Ici Au Faso : Franceline, la seule femme conductrice de compacteur

Elle est jeune, elle est passionnée par un métier dominé majoritairement par les hommes. Elle est conductrice, et pas de n’importe quel engin, un compacteur. Native de la ville de Koupéla, sans aucune formation au préalable et manœuvre sur un chantier, elle se retrouve dans la commune de Ouagadougou aujourd’hui  pour vivre sa passion et son rêve. Elle est d’ailleurs la seule femme de la commune de Ouagadougou à conduire un compacteur. Elle, c’est Franceline Kouraogo. Burkina 24 est allé à sa rencontre. Les lignes qui suivent vous amènent à la découvrir davantage. Lisez !

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Franceline Kouraogo est une jeune femme frisant la trentaine. Elle est une mère de deux enfants. Originaire de Koupéla, elle réside depuis quelques années dans la commune de Ouagadougou où elle vit depuis un moment son rêve et sa passion d’enfance.

En effet, à en croire Franceline, elle est la seule femme conductrice de cet engin lourd appelé compacteur. Une aventure qu’elle commence dans une entreprise privée de la place évoluant dans le BTP. Ici, elle débute d’abord en tant qu’une manœuvre.

« Je travaillais avec les gens mais je n’étais pas conductrice. J’étais manœuvre, je guidais les camions, les bens, les engins. J’ai été signaliste, commise pointeuse, j’exécutais toute sorte de travaux qu’on me proposait sur le chantier », nous apprend-elle.

Franceline Kouraogo au volant de sa machine

Conduire ce genre d’engins a toujours été son rêve depuis sa jeunesse. Etant sur le chantier et côtoyant quotidiennement les engins lourds, sa passion prendra le dessus sur elle. C’est ainsi qu’elle commencera à s’intéresser de plus en plus à cet engin. C’est en cela qu’elle entreprend de se former auprès des chauffeurs dans le chantier.

« Quand j’observais le conducteur en train de faire ses manœuvres, j’étais admirative et je pensais vraiment que c’était une mince affaire.  Alors j’ai supplié le chauffeur de m’apprendre à conduire aussi. C’est de là que tout est parti. C’était comme un jeu. Quang j’ai commencé l’apprentissage, c’était non-stop toute la journée. Je ne prenais pas de pause et en deux semaines j’arrivais à la conduire et à manœuvrer le compacteur sans soucis », relate-elle avec fierté.

Voulant toujours se surpasser et à aller au-delà de ses limites, en plus de l’expérience acquise sur le tas grâce à sa formation, elle décide de se lancer dans la quête du permis C poids lourd qu’elle obtient avec brio. Ainsi, elle entamera alors sa carrière professionnelle de conductrice d’engins lourds.  Et par ricochet son aventure avec la commune de Ouagadougou.

Revenant sur ses débuts, Franceline raconte que la complexité de l’engin a été la grosse difficulté qu’elle a eu à croiser. En effet, comme elle le dit ci-haut, cette machine a été conçue pour les travaux hors de la ville. Nonobstant, elle se retrouve à la conduire en plein centre-ville pour les besoins de la commune.

« La difficulté avec le compacteur, est qu’il n’est pas destiné aux travaux urbains. C’est un engin qui travaille en brousse. Ils n’ont pas fait ça pour la ville. Mais comme c’est la mairie, tout ce qu’on nous dit de faire on est obligé de faire. Le compacteur n’a pas de clignotant, alors que tous les engins ont un clignotant. Pourquoi il n’a pas de clignotant, parce que c’est un engin de la brousse. Pour tourner il faut faire des gestes », fait-elle savoir en déplorant l’incivisme de certains motocyclistes, qui ne lui facilitent pas la tâche.

Un compacteur, c’est une machine qui sert à comprimer. Quand on dépose par exemple, la terre sur le terrain, c’est le gradeur qui casse en bon niveau et l’eau de la citerne arrose. Dès que l’arrosage finit, le compacteur entre en danse pour damer pour que ça devienne lisse.

Compacteur, la machine de Franceline Kouraogo

le compacteur n’a pas de clignotant

Pour éviter d’éventuelles déconvenues en circulation, Franceline explique qu’il faut être prudent et surtout concentré. Tout le temps, dit-elle, elle reste focus sur son engin pour bien le dompter. Elle argue qu’il faut éviter le stress pour rester au meilleur de sa forme.

