Ici Au Faso | Vroum,… Ladji Korgho, le génie autodidacte

publicite

Ladji Issouf Korgho est le prototype du génie analphabète. Un concepteur de machines de toutes sortes qui ne sait pourtant ni lire ni écrire. Il est concepteur de machines à moudre les céréales, des machines à battre le maïs, le sorgho et le mil, des machines à décortiquer, des broyeurs, des Broyeurs-mélangeurs et toutes sortes de machines agricoles et d’élevage. Il est dépositaire de la marque de machines « Poega Korgho ». Plusieurs personnes qui ont fait appel à ses services ont vanté ses mérites. Nous l’avons découvert à travers un client stupéfait des prouesses de cet homme qui malgré le fait qu’il n’ait pas fait l’école fabrique ici au Burkina Faso des machines jugées performantes. Nous sommes allés à la rencontre d’un symbole du self-made-man, cet inventeur d’un autre acabit. « Actuellement je ne vois pas quel type de machine ma clientèle va demander que je ne puisse pas fabriquer. Je ne vois pas »… Lisez !

La suite après cette publicité

Des vrombissements de meuleuses à disque qui domptent le fer et façonnent des formes, des machines de toutes sortes exposées, des ronflements de machines déjà à l’œuvre… C’est le spectacle dans l’atelier à ciel ouvert de Ladji Issouf Korgho.

Cette loge, qui accouche du génie de l’Adji Korgho git pourtant banalement dans le quartier Paglayiri de Ouagadougou en face du terrain de sport de la cité ASECNA. Nous y avons un rendez-vous avec Ladji Korgho. Il est 14 heures à notre arrivée dans sa fabrique.

Nous sommes reçus par un de ses employés alors que l’homme est en train de discuter avec des clients. Il leur présente ses diverses productions et ces derniers restent stupéfaits et admiratifs. Il nous fait patienter une vingtaine de minutes avant de nous recevoir. Nous avons droit à une visite guidée avant de nous asseoir et discuter du parcours atypique de cet illustre concepteur autodidacte.

De petit villageois à Ouagadougou, il devient inventeur et concepteur autodidacte de machines

C’est un homme au regard vif laissant entrevoir un esprit aiguisé qui se prête à nos questions les unes après les autres sans difficulté aucune. Il nous fait la narration de son parcours. Issouf Korgho, la cinquantaine bien sonné a quitté son Tenkodogo natale il y a de cela 37 ans pour venir travailler dans un moulin à Ouagadougou.

Son travail consistait à moudre les céréales de la clientèle à Ouagadougou. Très vite Issouf Korgho est intriguée par le fonctionnement du moulin. Cette machine qui avale les graines de céréales et refoule de la farine. Comment est-ce possible. C’est la question qui change la vie du petit Issouf Korgho. La pensée philosophique ne dit-elle pas que les questions sont plus essentielles que les réponses ? Ces questions disent les philosophes, conduisent perpétuellement à d’autres questions jusqu’à ce que des réponses naissent au fur et à mesure…

Eh bien, la question de savoir comment la machine à moudre fonctionne conduit le petit Issouf Korgho à être d’abord mécanicien du moulin, puis aujourd’hui concepteur de machines de toutes sortes. Il est aujourd’hui dépositaire de la marque de machines « Poega Korgho ».

Une vue de l’atelier de Ladji Issouf Korgho

Il a ainsi à son actif 1 brevet de fabrication et 6 autres brevets en cours d’élaboration depuis plusieurs années. 6 brevets qui trainent à cause, dit-il, de la lourdeur administrative. Il nous fait cette confidence : « Je me suis spécialisé sur la mécanique de la machine à moudre. Au fil du temps, je suis arrivé à percer le mystère de sa conception ».

Aujourd’hui, malgré le fait qu’il n’ait pas fait l’école, il fabrique de lui-même toutes sortes de machines en important seulement les moteurs. Mais quel est donc ce mystère, ce secret de la machine que Ladji Korgho a pu percer ? « Si on dit pignon de calage, tout bon mécanicien sait que c’est l’élément central de la mécanique.

