Santé humaine et animale : « Il n’y a eu aucun consensus entre le gouvernement et le SYNTSHA » (Bernard Sanon)

Ceci est une déclaration du Bureau national du Syndicat des Travailleurs de la Santé humaine et animale (BN SYNTSHA) sur la situation dans les secteurs de la santé humaine et animale au Burkina Faso.

Le Bureau national du Syndicat des Travailleurs de la Santé humaine et animale (BN SYNTSHA) a participé, le 19 juillet 2022 dans la salle de conférence du ministère en charge de la santé, à une rencontre avec une délégation gouvernementale composée du Ministre en charge de la Santé et son staff, du Ministre en charge de la Fonction Publique et son staff et du directeur des ressources humaines du ministère en charge des ressources animales. Cette rencontre portait sur les préoccupations urgentes du SYNTSHA et fait suite aux rencontres du 20 juin et 4 juillet 2022 au cours desquelles le gouvernement s’était engagé à revenir au SYNTSHA avec de meilleures propositions concernant lesdites préoccupations.

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La rencontre du 19 juillet a été organisée pour un échange, mais il n’y a pas eu de véritables échanges car le gouvernement a fait une présentation de ses réponses et se substituant au SYNTSHA, le gouvernement s’est payé le luxe de juger de la satisfaction ou pas des préoccupations posées par le SYNTSHA. Prenant acte, le SYNTSHA a déploré cette conduite et s’est interrogé sur cette attitude du gouvernement. Curieusement, juste après la rencontre avec le SYNTSHA, le gouvernement organisa une conférence de presse dans la même salle pour faire des annonces sur des éléments de réponses aux préoccupations urgentes choisies à dessein. Ces éléments de réponses dont certains cachent des velléités de démantèlement du système de soins et de détérioration de la qualité des soins aux populations ont été pompeusement appelés « mesures gouvernementales au profit du personnel de santé » et ce, sur fond de populisme afin de jeter les agents de santé en pâture. Dans cette mise en scène, le gouvernement a pris le soin de garder le silence sur ses autres éléments de réponses qui remettent en cause sérieusement les engagements du protocole d’accord Gouvernement-SYNTSHA du 13 mars 2017. Tout en déplorant cette théâtralisation avilissante du dialogue social par le gouvernement, le BN voudrait par la présente, apporter des détails pour situer les travailleurs et l’opinion concernant cette rencontre et son analyse de la situation dans les secteurs de la santé humaine et animale.

Les points des réponses du gouvernement qui vont dans le sens des préoccupations urgentes du SYNTSHA sont sans échéances et sans autres modalités de mise en œuvre. Il s’agit de : la restitution des sommes illégalement et abusivement retenues pour fait de grève en 2019 chez des agents de santé humaine et animale, le rétablissement des décorations retirées pour fait de grève aux travailleurs méritants, la restitution des sommes coupées chez les travailleurs des zones à fort défi sécuritaire ayant fui les attaques terroristes, la déclaration des gérants des dépôts et de tout contractuel des districts à la Caisse Nationale de Sécurité Sociale. Le BN SYNTSHA salue la mobilisation des travailleurs qui a permis d’arracher ces acquis.

Les réponses apportées par le gouvernement aux autres préoccupations sont les suivantes :

De l’amélioration des conditions de travail et de la transparence dans la gestion : aucune

volonté du gouvernement de doter conséquemment les formations sanitaires et vétérinaires en personnel, matériel et équipement pour un fonctionnement optimum, aucune volonté de transparence de la part du gouvernement notamment la transparence sur les accords de financement, aucune volonté de prendre des mesures diligentes pour une mise en œuvre conséquente de la gratuité…..

De la prise en compte des observations du SYNTSHA transmises le 11 mars

2020 au gouvernement relatives aux dix décrets d’application de la Fonction publique hospitalière (FPH) en particulier celui portant horaires et organisation du travail. Concernant le décret sur les horaires, le gouvernement s’inscrit dans la vision des Directeurs Généraux des EPS qui se sont retrouvés à un atelier sur la FPH à Koudougou en juillet 2022 et ont convenu de réunir les effectifs pour appliquer ce décret esclavagiste avec des horaires de travail par semaine atteignant voire dépassant 55 heures, ce qui viole les dispositions nationales et internationales auxquelles le Burkina Faso a souscrit.

Du paiement des arriérés de salaires et indemnités dus aux travailleurs relevant de l’Agence Nationale de gestion des soins de santé primaire (AGSP) au terme de la loi 057 -2017/AN portant statut de la fonction publique hospitalière : Le délai pour payer les arriérés de salaires et d’indemnités initialement fixé au premier trimestre de 2022 avait été repoussé à juin 2022 puis repoussé de nouveau à juillet 2022 et maintenant il n’y a plus de délai. Concernant les agents relevant de l’AGSP qui représentent plus de 80% des agents de santé, le paiement des arriérés d’indemnités de garde pour les gardes déjà effectuées depuis 2020 n’est pas à l’ordre du jour. Ceci est inquiétant pour le SYNTSHA.

Du maintien des indemnités des travailleurs de la santé humaine et animale en position

de stage sans bourse conformément au protocole: Le gouvernement dit réfléchir sur la prise en compte de ce point dans une réflexion globale concernant l’ensemble des fonctionnaires ou réfléchit sur un arrêté interministériel. Ceci est un recul grave et une remise en cause.

