Dr Sawadogo, l’homme qui « répare » les cœurs à Tengandogo

Le Burkina Faso peut se vanter devant certaines nations africaines économiquement bien assises que lui, par le courage et le professionnalisme de certains de ses fils et filles, comme Dr Adama Sawadogo, chirurgien cardio-vasculaire et thoracique au Centre hospitalier universitaire de Tengandogo. Ces derniers réussissent tant bien que mal à hisser leur pays dans le concert de « grandes nations ». Grâce à lui aujourd’hui, le Burkina Faso est devenu un des rares pays africains à réaliser des interventions à cœur ouvert et à cœur fermé de façon routinière sur son sol. Découverte ! 

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Le cœur, ce n’est pas n’importe quel organe du corps humain. C’est le moteur du corps. Lorsqu’il arrête de battre, il n’y a plus de vie. Le corps arrête de fonctionner. Comme vous ne confiez pas le bloc moteur de votre engin à n’importe quel mécanicien, il en est de même avec le cœur d’un Homme.

Il faut quelqu’un qui s’y connait. Personne n’ose d’ailleurs s’hasarder là-dessus. C’est un des organes les plus sensibles et les plus complexes du corps. Ce n’est pas donné à tout le monde d’y intervenir, lorsqu’il est infecté ou touché. Surtout que là, on parle d’intervention à cœur ouvert ou à cœur fermé. Il faut des compétences.

Et le Burkina Faso en dispose. Alors que dans certains pays africains, personne ne veut prendre ce risque-là d’ouvrir un cœur, cela se fait au Faso depuis deux ans de cela. Et ça commence à devenir un poncif. La mère-patrie ne peut que s’en réjouir du professionnalisme et du courage de sa progéniture.

Dr Adama Sawadogo, chirurgien cardio-vasculaire et thoracique au CHU de Tengandogo

Dr Adama Sawadogo fait partie de celle-ci. C’est un chirurgien cardio-vasculaire chevronné avec un BAC+19 en appui. Il révèle que par le monde, les pathologies cardio-vasculaires sont la première cause de mortalité. En Afrique subsaharienne, souligne-t-il et au Burkina en particulier, des malformations congénitales surviennent chez les enfants pendant le processus de la grossesse.

Le parcours universitaire

Pendant leur croissance, atteste le chirurgien, les séquelles du rhumatisme articulaire aigu appelées « cardiopathies rhumatismales » surgissent au niveau du cœur. Et ce mal met en danger la vie de plusieurs enfants. C’est ce constant qui a entre autres motivé Dr Sawadogo à opter pour la chirurgie cardio-vasculaire et thoracique.

« Et au vu de cela, je me suis dit qu’en m’orientant vers cette branche de la médecine chirurgicale pour appuyer la cardiologie conventionnelle qui existe déjà, ça pourrait être important pour apporter notre plus pour la bonne santé de la population », confère-t-il.

Deux ans après l’installation du service chirurgie cardio-vasculaire et thoracique au CHU de Tengandogo, Dr Sawadogo s’érige ici comme l’homme qui répare les cœurs. Les interventions chirurgicales à cœur ouvert et à cœur fermé sont devenues une manie pour lui.

La longueur de son parcours universitaire s’explique du fait qu’à cette époque, il n’y avait pas d’école pour la chirurgie cardiaque dans la sous-région. Après la chirurgie générale, il ira en Europe pour sa spécialisation en chirurgie cardio-vasculaire et thoracique. Il note qu’aujourd’hui, il y a des écoles qui proposent un parcours moins long que le sien. Toutefois, il fait savoir que c’est une discipline qui exige plus de temps.

« C’est une spécialité qui demande assez de temps pour maîtriser rien que l’essentiel. Vous conviendrez avec moi que le cœur ce n’est pas un organe comme les autres. Il n’y a même pas 100 ans de cela qu’on a pu réussir la première intervention à cœur fermé. C’était à Boston aux USA, en 1939 », dit-il en informant qu’après cette intervention, les chirurgiens américains disaient qu’il n’était pas possible de s’aventurier encore à faire une telle intervention.

Dr Sawadogo en plein, une intervention chirurgicale à cœur fermé

Le temps mis dans la spécialisation en vaut la peine de toute façon. En deux ans d’activité, Dr Sawadogo et son équipe, rien que pour l’année 2021, ont réalisé plus de 25 opérations à cœur ouvert. Pour ce qui est des interventions à cœur fermé, il confirme que cela fait maintenant partie des programmations les plus courantes au CHU de Tengandogo.

Le défi pour lui, c’est que les interventions surtout à cœur ouvert se multiplient. Le personnel qui est là est compétent et vulgariser ces interventions serait une bonne option, selon lui. Reconnaissant à ce qu’a fait l’Etat burkinabè pour lui, il confie qu’il ne pouvait que rentrer au bercail pour servir les siens.

Tout le monde doit revenir pour participer à la construction du pays

« Il faut dire que j’ai trop bénéficié de l’Etat. Depuis le secondaire, et même à l’Université, j’ai eu une bourse. Et c’est toujours un honneur de servir son pays. C’est vrai que j’ai fait de grands centres où on fait même de la transplantation cardiaque, mais qu’est-ce que je peux apporter de plus, si je décide de rester là-bas.

 Alors qu’en revenant ici, je peux tout apporter. Et vous avez vu en deux ans ce qu’on a pu asseoir comme activités. Je me dis que tout le monde doit revenir pour participer à la construction du pays », encourage-t-il.

D’après le chef de service de la chirurgie cardio-vasculaire et thoracique au CHU de Tengandogo, la première condition qui compte pour lui, ce sont les ressources humaines d’abord. C’est l’Homme avant tout, soutient-il.

