Orpaillage à Poura : « Ma commune va très mal » (Seydou Traoré)

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A la suite de la fermeture de la Société de recherche et d’exploitation minière du Burkina (SOREMIB) en 1999 dans la commune de Poura, Boucle du Mouhoun, la population s’adonne à l’activité de l’orpaillage en plein centre-ville. Cette activité n’est pas sans conséquence sur la vie de la population.  Constat !


Embarqué dans une compagnie de transport en commun, fin juin 2021 à 6h30 à Ouagadougou, c’est autour de 8h45 que nous regagnons Poura-carrefour. Le reste du trajet se poursuit à l’aide d’un mini bus, faisant le trafic entre le carrefour et le centre-ville de Poura. Il faut débourser la coquette somme de 1000 FCFA pour une distance d’une vingtaine de kilomètres. Après plus d’une heure d’attente, c’est dans un mini bus de 18 places transportant 28 passagers que nous regagnons enfin la ville de Poura.

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Poura est une commune rurale située à environ 155 km de la région de la Boucle du Mouhoun et 50 Km du chef-lieu de province qui est Boromo. Les 19 000 habitants pratiquent, entre autres, des activités de l’orpaillage, l’élevage et l’agriculture.

« Accès interdit », pourtant des femmes y pratiquent des activités d’orpaillage…

Une fois dans la ville, ce sont des sacs remplis de terre et des machines à l’image des moulins que nous constatons dans les concessions. L’orpaillage est pratiqué en plein cœur de la ville. Les concessions sont transformées pour concasser les pierres et le raffinement afin d’extraire la pierre précieuse. 

Dans l’optique de bien comprendre le phénomène, nous mettons le cap sur les ruines de la Société de Recherche d’Exploitation Minière du Burkina (SOREMIB). Une plaque indique « Accès interdit » pourtant des femmes y pratiquent des activités d’orpaillage dans cette même zone.

Egalement, non loin de l’ex mine de Poura, se trouve un gigantesque trou. La scène rappelle le passage d’un… tremblement de terre. Notre guide nous informe que ce sont les débris laissés par l’ex-mine. Un trou dans lequel des orpailleurs essaient de trouver leur pitance quotidienne en recherchant le métal précieux. 

Une plaque indique « Accès interdit », et pourtant…

A noter que l’ex-mine est gardée par des agents de la police nationale. Plus loin, l’on constate un bac à cyanure. Malgré que l’espace soit gardé, nous tentons de nous approcher de plus près. Ledit bac à cyanure contient des produits chimiques que l’ancienne mine utilisait.

Ces produits chimiques sont exposés à ciel ouvert. Avec l’eau de ruissellement, ils peuvent se retrouver dans les champs des agriculteurs ou vers le fleuve Mouhoun. Notre guide nous fait savoir que ces produits sont utilisés frauduleusement par les orpailleurs dans la ville. 

Pour comprendre l’impact de ces produits sur la population et l’environnement, nous rencontrons le premier responsable des eaux et forêts de la localité. Le lieutenant des eaux et forêts, Pedwindé Basile Kaboré, chef de service départemental de l’environnement, de l’économie verte et du changement climatique de Poura, puisque c’est de lui qu’il s’agit, n’hésite pas à nous recevoir.

La pratique des activités dans les concessions est interdite par l’article 86 du code de l’environnement

Il fait savoir que le bac à cyanure est logé sur une superficie d’environ un quart d’hectare. L’air triste, il révèle que le bac contient des résidus de minerais mélangés au cyanure, nocifs pour l’environnement et les êtres vivants. Il soutient qu’en effet, l’utilisation des produits chimiques pollue le sous-sol et l’air dans la ville de Poura.

Pedwindé Basile Kaboré souligne, les yeux embués, que la pratique des activités dans les concessions est pourtant interdite par l’article 86 du code de l’environnement. En plus de la nuisance sonore causée par les multiples machines il y a également de la poussière qui y est dégagée. 

Pedwindé Basile Kaboré,Le lieutenant des eaux et forêts,
Pedwindé Basile Kaboré, le lieutenant des eaux et forêts

Pour y remédier, le lieutenant des eaux et forêts relève qu’avec le concours de la mairie, une alternative a été trouvée. Il s’agit de la limitation des heures de démarrage des machines dans la ville. De 6h à 20h, les orpailleurs sont autorisés à utiliser leur machines en attendant une délocalisation des activités de l’orpaillage. 