De la prise en charge de la santé des travailleurs conformément à l’engagement du

protocole : le gouvernement dit qu’il compte mettre en place un groupe de travail qui doit réfléchir sur les possibilités de mettre en œuvre cet engagement et sur les modalités de financement de la santé des travailleurs. Ceci est un recul grave car dans le suivi antérieur du protocole, il restait à mettre en place le livret des bénéficiaires et rendre disponible les cartes individuelles aux bénéficiaires de la santé humaine et animale.

De la correction diligente du passif social, l’allocation d’une indemnité de risque de contagion pour les agents de la santé animale, l’adoption de l’arrêté conjoint portant gratuité des produits sanguins distribués dans les formations sanitaires du Burkina Faso par le Centre national de transfusion sanguine, l’adoption rapide du décret fixant modalités de gestion des logements administratifs dévolus aux communes dans le domaine de la santé en projet depuis 2018 : Ces points n’ont pas reçu de réponses satisfaisantes de la part du gouvernement.

Des carrières :

Concernant les attachés de santé et les conseillers d’élevage :

Le gouvernement viole le protocole d’accord en lançant un examen professionnel avec bonification d’échelon en lieu et place de la mise en œuvre immédiate du reversement en A1 des attachés de santé et des conseillers d’élevage avec pour date d’effet le 1er septembre 2017 conformément au protocole du 13 mars 2017.

Au sujet de l’examen complémentaire pour les infirmiers diplômés d’Etat et

les sages-femmes et maïeuticien d’Etat : l’examen professionnel est lancé selon le protocole mais les anciennetés exigées avant de composer, les durées de formations sont en contradiction avec celles convenues lors du suivi du protocole. Aussi avec les mesures gouvernementales actuelles, après la formation complémentaire les concernés vont devoir attendre au minimum 3 ans pour avoir la possibilité de passer le concours d’ingénieur des sciences infirmières et obstétricales.

En ce qui concerne l’examen professionnel pour les garçons et filles de salle et les

Agents itinérants de santé et d’hygiène communautaire : En violation du protocole, le gouvernement décide d’organiser un concours professionnel au lieu de l’examen professionnel. Ce qui est une prise en otage de la carrière de la majorité de ces agents.

A propos de l’examen professionnel avec formation complémentaire pour reclasser les

Accoucheuse auxiliaires (AA) dans le corps des Accoucheuses Brevetées (AB), les AB dans le corps des Sage-Femme d’Etat, les Infirmiers Brevetés(IB) dans le corps des Infirmiers diplômés d’Etat(IDE) : Ces points n’ont pas reçu de réponses favorables de la part du gouvernement.

Pour ce qui est du recrutement de nouveaux ingénieurs des sciences infirmières

et obstétricales par concours professionnels ouverts aux IDE/SFE : Le refus de recrutement couplé aux perspectives de bouleversements inutiles relatifs aux formations complémentaires des Attachés de santé laisse présumer une réduction de l’offre et de la qualité des soins.

Quant à l’intégration du corps de conseillers de santé dans le Répertoire Interministériel

des métiers de l’Etat (RIME) et l’ouverture de concours de conseillers de santé : En violation du protocole, le gouvernement n’envisage pas l’intégration des conseillers de santé ni dans le RIME ni dans le statut particulier.

 

En définitive, il n’y a eu aucun consensus entre le gouvernement et le SYNTSHA sur aucun point des carrières et on note une mise à l’écart du SYNTSHA dans la mise en œuvre de certains aspects de ses préoccupations. La mise à l’écart du SYNTSHA du processus de formation complémentaire n’est pas de bonne augure. Il y a un risque de contingentement. En dehors des avancées concernant les préoccupations qui rendent justice aux travailleurs contre les manquements de l’Etat, le protocole d’accord gouvernement-SYNTSHA est resté en l’état et pire il y a des remises en cause qui vont dans le sens du démantèlement du SYNTSHA, de la destruction du système de santé et qui contrastent avec la volonté affichée par le premier ministre de la transition de mettre en œuvre les protocoles signés. De ce qui précède et au regard de la situation nationale, il est important que le SYNTSHA poursuive la lutte pour l’amélioration des conditions de vie et de travail et pour l’accès des populations à des soins de qualité et sur cette base le BN SYNTSHA :

Dénonce la théâtralisation avilissante du dialogue social sur fond de populisme,

Dénonce les reculs dans la mise en œuvre du protocole d’accord du 13 mars 2017,

Appelle le gouvernement à :

Prendre des mesures urgentes pour un fonctionnement optimum des formations

sanitaires et des services vétérinaires et pour des soins de qualité aux populations,

Arrêter le démantèlement du système de santé,

Un examen sérieux des préoccupations urgentes et du protocole.

Invite les sections à tenir urgemment des AG pour faire le point aux militants, échanger

sur la situation, retenir des perspectives et en rendre compte au BN ;

Appelle les militants et les travailleurs de la santé humaine et animale à rester mobilisés,

déterminés, unis et solidaires pour le respect du protocole Gouvernement-SYNSTHA et pour des soins de qualité en faveur des populations et rester à l’écoute du BN SYNTSHA.

Unis, mobilisés et déterminés, nous vaincrons !

Pour le Bureau National

Bernard SANON

Secrétaire Général

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