A l’entendre, il y a déjà un personnel compétent. Le reste pour lui, c’est l’équipement, le financement et des infrastructures. Néanmoins le nécessaire pour sauver des vies dans le contexte burkinabè, Dr Sawadogo admet que le CHU de Tengandogo en a.

« La première intervention à cœur ouvert, c’était une fille de 14 ans qui souffrait d’une mal formation congénitale thoracique de communication interne auriculaire. Nous l’avons opérée avec succès. Elle s’est présentée au BEPC et elle a été admise.

Elle est en train de faire la classe de seconde actuellement. Elle fut la toute-première à être opérée à cœur ouvert ici à Tengandogo, elle est de Léo, nous avons ses nouvelles régulièrement, et elle est devenue une mascotte de service », argue-t-il.

 L’équipe a été assez bien formée…

Il justifie le succès que connait la plupart de ses opérations par le fait qu’un minimum de conditions de sécurité en la matière a été pris en compte avant que le projet ne voit le jour. A l’en croire, le CHU de Tengandogo a pris environ une décennie pour mettre en place le service de la chirurgie cardio-vasculaire et thoracique.

« L’équipe a été assez bien formée, je pense que tout cela participe de la sécurité et du succès que vous constatez au niveau donc des opérations », argumente-t-il. La durée des opérations à cœur ouvert est de 4 heures au minimum. La plus longue qu’il a eu à faire ici à Tengandogo lui a pris 8 heures de temps. Il s’agissait d’un enfant qui souffrait une malformation congénitale.

« Quand nous avons ouvert le cœur, on a vu qu’il y avait trop de malformations qui étaient passées inaperçues. Donc le changement de tactique a fait que l’opération a duré plus que ce qui était prévu théoriquement », complète-t-il. Pour Dr Adama Sawadogo, le Burkina Faso peut s’enorgueillir aujourd’hui comparativement à certains pays qui n’ont pas encore osé ce genre d’intervention sur leur territoire.

Alors que nous avons un entretien avec lui, le mardi 22 mars 2022, une surprise de Dr Sawadogo nous y attend. A notre arrivée, on nous conduit dans une salle où nous nous débarrassons de tous.

Nous changeons même de tenues. On nous donne d’autres tenues afin d’avoir accès au bloc opératoire. Au fait, Dr Sawadogo doit gérer une intervention à cœur fermé ce matin. Elle ne durera qu’une heure environ.

Le bloc opératoire

Après cette étape, on nous amène au bloc. C’est une salle très calme ! Interdite d’accès au monde étranger. Parsemée de plusieurs appareils connectés au lit sur lequel est couchée la patiente. C’est le bruit de ces appareils qui impressionne et inspire une certaine pétoche.

La salle dispose d’une caméra qui transmet l’intervention en direct sur un écran. Chaque médecin ici est à son poste. Et joue un rôle bien déterminé. Nous arrivons un peu en retard, Dr Sawadogo et son équipe ont déjà commencé l’intervention.

Georgette Saré est instrumentaliste en chirurgie cardiaque. Son rôle est d’apprêter tout le matériel que le chirurgien doit utiliser. Dans leur jargon, on l’appelle les « yeux » du chirurgien. Ce dernier ne cite que le nom d’un instrument et Georgette le lui remet. Elle a eu à faire plusieurs formations et stages dans des grands centres hospitaliers en Europe.

Georgette Saré, Instrumentiste chirurgie cardiaque

« Pour ce type d’opération à cœur fermé, on prépare le matériel 24 heures avant. Par exemple pour cette intervention tout était déjà prêt depuis hier. Après les instruments, c’est la salle que nous apprêtons, il faut s’assurer que la climatisation marche, la lumière aussi », explique-t-elle.

La chirurgie cardiaque fait appel à plus de spécialistes. Armel Kinda est anesthésiste de formation et s’est spécialisé en perfusion. Aujourd’hui, comme ce n’est pas une intervention à cœur ouvert, il est un peu à l’écart. Mais il joue un rôle particulier. Il veille à ce qu’il y ait moins de bruits dans le bloc.

Dr Armel Kinda, perfusionniste

« Aujourd’hui, je règlemente un peu l’ordre dans la salle. Le mouvement des uns et des autres, le nombre de personnes dans la salle et s’il y a des bruits, je demande le silence pour que les chirurgiens puissent rester concentrés et que la communication passe entre les différents acteurs », précise-t-il.

Le coût de l’intervention

Après une trentaine de minutes, le mal est repéré. Dr Adama et ses collègues s’attèlent à l’extirper. C’est un travail passionnant surtout en voyant le cœur en train de battre. Il faut un esprit fort pour regarder.

Il profite également montrer en live certains organes du corps ayant fait l’objet d’un cours à ses stagiaires qui l’assistent. Car il enseigne également à l’Université Pr. Joseph Ki Zerbo.

Une fois l’intervention finie, la patiente est envoyée en réanimation. Pour les cœurs fermés, c’est 24 heures tandis que les cœurs ouverts font 48 heures. Quelques minutes après l’intervention, Dr Adama va annoncer à la famille que tout s’est bien passé.

Alassane Yugo, l’oncle de la patiente

Après cette annonce, Alassane Yugo, l’oncle de la patiente se dit soulagé. « C’est un soulagement pour nous. Vu que ce genre d’opération ne se faisait pas au Burkina ici. Au début, on nous avait dit que l’opération se fait à l’étranger. Le fait que le Dr lui-même nous dise que tout s’est bien passé, on rend vraiment grâce à Dieu », se réjouit-il.

Le plus gros souci de ce genre d’intervention, c’est leur coût. Vous devez débourser au moins 4 millions de FCFA pour vous faire opérer le cœur… 

Willy SAGBE

Burkina24  

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