Enfants en situation de rue : « Arrêtez de descendre la vitre et de donner l’argent »

324 0

Le 23 août 2018 la ministre de la solidarité nationale et de la famille appelait à une souscription pour permettre à son département de continuer son opération de retrait des enfants en situation de rue. Trente jours plus tard, la « participation communautaire » s’élève à 20 053 975 F CFA. Via la téléphonie mobile au 64 0776 24 pour Orange Money, 62 29 97 77 pour Mobicash,  353 975 francs CFA ont été récoltés.

Entre le 9 et le 22 août dans la ville de Ouagadougou, le ministère de la famille a  retiré de la rue  1379 personnes  de la rue. 961 sont prises en charge dans les centres d’accueil aménagés à cet effet. Pour ensuite procéder à leur « réinsertion familiale et sociale ». Pour mener à bien l’opération, 377 agents dont des travailleurs sociaux, des agents de sécurité, de santé et du ministère en charge de la jeunesse ont été mobilisés.

Après l’accueil et l’observation, place à la (ré)orientation. De l’effectif des enfants recueillis dans les centres, 418 enfants et mineures ont opté de quitter les centres de leur propre initiative. 31 enfants vont retourner dans leur famille pour reprendre leur scolarisation. Quant à ceux qui accompagnaient leur mère dans la rue, 64 rejoindront le préscolaire et 23 le primaire. Leur réinsertion scolaire sera assurée par le ministère de l’éducation nationale.

« Mon département assurera la prise en charge psychosociale, matérielle et financière ». Il est prévu le placement dès octobre en situation de formation professionnelle de 77 enfants et de 73 autres à l’internat dans les institutions d’éducation spécialisée et de formation sises à Gampéla, Orodara, Kaya et Fada N’Gourma. Une option rendue possible grâce à une collaboration avec la chambre des métiers et la fédération des artisans.

Dans le même ordre, 105 femmes retirées de la rue et 10 travailleuses de sexe mineures bénéficieront elles aussi d’une formation professionnelle ou d’une formation en gestion de micro-entreprise et d’un pécule de 15 000 francs CFA par mois et une dotation trimestrielle en vivres en attendant leur accompagnement pour le développement d’une activité génératrice de revenus.

Les talibés reconnaissables à leur boite de tomate accrochée en bandoulière sillonnent les rues à longueur de journées pour avoir de quoi emporter le soir au foyer pour le remettre aux maitres coraniques « essoufflés ».

Marie Laurence Ilboudo/Marchal a indiqué ce vendredi avoir eu des concertations avec 300 d’entre eux qui ont abouti à la signature de conventions de partenariat avec 282. Ces conventions devraient selon elle permettre à ces maitres de faire face aux besoins de 2502 talibés qui leur sont confiés. Dans le cadre, 140 tonnes de produits alimentaires et du matériel d’une valeur de 60 millions de F CFA leur ont été octroyés.

 « Les dispositions sont prises pour que chaque individu retiré de la rue et sa famille bénéficient d’un accompagnement et d’un suivi adéquat pour la réalisation d’un projet de vie qui correspond à leurs attentes » au travers d’« un suivi individualisé des personnes réinsérées », a dit la ministre de la famille.

Le montant décaissé pour la première phase de l’opération dans la seule ville de Ouagadougou est estimé à 182 millions de francs CFA. Pour susciter l’adhésion populaire, Laurence Ilboudo procédait au lancement d’une opération de souscription le 23 août.

La participation communautaire à laquelle ont répondu entre autres le chef de l’Etat et les membres  du gouvernement, l’Assemblée nationale, la LONAB, la ministre et les directeurs régionaux et provinciaux du ministère de la solidarité nationale, la fédération des associations islamiques a permis de mobiliser 20 053 975 F CFA. Quant aux souscriptions via la téléphonie mobile au 64 07 76 24 pour Orange Money, 62 29 97 77 pour Mobicash, 98 personnes  ont permis de collecter 353 975 francs CFA. « Notre action vise le bien-être des enfants qui constituent l’avenir de notre nation. La rue ne saurait être un lieu de vie pour les enfants », justifie-t-elle.   

« Arrêtez de descendre la vitre et de donner l’argent »

La question de l’aumône s’est invitée dans les réponses de la ministre de la solidarité nationale et de la famille. La conférence de presse était l’occasion pour elle d’interpeler « encore les parents sur leur responsabilité ». Et pas uniquement.

« Arrêtez de descendre la vitre et de donner l’argent, invite-t-elle. C’est une solution de facilité ». Il n’est pas rare en effet de voir des citoyens sur leurs motocyclettes fouiller leurs poches, des automobilistes qui descendent leur vitre pour glisser une pièce d’argent.  

« Des gens qui attendent que les enfants sortent dans la rue pour leur donner, je trouve que c’est scandaleux, trouve la ministre de la famille. Donnez votre aumône directement dans les foyers coraniques. Cela vous permettra vous aussi de voir comment on entretient nos enfants dans ces foyers coraniques et d’aider le maitre coranique à s’occuper de l’enfant ».

Laurence Ilboudo appelle au bon sens de ceux qui par pitié ou par bonté tendent la main à ces enfants en situation de rue. Elle a partagé son vœu. Celui de voir survenir « un changement de paradigmes par rapport à l’approche de l’aumône » et qui n’incitera plus les enfants à sortir et/ou à rester dans la rue. Comment s’y prendre donc ?  

« Donnez au ministère. Nous avons eu des Airtel money de 100 francs. Les gens ont transféré 100 francs. On les remercie. C’est bien. Arrêtez de donner 100 francs aux enfants.  Ça ne rime à rien. Qui donne de l’argent à son enfant à la maison sans surveiller?, s’interroge Marie Laurence Ilboudo. Ce que nous n’allons pas faire pour nos propres enfants, ne faisons pas cela aux enfants des autres ».

Oui KOETA

Burkina24  

There are 1 comments

Votre commentaire sur ce sujet

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Oui Koeta

Je pense que 'la vitalité d'un pays se mesure (en partie) à celle de ses journalistes'. Merci de participer à cela à travers vos retours de lectrices et lecteurs. I believe that 'the vitality of a country is meseared (in part) by that of its journalists'. Thank you for being part of the adventure by giving feedback.

Article du même genre