame » qui, selon elle, est « une grande opportunité pour faire connaitre aux parents la nécessité de laisser les enfants continuer leurs études et de ne pas les forcer à se marier ».

Cela évitera selon elle que d’autres élèves se retrouvent « par contrainte, dues au mariage précoce, obligées de laisser tomber leurs études » en endossant à partir de 14, 15 ans le statut de « femmes malgré elles ». Toute chose qui  entraine beaucoup de conséquences au nombre desquelles les grossesses indésirées. Ou pire, craint-elle. « Cela va emmener l’enfant à la prostitution. Pourquoi ? Vu qu’elle n’est pas intéressée, cela peut l’emmener à quitter la famille. Ce n’est pas du tout intéressant ».

« Plus de 830 filles retirées des griffes du mariage d’enfants »

Face à la gravité de la situation, le ministère de l’éducation nationale a mis en place des clubs Deenkan réunissant des jeunes filles qui ont échappé au mariage précoce grâce à la dénonciation de leurs camarades de classe. Pour les aider à poursuivre leur cursus, le ministère appuie l’éducation des filles par la mise en place de mesures incitatives pour les filles (inscription, frais de scolarité, kits scolaires, vélos, centre d’hébergement pour filles). « En 2017-2018, ces actions ont permis de pouvoir retirer des griffes du mariage forcé d’enfants plus de 830 filles », capitalise le ministre Stanislas Ouaro.

Aujourd’hui, représentante résidente adjointe de l’UNICEF au Burkina Faso, Rinko Kinioshita se rappelle comme si c’était hier le message « l’éducation d’abord » de sa maman. De là est né son choix d’œuvrer à travers son travail à mettre un terme à cette « pratique néfaste qui affecte vraiment la vie, le développement, la santé et l’épanouissement des filles et adolescentes » qui au finish n’arrivent plus à compléter leur éducation et contribuer au développement économique et social de leur pays.

Le lancement de la campagne a été marqué par des prestations artistiques dont celles des enfants et adolescentes. Irène Tassembédo, artiste chorégraphe a été, elle, désignée championne des jeunes filles contre le mariage d’enfants, qui pour elle relève d’une « atrocité ». « C’est vrai, dira-t-elle après quelques pas de danse, que je m’amuse mais le sujet est très grave. C’est notre responsabilité (parents, gouvernement) qui est engagée. Il faut arrêter ce fléau. Ce n’est pas normal que des enfants de 12 ans soient données en mariage. »

Avant elle, Malika la Slameuse était sur scène. Elle y prestera avec à ses côtés des enfants jouant aux épouses (déjà enceintes, lessive etc.). « Ils m’ont arrachée à ma jeunesse. Ne m’appelez pas madame », rejette, catégorique, l’une d’elles que l’artiste appellera madame.

« L’Etat a pris les dispositions. En 2015, une loi contre le mariage des enfants a même été adoptée. Non ? », interroge-t-elle. « Ah ça, soupire cette enfant aux allures d’une femme enceinte ! Nous aussi on a vu ça. Nous nous étions même réjouis beaucoup. Mais, très vite, l’espoir s’est dissipé. Ils ont accepté la cola d’un vieil homme (en dioula). Donc ne m’appelez pas madame » et les autres files de reprendre en chœur : « Oui elle a raison. Ne m’appelez pas madame ! »

Oui Koueta

Burkina24

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