« Tout se passe dans la main. Son problème c’est le volant avec le frein.  Il faut être vraiment attentif et attentionné sur la route pour ne pas causer d’accident. Car la moindre erreur peut être fatale. Mais le plus important pour moi c’est d’être permanemment concentrée.

Et je me concentre vraiment. Quand je suis au volant même un appel je ne décroche pas. Une fois que tu es dans le compacteur, si tu es effrayé ou distrait, il circule à sa guise. Quand un accident arrive la personne qui est dedans est protégé mais et ceux d’à côté non », dit-elle comme pour attirer l’attention des populations sur les dangers de la circulation.

Malgré tout cela, Franceline assure qu’elle vit son rêve et est très heureuse et fière de l’accomplir. Bien que la difficulté ne soit pas moindre, elle se dit chanceuse de tout l’amour et l’admiration que les gens lui portent une fois qu’ils voient que la personne derrière le volant est une femme.

« Ce qui me plait, quand je m’arrête au feu, des gens font des signes pour me féliciter, m’encourager d’autres même m’applaudissent. D’autres aussi s’arrêtent pour me demander comment je fais. Et c’est tout cela qui nous motive et qui nous permet d’aller de l’avant », dit-elle avec satisfaction.

En plus du compacteur qui est l’engin le plus lourd de la mairie, Franceline nous apprend qu’elle sait conduire également d’autres engins lourds comme la benne, la citerne à eau, le tractopelle.

Concernant l’environnement de travail, les relations avec ses collègues, notre conductrice rassure que le respect mutuel et la fraternité règne dans leur groupe. Et cette fraternité, argue-t-elle, se ressent à travers la permutation d’engins entre collègues, même si aucune autre femme ne sait conduire le compacteur.

Il n’y a pas de sot métier

Après quatre ans d’expérience comme conductrice de compacteur, Franceline admet être à l’aise dans la carrière qu’elle s’est choisie. Et affirme par la même occasion qu’il n’y a pas de sot métier. A l’entendre, les femmes doivent se réveiller et travailler afin de ne plus être une charge pour leurs époux au foyer.

« De nos jours, nos mamans ont mal de voir à quel point les jeunes filles sont paresseuses. Quand vous êtes en bonne santé, il faut travailler. Il n’y a pas de sot métier. Il faut que les femmes arrêtent de compter sur leurs époux et chercher à prendre leur indépendance financière.

Aujourd’hui, les mamans souhaitent que les femmes et les jeunes filles trouvent quoi faire pour ne pas compter sur les hommes. Leur prière, c’est le bien-être de leurs filles. Car ce sont leurs bénédictions qui nous accompagnent et nous protègent », clame-t-elle avec un soupçon de désespoir.

En somme, Franceline Kouraogo invite les femmes à se battre. Elle les exhorte à travailler, à cultiver la tolérance, la paix et l’amour du prochain dans leur cœur et au sein de leurs services respectifs.

« Mon souhait est que les femmes travaillent dans la solidarité pour battre les hommes sur le plan professionnel.  Sur le plan professionnel, je ne vois pas ce que l’homme peut faire et que la femme serait incapable de l’accomplir. Si elle essaie, elle le fera. On a qu’à travailler pour nous-mêmes, pour nos enfants et pour nos mamans », a-t-elle lancé.

Même si pour elle, le réveil de la femme sur le plan professionnel est primordial, cela n’en demeure pas moins qu’elles aient besoin de l’accompagnement et du soutien de leurs conjoints et des autorités pour l’accomplissement de leurs projets…

Aminata Catherine SANOU

Burkina 24 

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2 commentaires

  1. Felicitation madame et beaucoup de courage de votre part. il s’agit d’un engin lourd complexe. Merci aussi a ces entreprises qui continuent de faire confiance aux femmes.

  2. Il n’y a pas de sot métier. Tu es courageuse KOURAOGO. Car c’est difficile de circuler au Faso. Il y a de belles figures féminines qui valorisent le mot femme. Que DIEU vous appuie à vie!

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