Formation professionnelle au Burkina : « Le champ est toujours vierge »

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La tâche assignée par le Plan national de développement économique et social (PNDES) au domaine de l’enseignement et de la formation techniques et professionnels est d’amener la proportion des pratiquants de 3,4% à 16%. Actuellement, ce sont moins de 4% des Burkinabè qui sont dans le système éducatif qui peuvent pratiquer un métier en fin d’étude. Abel Ouédraogo fait partie de cette infime proportion. Il est élève en menuiserie métallique au Centre Laafi Ziiga de Koudougou.  

« La part de la formation professionnelle dans tout le système éducatif burkinabè est moins de 4% », rappelle le ministre de la jeunesse, Smaïla Ouédraogo qui indique qu’« il faut renverser cette tendance ». Dans cette lancée, la Direction de la communication de son département, avec le soutien du Programme d’appui à la politique sectorielle d’enseignement et de formation techniques et professionnels (PASP-EFTP), a initié une offensive communicationnelle. Afin de donner un autre visage à l’enseignement et à la formation techniques et professionnels (EFTP), du 18 au 23 février 2018 à Koudougou, des journalistes ont été formés.

« Franchement, on galère »

Cette activité, selon les organisateurs, figure parmi une multitude pour changer les idées reçues, la perception de la formation professionnelle et donner un nouveau souffle au domaine de l’EFTP. Pendant longtemps, la formation technique et professionnelle a été perçue (ou est perçue) comme la « poubelle de l’éducation » ou l’école de « seconde chance » pour ceux qui ont échoué dans le domaine de l’enseignement général. Le cas d’Abel Ouédraogo peut illustrer cette perception.

Agé de 20 ans, il a stoppé ses études en enseignement général à la classe de Troisième pour ensuite opter pour la formation en menuiserie métallique. En compagnie de 47 autres jeunes, ils apprennent chacun un métier au Centre Laafi Ziiga de Koudougou fondé en 1986 par les Frères de la Sainte famille. Ce centre que les journalistes ont visité le 23 février 2018 reçoit des jeunes déscolarisés, non scolarisés dont certains sont orphelins ou « enfants de la rue ». Après formation, deux ans, foi du Frère Louis Kalmogho, directeur du centre, tous s’en sortent et beaucoup mettent en place leur propre entreprise.

Vidéo – « Je suis venu apprendre un métier pour être un homme indépendant » (Abel Ouédraogo)

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Les 48 pensionnaires du centre apprennent au choix, la menuiserie métallique ou bois. Jusqu’à l’année passée, chacun déboursait 30.000 F CFA par an pour sa scolarité. Mais ce montant a été revu à la hausse, à 75.000 F CFA, afin d’aider à supporter les charges puisque, estime Louis Kalmogho, la charge d’un élève dans l’année est de 537.000 F CFA. Le centre Laafi Ziiga vit grâce aux multiples soutiens, mais ceux-ci diminuent. « Les bonnes volontés commencent à s’amenuiser », indique le Frère Kalmogho qui poursuit en avouant ceci : « Franchement, on galère ».

Au plan national, ces dernières années, le Burkina Faso a fait de l’EFTP une priorité, confie Eric Roland Sidnoma Yaméogo, Directeur général de la Formation professionnelle. Malgré les efforts, ce secteur peine à décoller pour diverses raisons (difficultés organisationnelles, institutionnelles). Mais les lignes commencent à bouger au regard des changements de paradigmes. « Aujourd’hui, la population a compris qu’on ne peut pas se développer en consommant ce que les autres produisent », explique M. Yaméogo.

Sur la prévision du PNDES, il y a un effort à faire pour atteindre les 16 % qui, du reste, est un pourcentage glissant parce que le domaine de l’EFTP est toujours rattrapé sinon dépassé par le nombre de Collèges d’enseignement général (CEG) construits, relate le directeur général de la Formation professionnelle. « Il y a toujours un risque d’annihiler tous nos efforts », dit-il.  

Vidéo – « On ne peut pas se développer en consommant ce que les autres produisent »

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Au Burkina Fao, aussi bien dans le domaine de l’enseignement technique que de la formation professionnelle, il existe plus de 500 centres publics et privés. Et à en croire le directeur général de la Formation professionnelle, la reconversion pour ceux qui ont opté pour l’enseignement général est toujours possible.

A l’endroit particulièrement des étudiants, des diplômés du supérieur « qui s’alignent toujours pour des tests de recrutement de la Fonction publique alors que c’est saturé, dit-il, je leur demande de venir vers la formation professionnelle ou vers l’enseignement technique parce que le champ est toujours vierge ».

Pour les possibilités ou les opportunités d’insertion professionnelle après la formation, M. Yaméogo explique que si l’économie est dynamique, si les facteurs de production sont diminués, il y aura une forte demande en main d’œuvre qualifiée.

Ignace Ismaël NABOLE

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Ignace Ismaël NABOLE

Journaliste reporter d'images (JRI).

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