Si tu ne connais pas le mécanisme des pignons de calage, impossible de faire démarrer n’importe quel moteur », nous révèle-t-il. Ainsi explique-t-il : « je me suis appliqué à étudier de fond en comble les pignons. Je me suis rendu compte que c’est à partir des pignons que « le Blanc » (les concepteurs, NDLR) fabrique toutes sortes de machines en fonction des finalités.

Dès que j’ai maitrisé cela, je me suis mis à fabriquer mes propres machines en fonction de ce que je veux. Si je veux que la machine libère trop de vent, je peux le faire, si je veux qu’elle libère de la fraicheur, je le fais, si je veux qu’elle libère de la fumée aussi je peux le faire également.

Pignons de calage

Zoom sur les machines « Poega Korgho »

 « Actuellement je ne vois pas quel type de machine ma clientèle va demander que je ne puisse pas fabriquer. Je ne vois pas », soutient avec assurance Ladji Korgho.

Ainsi, il a à son actif, des machines à décortiquer le maïs, des machines qui compressent des mangues pour en faire du jus de mangues, des machines à fabriquer de la nourriture pour bétails, des machines à broyer la noix de karité pour le beurre de karité et des broyeurs polyvalents…

Cependant, Ladji Korgho assure avoir atteint ce niveau au prix de multiples efforts. Il s’est imposé une rigueur et une pédagogie hors du commun pour y arriver. « Beaucoup pensent que je suis un génie et que je fabrique tout cela facilement, mais je n’ai pas fait tout cela en un seul jour. Au début, sur cinq machines que je fabriquais, je pouvais en réussir qu’une seule. Tout le reste constituait une perte. Mais, je recommençais, encore et encore jusqu’à ce que j’y arrive », avoue-t-il.

Pour lui, l’apprentissage doit se faire dans la patience et dans la persévérance. « Quel qu’en soit le temps que ça prendra, je vais maitriser telle ou telle chose », c’est la philosophie qui a fait de Ladji Korgho un inventeur aujourd’hui. Il dit avoir pris vraiment le temps d’apprendre de lui-même tout ce qu’il connait aujourd’hui. Cela sans l’aide de personne. Aujourd’hui, c’est fièrement qu’il vante la performance de ses machines face à celle venant des pays industrialisés.

Toutes les machines de Ladji Korogho sont estampillées « Poega Korgho ». A l’en croire, dans le milieu rural au Burkina, la marque n’est plus à présenter. Elle est très prisée tant les machines de la marque répondent aux attentes des cultivateurs, éleveurs et producteurs nationaux.

Pour vérifier les dires de celui-ci, nous allons auprès d’un producteur animalier qui a déjà utilisé les machines Poega Korgho pour recueillir ses impressions après l’usage desdites machines.

Léon Badiara, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est directeur général de Genetic Center. Un centre qui vend des races améliorées de bœufs et de moutons. Le centre est une ferme qui produit en même temps les aliments pour le bétail de race améliorée.

Lire aussi : Gaël Kaboré, un fabricant de machines à laver made in Burkina

Il manque de mots pour qualifier Ladji Korgho. « Korgho, je le connais depuis très longtemps. Il n’est pas allé à l’école, mais ce n’est pas en classe que l’on devient forcément intelligent. Un intelligent, c’est celui qui arrive à relier les choses. Il suffit d’avoir un prototype et à partir duquel, vous pouvez développer et adapter selon les moyens et le contexte dans lequel vous êtes. C’est ça qui est l’intelligence. Les machines qu’il fabrique je les connais très bien, c’est du matériel qui aide beaucoup les éleveurs ».

Pour Léon Badiara, les machines Poega Korgho sont non seulement plus performantes que les machines importées, mais elles sont mieux adaptées au besoin des paysans burkinabè. « J’ai expérimenté les machines Poega Korgo. Le concepteur lui-même est venu battre le sorgho que j’ai produit. Pour les trois hectares de sorgho, on était autour de sept tonnes de récolte. Avec sa machine il a battu les 7 tonnes de sorgho de 11h à 14h. 

Donc vous voyez la vitesse à laquelle cela a été fait.  De 11h à 14h, il avait fini de battre et on a obtenu sept tonnes de sorgho. Donc ça veut dire que la machine est rapide et performante. C’est ce que nous voulons », explique-t-il.