Dans notre tournée dans la ville de Poura, nous rencontrons Pascal Dofini, un orpailleur. Tout poussiéreux sur sa grosse moto, il confie que la mesure communale de délocaliser les activités de l’orpaillage ne fait pas l’affaire des chercheurs d’or. Cependant, l’homme affirme que c’est la seule activité qu’il mène afin de subvenir aux besoins de sa famille.

Le maire a demandé d’arrêter les travaux avec les grands broyeurs dans la ville en attendant une délocalisation

Dofini précise que les prélèvements se font en brousse et les traitements des minerais, dans les concessions. « Le maire a demandé d’arrêter les travaux avec les grands broyeurs dans la ville en attendant une délocalisation. Ces machines sont efficaces et pratiques dans l’écrasement des minerais. C’est vrai que ces machines font du bruit et dégage plus de poussière. Mais, nous allons accepter la délocalisation même si c’est embêtant », dit-il.

Bac à cyanure de l'ex mine SOREMIB
Bac à cyanure de l’ex mine SOREMIB

Plus loin, nous rencontrons Hervé Sakana, orpailleur également. Dans sa voiture toute neuve non encore immatriculée, il nous souffle qu’il évolue dans le traitement du cyanure depuis plus d’une dizaine d’années. 

Concernant la mesure du conseil municipal, il ne passe pas par quatre chemins pour dire que cette délibération ne l’arrange pas également. « si c’est pour organiser le désordre et en plus il s’agit de santé, je suis d’accord. De toute façon les minerais viennent de la brousse donc il n’y a pas de souci que les machines rejoignent la brousse », marmonne-t-il.

Avant de regagner Ouagadougou et dans le souci de mieux comprendre l’ampleur de la pratique de l’orpaillage dans la ville de Poura, nous échangeons avec le président du conseil municipal, Seydou Traoré. Concernant l’apport de l’orpaillage sur le budget communal, ce premier responsable répond vite par la négative.

Dans la course effrénée au métal jaune, les orpailleurs sont en train de tuer à petit feu la ville

Mais, pour lui, c’est l’impact sur la santé de la population qui le préoccupe plus. Il informe, d’ailleurs, avoir entrepris des sensibilisations pour une délocalisation de l’activité d’orpaillage hors de la ville.

Secouant la tête en guise de déplaisir, l’édile affirme que dans la course effrénée au métal jaune, « les orpailleurs sont en train de tuer à petit feu la ville« . Sans aucune protection, ni formation, les orpailleurs, eux-mêmes, ajoute-il, sont exposés à des problèmes respiratoires et des maladies liées à l’utilisation des produits chimiques. 

L’activité de l’orpaillage en plein centre-ville
L’activité de l’orpaillage 

Il rappelle que les machines tournaient 24/24H dans la ville avec un impact sonore et poussiéreux. Alors, comme solution, le conseil municipal a décidé d’organiser le secteur en attendant de trouver une solution finale. D’où l’idée de suspendre les broyeurs qui font trop de bruit et qui dégage beaucoup de poussière dans la ville.

Lire également 👉Mine et orpaillage : Des ressortissants de Poura réaffirment leurs inquiétudes
A noter que par rapport à cette mesure qui n’arrange pas tout le monde, des acteurs ont manifesté contre la délibération du conseil municipal. Pour la santé de la population, le maire lance un appel au gouvernement de venir en aide à sa commune.
Seydou Traoré maire de Poura
Seydou Traoré, maire de Poura

Il soutient avoir épuisé tous les recours pour l’amélioration des conditions sanitaires de sa ville et à trouver une solution pour le bac à cyanure.

« Je sais que ma commune va très mal. Je lance un appel aux autorités de voir le cas de Poura. La situation de Poura est très alarmante. Notre sous-sol est contaminé, la nappe phréatique est partie », lance Seydou Traoré, tout en espérant que son cri du cœur connaîtra une oreille attentive. 

Jules César KABORE

Burkina 24

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