Chine – Afrique : Plongée au cœur d’un modèle en pleine transformation

Pendant trois semaines, une cinquantaine de professionnels de médias africains explorent plusieurs facettes de la République populaire de Chine. De l’industrie à l’agriculture, des médias à la culture, des robots aux traditions millénaires, cette immersion révèle un pays qui mise sur l’innovation, la jeunesse et la préservation de son identité pour poursuivre sa marche vers le développement.  

Dès notre arrivée à Pékin, la verdure frappe par son omniprésence. Des arbres bordent les gratte-ciels, les échangeurs et même les abords des commerces. Ici, l’environnement est un allié politique visible à chaque coin de rue.

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Venus du Burkina Faso, de la Mauritanie, des Comores, de l’Île Maurice, de la Côte d’Ivoire, du Cameroun, de la République Centrafricaine et aussi du Sénégal qui a rejoint le groupe, une cinquantaine d’hommes et de femmes de médias et responsables administratifs vivent trois semaines d’immersion en Chine, « Géant » asiatique qui semble parler peu mais produit, innove et avance en douceur.

Un tour au Musée des fours à porcelaine de Tongguan
Un tour au Musée des fours à porcelaine de Tongguan

La transition vers l’action se dessine rapidement. D’abord à Beijing (Pékin) pour l’ouverture officielle du séminaire. Puis deux jours après, un vol national, direction Changsha, « la ville du piment », là où le mouvement est perpétuel, située à plus de 1 000 km au sud de la Capitale. À n’importe quelle heure de la nuit, les boulevards s’animent sous les néons d’une métropole qui ne dort presque jamais.

La puissance industrielle chinoise se nourrit de sa jeunesse

L’escale à C-Kingdom Group Cable Technology frappe par sa modernité industrielle. Chez ce géant de câbles, le silence des machines est trompeur. Dans les ateliers, des robots ont déjà remplacé certaines tâches humaines. C’est ici, au milieu des bobines de cuivre destinées aux réseaux intelligents et à l’aérospatiale, que deux stagiaires africains, un Kényan et une Ougandaise, façonnent leur avenir.

Ce mariage de la technologie et de l’humain trouve un écho direct quelques kilomètres plus loin, chez Changsha Sunlight Agricultural Machinery, spécialisée dans la fabrication de machines agricoles.

La Changsha Sunlight Agricultural Machinery en Chine est spécialisée dans la fabrication de machines agricoles
La Changsha Sunlight Agricultural Machinery est spécialisée dans la fabrication de machines agricoles

Sur un site industriel de 300 000 m², les chaînes de montage de tracteurs articulés s’activent. Les produits phares fabriqués dans cette entreprise sont utilisés dans les mines, les champs, les fermes et les chantiers de construction. Là encore, l’automatisation domine. Les bras robotisés assistent des ouvriers dans un ballet d’une précision chirurgicale.

Mais la puissance industrielle chinoise ne repose pas uniquement sur le métal. « Elle se nourrit d’une ressource essentielle qui est sa jeunesse », explique He Dongbo, Directeur général adjoint de la China Broadcasting International Économic and Technological Cooperation Co., Ltd. (CBIC), structure étatique organisatrice du présent séminaire en collaboration avec l’Ambassade de la République populaire de Chine au Burkina Faso.

La mondialisation n’est donc pas une invention moderne

Au Relais des Jeunes Talents de Changsha, l’accueil est concret. Ce programme municipal, premier site visité par les séminaristes, offre un hébergement gratuit et une orientation professionnelle notamment aux jeunes venus de l’extérieur pour entreprendre.

Ce dispositif illustre aussi les efforts déployés par la ville pour attirer, accompagner et retenir les jeunes talents, dans un pays de 1,4 milliard d’habitants confronté au vieillissement de sa population.

Pour comprendre cette modernité, il faut pourtant plonger dans son passé. Le voyage glisse naturellement vers le Musée des fours à porcelaine de Tongguan.

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Devant les vitrines, les séminaristes contemplent des vestiges du IXe siècle, tirés d’une épave de navire marchand arabe. Des pots et bols tantôt ornés de motifs d’Asie occidentale racontent que la mondialisation n’est pas une invention moderne.

L'épave du navire marchand arabe représentée ici
L’épave du navire marchand arabe représentée ici

L’immersion culturelle se prolonge au Musée d’art des caractères chinois Song Dan. Là, les visiteurs découvrent qu’auparavant, l’écriture chinoise traditionnelle se présentait notamment en colonnes verticales, lues de droite à gauche, tandis que les usages modernes privilégient largement l’écriture horizontale de gauche à droite.

« Pour réussir et s’adapter à l’innovation, il faut plus de créativité »

Pinceau en main pour un exercice artistique pratique, les journalistes, après avoir contemplé les signes et caractères du zodiaque chinois, découvrent que ces douze animaux ne sont en réalité pas de simples symboles, mais des guides qui pèsent sur l’économie, les naissances et les mariages.

