Tribune | « Pillage du magasin de la SONAGESS à Arbinda : Le supplice de Tantale n’aura pas eu lieu ! »

Ceci est une tribune de Cbs l’iconoclaste, l’écrivain chroniqueur, sur l’actualité nationale.

L’une des formes abjectes de manifestation des effets pervers du terrorisme au Burkina Faso, est sans doute l’insécurité alimentaire dont le spectre plane dangereusement sous le ciel du pays. C’est incontestablement ce qui explique la scène peu honorable et scabreuse qui s’est passée, le 30 novembre 2022 à Arbinda dans la province du Soum : des populations qui vandalisent les installations de la Société nationale de gestion du stock de sécurité alimentaire (SONAGESS), vident le contenu de l’un des magasins en pillant les sacs de céréales.

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Ce, dans la bousculade ; témoignage d’une population en proie à la faim et ne sachant plus à quel bon samaritain se vouer. Ventre affamé n’ayant point d’oreilles, ces populations s’en foutront certainement d’apprendre par le communiqué de la SONAGESS, que les céréales emportées ne font pas partie du stock national dont la société a en charge la gestion, mais appartiennent plutôt à un partenaire technique de celle-ci qui a une convention de stockage avec ce dernier. L’état de nécessité oblige, cette indifférence est tout à fait compréhensible et bien malin est celui-là qui trouverait à redire ou exigerait que les populations concernées fassent amende honorable en allant à Canossa.

Il y a d’ailleurs fort à parier que pour ces populations, la présence de ces céréales à leur nez et barbe avec un parfum de supplice de Tantale, revêtait un caractère provocateur. Ce, d’autant plus qu’il n’est pas exclu qu’elles se pourléchaient les babines depuis fort longtemps dans l’attente d’une distribution ou d’un écoulement des vivres devenus finalement incertains à leur goût. En agissant ainsi pour assouvir leur faim, le supplice de Tantale n’aura pas eu lieu chez ces populations.

Et les images insoutenables et émouvantes du nombre de personnes en majorité adolescentes, qui ont pris d’assaut les installations de la SONAGESS pour les décadenasser et la bousculade risquée qui s’est ensuivie à l’occasion, montrent l’énormité de la détresse de ces « damnés de la terre » qui, en cette période de récolte continue, devraient normalement être dans l’abondance la plus absolue et loin du besoin. Mais voilà, le terrorisme est passé par là avec son corollaire de champs abandonnés avant la période des récoltes ; de terres fertiles abandonnées, donc inexploitées et mises au forceps en jachère ; de greniers brûlés et pillés ; de bétail emporté ; etc.

Ce qui vient de se passer à Arbinda, montre aussi que nous sommes confrontés là, à un véritable tonneau des Danaïdes qui reçoit indéfiniment des vivres. En effet, malgré le festival de dons en vivres effectué par les citoyens burkinabè, les ONG et associations depuis l’avènement du terrorisme en 2015, la question alimentaire et nutritionnelle reste tout entière. Pas même la salve des convois de ravitaillement en vivres organisés par les plus hautes autorités du pays, n’est encore parvenue à remplir ce tonneau des Danaïdes qui refuse de se remplir de vivres.

C’est dire toute l’étendue de l’urgence des besoins alimentaires au Burkina, notamment dans cette partie sahélienne du pays où des populations se nourrissaient naguère de feuilles d’arbres et étaient en manque d’eau. C’est donc cet amer calice bu jusqu’à lie par les populations qui demeure toujours d’actualité au moment où le Bureau de la coordination des affaires humanitaires nous révèle que 2 618 638 personnes sont actuellement en situation d’insécurité alimentaire en phase 3-5 au Burkina. Diantre !

Reste à espérer que les fruits tiennent la promesse des fleurs

Ce tableau peu reluisant interpelle davantage la conscience humaine et universelle, la prise de conscience citoyenne et les plus hautes autorités dans la prise à bras-le-corps de la question. Quand on sait que l’une des conséquences de cette situation, est la malnutrition chronique dont souffrent 21,6% des enfants au niveau national, il faut déjà saluer la vision de l’État qui, depuis le règne du président Roch Kaboré, a décidé d’interdire l’exportation des céréales pour permettre de donner une réponse endogène à la demande nationale exprimée, notamment par les Personnes déplacées internes (PDI).

On peut aussi saluer l’adoption le 9 novembre 2022 en conseil des ministres, du plan opérationnel d’appui à la campagne agricole de saison sèche 2022-2023 dont la mise en œuvre passe par la sécurisation de quatre grands barrages du pays ; la mise en valeur agricole de petits, moyens et grands périmètres irrigués de près de 200 ha ; la réalisation et la mise en valeur de périmètres irrigués autour des forages à gros débit sur 250 sites aménagés et de 100 nouvelles fermes agricoles. Ce, pour occuper sainement les PDI à travers des activités agricoles et maraîchères.

Reste donc à espérer qu’à travers cette parade qui doit rapidement prendre corps, les fruits tiennent la promesse des fleurs pour booster la productivité agro-sylvo pastorale pour l’atteinte de la sécurité alimentaire qui s’apparente de plus en plus à une arlésienne. En attendant, c’est tout le génie gouvernemental qu’il convient de libérer davantage et toute une chaîne de solidarité populaire dont il faut entretenir la flamme, à l’instar de l’engagement des transporteurs et commerçants d’accompagner le gouvernement dans l’organisation des convois humanitaires.

D’ailleurs, en termes de premier acte à poser, il urge d’approvisionner à Arbinda, les populations et les magasins de la SONAGESS en vivres ; lesquels magasins seraient vides avant même la récente fâcheuse visite des populations. Et chaque Burkinabè doit jouer sa partition en pareille circonstance où, même les paysans des zones paisibles disposant toujours dans leurs greniers de céréales d’un ou de deux ans, ne seraient pas mal inspirés en donnant une calebassée au titre de l’effort de guerre auquel personne ne saurait se soustraire.

Cbs l’iconoclaste

L’écrivain chroniqueur

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