Issouf Korgho prépare, par ailleurs, la relève. Il reçoit, en effet, plusieurs étudiants en stage dans sa fabrique et transmet son savoir-faire « aux plus appliqués et aux plus disciplinés ».

Pour lui, le savoir n’a qu’un seul visage, la persévérance. « Quel qu’en soit le temps que ça prendra, je saurai !» C’est la doctrine que prône le natif de Tenkodogo. Celui-ci estime que tout bon apprenant doit faire sienne cette doctrine. Issouf Korgho regrette néanmoins de ne savoir ni lire ni écrire.

Comment se débrouille-t-il sans aucune notion d’écriture ?

« Toutes mes machines ont des gabarits. Même si je conçois 10.000 machines, les pièces sont toutes compatibles d’une machine à l’autre. 

Chaque machine à un numéro. Si un client demande une pièce de rechange d’une machine numéro x par exemple, on pourra lui trouver la pièce correspondante avec exactitude. Je n’écris ni ne fais aucune note lors de mes conceptions. Tout est dans ma tête. En fait, je finis de fabriquer totalement la carrosserie du moulin (machine) d’abord.

Puis, j’enveloppe le tout avec un papier pour en faire un plan. Ensuite je dépose le papier sur une tôle et je découpe. Enfin je soude le tout pour faire le gabarit. Avec ces gabarits, n’importe quelle personne peut aller faire l’assemblage », souligne-t-il avec fierté.

Par ailleurs, malgré ses prouesses, Ladji Korgho déplore le manque de soutien de l’État. Pour lui, les gouvernants doivent soutenir le secteur de la transformation, car c’est ce qui crée la richesse.

« L’État doit plus se pencher sur ceux qui exercent dans les secteurs de métiers afin qu’ils s’affranchissent. C’est ce qui va sauver le pays. Sinon qu’est-ce que nous avons ? ».

C’est la question que le dépositaire de la marque Poega Korgho pose. Tout en invitant à observer le nombre pléthorique d’élèves et d’étudiants, il conclut sa pensée en disant que « tout le monde ne peut pas devenir fonctionnaire ». Pour lui, il y a donc lieu de soutenir les secteurs de métier afin d’offrir de l’emploi aux jeunes à la fin de leur cursus.

Au contraire fait-il observer : « vous remarquerez que certains comme moi étaient dans la conception et la transformation, entre temps, on n’entend plus parler d’eux parce qu’ils ont fait faillite. Les impôts contribuent à cette faillite de nos entreprises. 

Moi-même qui suis ici, si je fais une année sans payer les impôts, l’État va fermer ma fabrique ». Il estime ainsi que le gouvernement doit vraiment revoir à ce niveau et aider au moins ceux qui sont sur la bonne voie au lieu de les plomber.

Pour l’heure, Ladji Issouf Korgho emploie permanemment 7 personnes et 25 personnes de façon contractuelle. Son entreprise dit-il, est résiliente et fonctionne à temps plein. Les prix des machines vont de 500 000 à 5 millions. 500 mille francs pour la machine que sert à fabriquer le jus de farine ou (Zomkoom) et 5 millions pour le « broyeur-mélangeur ».

Avec un chiffre d’affaires de près de 250 millions de FCFA par an, il nourrit le souhait de bénéficier du soutien de l’État pour agrandir son usine dans le but de satisfaire la demande des agriculteurs et éleveurs que jusque-là il n’arrive pas à couvrir. « La matière première (le fer) que j’utilise pour fabriquer mes machines manque constamment. Les moyens pour payer le matériel pour travailler manquent aussi. 

L’atelier de Ladji Korgho

Par exemple à cette période, je dois fabriquer 1000 à 1500 machines à décortiquer le maïs pour satisfaire mes commandes. Pareil aussi pour le broyeur. Et cela ne concerne que ces deux types de machines. 

Je n’arrive pas à satisfaire la demande. Par contre, avec le soutien de l’État, je pourrais fabriquer plus de machines et satisfaire la demande et booster le secteur agricole au Burkina », lance Ladji Korgho comme cri de cœur…

Hamadou OUEDRAOGO

Burkina 24 

Écouter l’article
publicite


publicite

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page