Le parcours se poursuit là où bat le cœur du pouvoir d’influence, donc les médias. Au Changsha Media Group, le gigantisme saisit les visiteurs. Quatre fréquences radio, cinq chaînes de télévision, un immeuble de 23 étages et 13 filiales dont une cotée en bourse, la Zhongguang Tianze.

L'invention moderne interrogée
L’invention est-elle seulement moderne ?

En Chine, les médias traditionnels évoluent rapidement sous l’effet de l’essor d’un écosystème numérique en pleine expansion. Avec ses 60 000 chaînes en ligne et 48 000 entités de production, le pays impose un rythme effréné. « Pour réussir et s’adapter à l’innovation, il faut plus de créativité », résume Yang Yong, cadre de l’administration nationale de la Radio et de la télévision chinoise (NRTA).

Quand la gloire précède l’humilité !

Les bus, au nombre de deux, en charge du déplacement des séminaristes à Changsha redémarrent. Les visages sont impressionnés par le modèle chinois où l’innovation technologique s’allie à la préservation de l’histoire. La Chine parle peu, mais son terrain, lui, raconte beaucoup. À l’image de l’imposante statue de Mao Zedong (1893-1976), considéré comme le père de la Chine moderne, qui sera l’un des prochains rendez-vous inscrits au programme des séminaristes.

En attendant, les kilomètres parcourus livrent déjà une leçon. Celle d’un pays qui avance, transforme, innove et produit, sans jamais cesser de regarder ses racines. Car chaque chemin vers le développement est long et exige patience, travail et constance.

Un adage chinois le résume à sa manière : « 荣耀先于谦卑 ! ». En Chine, la gloire semble désormais précéder l’humilité. Une gloire que le pays accueille pourtant avec retenue, conscient que le développement n’est jamais un aboutissement, mais un chemin qui se poursuit.

Noufou KINDO 

Burkina 24 


ENCADRÉ 1 | Coopération Chine – Afrique : Vers le transfert de compétences au service d’une industrie africaine plus moderne

Chez C-Kingdom Cable Technology et Changsha Sunlight Agricultural Machinery, l’automatisation n’est plus une perspective. Elle fait partie du quotidien. Dans les ateliers, des bras robotisés assistent les ouvriers dans les tâches de précision, tandis que certaines opérations sont entièrement automatisées. À Sunlight, l’activité s’étend sur un impressionnant site industriel de 300 000 m², dédié notamment à la fabrication de machines agricoles. Mais derrière les machines, la transmission des savoir-faire demeure essentielle. Des jeunes Africains, à l’image d’un Kényan et d’une Ougandaise actuellement en immersion chez C-Kingdom, découvrent ces nouvelles technologies et se forment à leur utilisation. Une expérience qui illustre une autre dimension de la coopération Chine – Afrique qu’est le transfert de compétences au service d’une industrie africaine plus moderne.

N.K


ENCADRÉ 2 | Patrimoine : Une épave raconte l’une des premières mondialisations  

Au Musée des fours à porcelaine de Tongguan, à Changsha, l’histoire du commerce international se lit dans des objets vieux de plusieurs siècles. Parmi les pièces exposées figurent 162 bols et bouilloires en porcelaine, issus de la cargaison d’un navire marchand arabe ayant sombré au IXᵉ siècle dans la mer de Java, au large de l’actuelle Indonésie.

L'histoire de l'Asie occidentale immortalisée
L’histoire de l’Asie occidentale immortalisée

Certains objets portent des motifs d’Asie occidentale et des inscriptions en arabe. Ces vestiges de la dynastie Tang témoignent de l’intensité des échanges commerciaux qui reliaient déjà la Chine à d’autres régions d’Asie et au Moyen-Orient. Bien avant la mondialisation contemporaine, les marchandises, les cultures et les savoir-faire circulaient déjà sur de longues distances.

N.K


ENCADRÉ 3 | Séminaristes burkinabè : La plus forte délégation au cœur d’une immersion riche en enseignements

À Changsha, les 23 représentants burkinabè prennent progressivement la mesure des transformations à l’œuvre dans le paysage médiatique chinois. De la découverte des médias traditionnels à l’exploration des nouveaux formats numériques, les visites permettent de mieux comprendre comment la Chine adapte son secteur de l’information aux mutations technologiques. Au Changsha Media Group, les séminaristes découvrent un groupe public de grande envergure, composé notamment de plusieurs chaînes de télévision et stations de radio, ainsi que de nombreuses filiales. La visite de Zhongguang Tianze, entreprise spécialisée dans la production de programmes et cotée en Bourse depuis 2017, vient compléter cette immersion. Au-delà des chiffres et des infrastructures, les séminaristes repartent avec une conviction. L’innovation, la créativité et l’adaptation sont devenues incontournables pour les médias africains qui souhaitent accompagner les transformations de leurs sociétés.

La délégation burkinabè sur les traces de la Chine moderne
La délégation burkinabè sur les traces de la Chine moderne

N.K

Noufou KINDO

@noufou_kindo s'intéresse aux questions liées au développement inclusif et durable. Il parle Population et Développement.

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